Neutralité du net ?

Publié le par DA Estérel 83

Coulisses de Sarkofrance

 

 


Epelboin, activiste auto-proclamé ?

by sarkofrance

J'avais rencontré Fabrice Epelboin un jour particulier. Quelques blogueurs dont votre serviteur rencontrions Julien Dray qui sortait péniblement de son affaire de montres, une grossière manipulation politique qui ne déboucha sur rien.

Tout récemment, Fabrice Epelboin s'est fendu d'un article "révolutionnaire" contre notre consoeur de combat devenue ministre (*), Fleur Pellerin: "Fleur Pellerin annonce la mise à mort de la neutralité du net" . Il paraît qu'elle a changé d'avis sur la neutralité du Net.  On la laissera se défendre sur ce point (ce qu'elle a fait). Evitons de commenter la méthode (Epelboin ne cite aucun verbatim mais son ressenti. Dans un commentaire à un autre article pro-Pellerin, il évoque "ces connes de ministres" qui "s’étonnent du machisme ambiant dans le monde des politiques".

Revenons sur l'accusation principale: Fleur Pellerin est opposée à la neutralité du net parce qu'elle va défendre une nouvelle version d'Hadopi pour protéger la sacro-sainte "exception culturelle française".

1. "la neutralité du net est un concept américain qui a tendance à favoriser les intérêts économiques de Google, Apple et consorts" aurait-elle déclaré. Et ça, notre jeune activiste de la liberté numérique, il ne supporte pas qu'on s'attaque à la neutralité du Net. C'est sacré ! Comme il est "expert", il peut même tacler Fleur Pellerin: pourquoi donc amène-t-elle Apple dans son argument ? ("il est très difficile pour les défenseurs de la neutralité du Net de défendre Apple (bien plus encore que Google). Apple est un univers fermé, une prison dorée et confortable, imaginée par un manager-dictateur, Steve Jobs, à l’opposé des valeurs défendues par les partisans de la neutralité du Net.")

2. "Voilà une autre piste d’explication qui circule parmi les spécialistes depuis la sortie maladroite de Fleur Pellerin, et qui aurait le mérite d’expliquer le tour de prestidigitation qui ferait qu’on pourrait maquiller ce qui s’annonce inéluctablement comme une Hadopi v3.0 en exception culturelle v2.0." Car, précise notre expert: "le quota d’œuvres françaises, une dimension importante de l’exception culturelle, n’a en effet aucune chance de survivre si la télévision de demain devenait connectée (et libre)."

Son billet, que je vous laisserais découvrir, est assez improbable: il peut faire un parallèle entre ceux qui n'aiment pas la neutralité du Net et ... la télévision contrôlée par l'ancien autocrate Ben Ali, convoquer True Blood (une série d'une chaîne américaine payante qui refuse toute commercialisation rapide de ses séries sur les réseaux numériques) contre Julie Lescaut (une série de tF1 accessible gratuitement et sans contrainte sur le Net le lendemain de sa diffusion!). Ouch ! Que les arguments sont forts. Epelboin convoque aussi Ben Ali - il ne manquait que lui: "On a vu ce qu’il advenait des oligarchies qui perdaient le contrôle de l’Internet (coucou Ben Ali").

Au final, la neutralité du Net, c'est quoi ? Un principe selon lequel on devrait pouvoir surfer sans contrainte.

La neutralité du Net est un principe fondateur d'Internet qui garantit que les opérateurs télécoms ne discriminent pas les communications de leurs utilisateurs, mais demeurent de simples transmetteurs d'information. Source:La Quadrature du Net

Evidemment, vu comme ça, tout le monde est pour. Quand c'est une question de liberté politique. Et François Hollande, pendant sa campagne, n'avait rien dit dedifférent.

Mais c'est aussi une affaire de gros sous que de gentils activistes libertariens aimeraient (nous faire) oublier: des méga-sites comme Google ou Netflix veulent attirer le plus grand nombre d'internautes, quitte à pomper la plus grande des bandes passantes. En France, les tuyaux d'Internet sont construits et entretenus par des entreprises françaises qui s'appellent Free, SFR, Orange and Co.

Aux Etats-Unis, une grosse bagarre oppose les pure-players qui pompent de la bande passante aux telco et FAI qui entretiennent le réseau et s'agacent de voir ces pure players utiliser leur réseau sans rémunération.

C'est tout, et c'est d'abord cela.

Cet enjeu économique est aggravé d'un autre, que Fabrice Epelboin effleure maladroitement: l'exception culturelle. Un concept simple: sans forcer par la loi, les spectateurs français (internautes ou autres) n'auront que des contenus américains (ou autres que français) à consommer. Pour une raison simple, ces gens-là sont plus forts.

Alors évidemment on peut railler que l'exception culturelle soit un machin très flou qui mélange Leos Carax et Joséphine Ange Gardien, La Grande Sophie et Bénabar. On oublie la seule question quoi importe sur ce sujet culturel: mais au fait, ducon, qui paye tout cela ?

C'est tout le problème de ces "net-activistes", apprentis libertariens: ils prennent l'ultra-libéralisme de leurs joujoux numériques pour de la liberté. Confondre la liberté d'expression avec la libre circulation des futurs Coca-Cola de la culture est une erreur que les plus anciens d'entre nous ne commettons plus depuis les années 50.

Question de culture politique.

Publié dans Billet

Commenter cet article