Morin: le prophète de la gauche ?

Publié le par DA Estérel 83

BlogsMediapart PENSÉES LIBRESLe blog de Philippe Petit

 

 

 


Edgar Morin est connu pour être le penseur de la complexité. Depuis quelques années cependant, il écrit des livres grands publics, dont la principale qualité demeure leur simplicité. Bien sûr on peut parler simplement du complexe, et c’est ce à quoi s’évertue Morin, mais lorsque la simplicité est trop grande, on a tendance à évacuer la complexité de l’analyse au profit de belles formules toutes faites que nous retrouvons aujourd’hui un peu partout : « l’économie doit être au service de la vie et non l'inverse », « privilégions la qualité sur la quantité », «luttons pour la prééminence de l’être sur l’avoir », « substituons la ‘‘course au plus’’ par la ‘’marche vers les mieux’’ ». Cela frise l’incantation ! 

Le livre s’appelle Ma gauche, il aurait pu s’appeler Mon écologie. Il s’agit ici à la vérité d’un livre d’écologie politique. Morin y résume la pensée de ces prédécesseurs, à commencer par Ivan Illich, il réactualise ses idées, nous ne dirons pas qu’il en propose de nouvelles. « Il ne suffit pas d’introduire la politique dans l’écologie ; il faut aussi introduire l’écologie dans la politique ».
Le programme de Morin est à l’image d’ADN, Action durable novatrice, le think tank de Madame Nathalie Kosciusko-Morizet. Il ratisse large. Que le penseur de la complexité ait été conduit vers l’écologie, cela peut se comprendre aisément puisque le système homme-vie-Terre est précisément un système complexe. On ne peut pas le comprendre en le réduisant à ces éléments, en partant par exemple des seules actions individuelles qui nous font par exemple trier nos ordures.
Les interactions causales sont complexes car la Terre dépend de l'homme qui dépend de la Terre. Mais la pensée complexe ne s’oppose pas seulement au principe de réduction, elle s’oppose aussi au principe de disjonction. Le propre d’une pensée disjonctive c’est qu’elle répond à la logique du tiers exclu, c’est une logique binaire incapable de considérer l’ambivalence et la nécessité de relier deux termes contradictoires. L’ambivalence est l’autre nom de la technique, car celle-ci comme le pharmakon des Grecs est à la fois le remède et le poison.
L’idée que la technique puisse être à la fois bonne et mauvaise, libératrice et aliénante, n’a rien d’original. La complexité de notre époque tient plutôt à la montée en puissance des technologies.
 
Il y a dans le livre de Morin de bonnes intuitions. Mais trop de vulgarisation tue parfois la vulgarisation ! L’auteur fait feu de tout bois. Il discute aussi bien des grèves de 95 en France, de la « déseurope », que du tout automobile. Un des textes, un des chapitres en fait, s’intitule « Si j’étais candidat ».
S’il était candidat Edgar Morin créerait entre autres un Comité de lutte contre les inégalités et une Maison de la Fraternité. Il s’agit là de thèmes de gauche,  nous disons bien « thème » et non « idée » car en matière d’idée Morin qui a rendu populaire l’usage du mot de civilisation reste parfois très général : « nous ne sommes pas seulement dans une époque de changement, nous sommes surtout dans un changement d’époque. Le système planétaire est condamné à la mort ou à la transformation. Mon premier devoir de candidat est de ne pas vous cacher le caractère incertain et dangereux de notre temps ; il est de ne pas occulter la crise à la fois planétaire et de civilisation qui s’aggrave. J’indiquerais la longue et difficile voie vers une Terre-Patrie et une société-monde ». Terre-Patrie, société-monde, « politique de civilisation », telles sont les expressions canoniques de ce penseur engagé, qui nous invite à inventer un nouvel humanisme mondialisé et rejette « le réalisme de l’adaptation au présent ».
 
Facile à dire, comme disent les enfants

Publié dans Gauche

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

viviane 07/06/2011 10:08


je n'ai pas encore lu ce dernier ouvrage, mais je recommande toujours de lire et relire "la voie" du même auteur qui est plus un essai sur les solutions à la crise qu'un étalage des problèmes que
hélas, nous connaissons bien !