Mésaventures d'un Japonais à un meeting du Front national

Publié le par DA Estérel 83

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Ce journaliste japonais a assisté, pendant la campagne présidentielle, à un meeting de Marine Le Pen. Une scène, en particulier, lui a fait froid dans le dos. Récit

Dessin de Balaban, Luxembourg.

 

Au mois de février, je me suis rendu à un meeting de la candidate du Front national à l’élection présidentielle qui se tenait dans une petite ville du centre de la France : Châteauroux. Au bout d'un certain temps, je me suis rendu compte que des gens dans l’assistance me dévisageaient littéralement. J'ai alors soudainement pris conscience de la situation dans laquelle j'étais.

Sur la scène, Marine Le Pen dénonçait violemment les effets néfastes de l’implantation des entreprises chinoises dans la région [une ancienne base aérienne de l’Otan est en travaux pour accueillir des entreprises et industries chinoises ; celles-ci devraient embaucher une main-d'œuvre essentiellement française] en disant qu’elles ne cherchaient qu’à obtenir l’étiquette made in France et qu’elles ne pensaient absolument pas à l’emploi des Français.

Même si je ne connaissais pas tous les détails de cette histoire, ce discours n’avait rien d’étonnant pour un parti xénophobe. Le problème, c’est qu’il n’y avait qu’un seul Asiatique dans la salle – et que les Français ont du mal à faire la différence entre un Chinois et un Japonais. Je suis donc injustement devenu le point de mire de l’assemblée.

A la fin du meeting, un homme d’un certain âge s’est approché de moi. "Etes-vous chinois ?” m’a-t-il demandé d’un air accusateur. Il avait manifestement envie de toucher deux mots à la République populaire de Chine et à ses entreprises. Quand je lui ai répondu que j’étais japonais, il s’est éloigné d’un air quelque peu sceptique.

Le Front national séduit les jeunes, les ouvriers et les populations rurales en surfant sur leur mécontentement et en imputant tous les torts aux immigrés musulmans et à la gauche. Il n’est pas impossible que, à l’avenir, ce parti s’en prenne au Japon et aux Japonais. Même si, cette fois-ci, l'homme s’est trompé de cible en m'accusant à tort, c’est là une expérience qui ne devrait pas être prise à la légère ni faire sourire.

Publié dans Société

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