Mediapart et les conflits d’intérêts

Publié le par DA Estérel 83

Coulisses de Sarkofrance

 

 

Laurent Mauduit, de Mediapart , a sorti un curieux article sur la gauche, les médias et les conflits d'intérêt.

La thèse du journaliste est la suivante: François Hollande n'aurait jamais du s'entourer de deux personnalités expérimentées du monde des médias et de la culture pour traiter des médias et de la culture. En l'occurence, David Kessler, devenu conseiller pour les médias et la culture à l'Elysée, et Pierre Lescure, l'ancien patron de Canal+ qui s'est vu confier une mission sur l'après-Hadopi. Pour assurer sa thèse, le journaliste dresse un panorama assez large et quasi-exhaustif du curiculum vitae des deux nommés.

Mauduit a des mots plus durs à l'encontre du second que du premier: Pierre Lescure " est aussi l’une des figures connues du capitalisme parisien, au cœur de nombreux réseaux d’influence, et administrateur de l’une des sociétés offrant les solutions techniques pour… verrouiller Internet". Le journaliste explique que Pierre Lescure a trop d'intérêts liés à l'objet de sa mission pour être fondamentalement objectif.

"Confier la gestion de ce secteur, l'évaluation des priorités, les conseils aux gouvernants à une personne qui est directement issue de cet univers et qui a partie liée avec leurs acteurs est une faute, tout à la fois politique et éthique."

Il est à peine plus indulgent à l'encontre de David Kessler: "François Hollande, peut-il appeler à ses côtés un conseiller pour défendre l’intérêt général dans un secteur, celui de la communication et des médias, où ce même conseiller a défendu jusqu'à maintenant des intérêts privés." Pour ceux qui l'ignoraient, Kessler travaillait jusqu'à peu du banquier Mathieu Pigasse.

J'ai été gêné par cet article.

1. Quelque soit le secteur économique concerné, qui est mieux à même pour en étudier la régulation ? Quelqu'un qui n'y connaît rien ou quelqu'un d'expérience ? 

2. Nous sommes tous en situation potentielle de conflits d'intérêt. Quand Laurent Mauduit critique que le Monde reçoive autant de subventions publiques, oublie-t-il qu'il est salarié de Mediapart qui, malheureusement, est moins aidé que d'autres médias d'information ? Un monde théoriquement parfait où personne ne connaîtrait personne n'existe pas. Simple blogueur, je suis en conflit d'intérêts en écrivant sur l'action de François Hollande alors que j'ai participé à sa campagne; en commentant les premiers pas de ses ministres dont j'ai pu faire la connaissance pendant la campagne.

La question centrale est donc non l'absence mais la gestion des conflits d'intérêt. Et deux questions essentielles doivent être adressées:

Primo, quels sont les contre-pouvoirs ? La mission de Pierre Lescure n'est pas celle d'un homme seul. Sur un sujet aussi visible et polémique qu'Hadopi, gageons que la procédure sera chargées de multiples concertations.

Secundo, y-a-t-il suffisamment de transparence sur les personnalités en charge ? L'opacité est le premier des dangers.

Par souci de transparence, justement, je tiens à préciser que je connais Pierre Lescure et David Kessler. J'ai pu travailler avec eux. J'ai potentiellement un "intérêt" à écrire cet article.

La Sarkofrance nous avait mal habitué: elle cachait ses intérêts secondaires. Comme d'autres, nous nous en sommes largement fait l'écho. Ainsi, les déclarations d'intérêt, rendues obligatoires par François Fillon sur tard (en 2011) étaient incomplètes. Ainsi avons-nous critiqué que Jean-François Copé puisse devenir avocat d'affaires sans indiquer ses domaines d'intervention, alors qu'il présidait le groupe UMP à l'Assemblée nationale. Ainsi, avons-nous fustigé les relations amicales et cachées de Sébastien Proto, dircab d'Eric Woerth en charge de la légalisation des paris en ligne, avec Antoine Arnault, propriétaire de sites en ligne. L'affaire Woerth, elle-même, est une succession de relations non avouées. En 2010, suite à la publication du livre de Martin Hirsch sur le sujet, nous écrivions:

"le conflit d'intérêts est un trait décisif de la droite décomplexée. Du Président des Riches à la bande du Fouquet's, le mélange permanent, systématique, omniprésent des genres est une caractéristique essentielle du pouvoir en place. Les exemples se multiplient : privatisation des moyens de renseignement, cadeaux fiscaux, cumul des fonctions, lobbying installé au coeur du pouvoir de certains grands patrons jugés proches, etc. On ne sait plus où donner de la tête."

 

Publié dans Billet

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