Marseille: Carlotti, l’incarnation du «changement» façon Hollande

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-2012

 

 

Son équipe elle même n’en attendait pas tant : dans la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône, Marie-Arlette Carlotti est arrivée en tête dès le premier tour. Narguant même de deux points un Renaud Muselier historiquement ancré à Marseille. Sur place, les militants commencent à croire sérieusement à ce «changement». Décryptage d’un possible basculement à gauche.


(La ministre et candidate dans la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône Marie-Arlette Carlotti à sa permanence le soir du premier tour des Législatives / Photo: AR)
(La ministre et candidate dans la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône Marie-Arlette Carlotti à sa permanence le soir du premier tour des Législatives / Photo: AR)
C’est le second duel emblématique de ces législatives, après un Le Pen – Mélenchon indétrônable à Hénin-Beaumont. Pourtant, si cette escarmouche marseillaise n’était jusqu’alors pas à la hauteur médiatique du Front contre Front, elle comporte beaucoup plus d’enjeux politiques. Pour la droite comme pour la gauche. 
  
Tout d’abord parce que la candidate PS devra quitter son siège à peine chauffé de ministre déléguée aux Personnes handicapées si elle venait à perdre cette élection. Une nomination au gouvernement qui, pour cette élue de terrain, ne se représentera pas de sitôt. Le pari était donc risqué, quitte ou double, pour une Marie-Arlette Carlotti qui « a su rester simple », jurent ses proches collaborateurs. Et qui pense désormais avoir de fortes chances de gagner cette terre initialement favorable à l’UMP et à son historique représentant Renaud Muselier. 

DES BÂTONS DANS LES ROUES

Marseille: Carlotti, l’incarnation du «changement» façon Hollande
Au point que l’équipe du sulfureux maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, sentant peut-être venir la menace socialiste, fasse retirer jeudi les affiches du magazine Le Nouvel Observateur ainsi que les exemplaires de l’hebdomadaire dans les 4e, 5e et 6e arrondissements de la cité phocéenne : un arrêté municipal pris en urgence en raison d’un titre, « Carlotti, le coup de poker de Hollande», et de l’éclatant sourire de la candidate en Une. Un sourire prémonitoire de la belle performance d’hier soir. 

La censure quant à elle, est maladroitement justifiée par « l’extrême proximité des élections législatives» qui «autorise le maire à interdire toutes affiches en des lieux où elles sont susceptibles d'occasionner des troubles à l'ordre public». Entendons de la propagande politique dont se défend fermement le Nouvel Obs, déjà engagé dans une bataille juridique. Et la candidate d’ajouter son indignation quant à cette attitude, un peu piquée d’apprendre que son visage en quatre par trois puisse troubler l’ordre public ! Qu’elle se rassure maintenant. Un bel avenir se profile au second tour. 

LA CANDIDATE TROUBLE-FÊTE

Mais pourquoi tant de haine ? Et bien parce que «Mac», ainsi surnommée sur la Canebière, s’attaque à un poids lourd : secrétaire de la fédération UMP locale, Renaud Muselier est député de la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 1993, avant d'avoir été successivement secrétaire d'État aux Affaires étrangères, conseiller régional de Paca et conseiller général. Affaires contre affaires, il rivalise de scandales avec Jean-Noël Guérini qui se délectait encore il y a quelques semaines de la mise en examen de la femme de Muselier dans une affaire de marchés publics présumés frauduleux à l'office HLM. Un moyen de riposter contre celui qui se fait depuis des années le rapporteur acharné du «système Guérini». 

D’autant que depuis longtemps, «Muso» rêve d’écharpe tricolore. Et maintenant que son heure est venue, espérant succéder à Jean-Claude Gaudin à la mairie, voilà qu’une enquiquineuse devenue ministre vient perturber sa légitimité sur son propre terrain, les législatives. 

Deux points. Deux points qui lui coûteront peut-être la mairie et qui débarrasseront la droite locale de cet encombrant ambitieux. 

SYMBOLE DU CHANGEMENT HOLLANDE AU NIVEAU LOCAL ?

Ce petit bout de femme nage dans un aquarium à requins. Car bien qu’elle soit désormais soutenue par les hautes sphères, la famille Guérini, aussi socialiste soit-elle, ne l’adoube guère. Anciennement proche des frères corses implantés à Marseille, Marie-Arlette Carlotti s’en est ouvertement détachée lorsque la Justice a mis son nez dans leurs affaires. Elle s’indigne d’ailleurs régulièrement du maintien de son ex-ami Jean-Noël (dont elle était porte-parole aux Municipales 2008) à la tête du département. 

«Mac» peut toutefois compter sur Michel Vauzelle, autre figure des Bouches-du-Rhône, qui l’accompagne dans son combat contre les éventuelles alliances UMP-FN qui pourraient jouer un rôle important dans le département. Le président PS de la Région se voit d’ailleurs menacé par une telle alliance dans sa circonscription d’Arles. Mais pas sûr que cela pèse sur celle de Marseille… 
  
Inconnue au niveau national, Carlotti a ici fait son bout de chemin (conseillère générale d’un important canton depuis 1998, conseillère régionale depuis deux ans et députée européenne pendant plus de dix ans, c’est la troisième fois qu’elle se confronte aux Législatives, seule ombre à son tableau jusqu’alors). Ce qui lui vaut cette image de femme honnête, qui ne se laisse pas influencer par Guérini, que nombre de militants partagent à sa permanence en attendant les résultats du premier tour. «Elle ne manque pas de jugeote, du tempérament, assure Michel Bourgeois, un convaincu. Très vite, elle a senti Hollande et nous a poussé à y croire. Il y a un an, elle nous expliquait même qu’en débat face à Sarkozy, il gagnerait. On en doutait et pourtant, elle a eu du nez.» 

Elle même se dit «moteur d’un renouveau», pouvant incarner le changement, façon Hollande, au niveau local. Un symbole, histoire de prouver que le PS est capable d’en finir avec les «affaires» et le clientélisme. 
La tâche est immense, elle le sait : «Les gens veulent de la morale en politique, ils veulent des engagements clairs», a-t-elle martelé suite à l’annonce officielle des résultats. 

FIN DE RÈGNE POUR MUSELIER ?

Forte de son avantage dès le premier tour (34,52% contre 32,53% pour Muselier), la candidate rappelle plusieurs fois que «la vérité, c’est dimanche prochain ; la victoire, c’est dimanche prochain». En somme, qu’il ne faut pas se démobiliser. Mais elle sait qu’avec un confortable report de voix des verts et de l’extrême gauche, elle peut bénéficier de plus de 4 000 voix supplémentaires. «Et j’ai une autre réserve, assure-t-elle gonflée à bloc. Celle de tous les Républicains qui veulent que ça change !» Attaquant là directement l’ensemble des parrains marseillais, tous bords confondus. 
  
Surtout, Muselier n’en a plus, lui, de réservoir. Ici, le FN ne l’aime pas tellement et «à moins de leur faire vraiment du pied», explique un militant PS, on ne peut considérer un report automatique. C’est donc malgré une circonscription découpée «sur-mesure» pour le candidat UMP (une parcelle ayant votée à hauteur de 60% pour Hollande a basculé dans une autre circonscription. D’autres, favorables à l’UMP, ont été rattachées à la cinquième), qu’il risque de perdre à la fois son siège de député et sa place dans la politique marseillaise.«Je pense que même cet arrondissement ajouté à la circonscription, le sixième, réputé de droite, s’est mobilisé exceptionnellement pour le changement, confie Paul Giacobetti, très proche de Marie-Arlette Carlotti. Là, c’est bon… vu les résultats du premier tour…» se lâche-t-il. Dehors, la joie éclate et la petite permanence ne peut contenir les militants venus en masse. Mais la ministre prépare ses soutiens: si elle remportait la victoire, ce serait Avi Assouly qui assurerait la fonction. L'ancien journaliste de France bleu Provence ne sera plus seulement «la voix de l'OM»

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