Mais où sont donc passés les intellectuels de droite?

« Rien n'est plus important que de proposer des idées neuves aux Français. Des idées adaptées au monde d'aujourd'hui, non à celui d'hier », assurait mi-février au Figaro Magazine un Nicolas Sarkozy qui ne voulait pas encore s’avouer candidat. Pourtant, à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, force est de constater que les « idées neuves » se font attendre.
Les « conventions thématiques », qui réunirent en amont de la campagne 2007 plus de deux cents intellectuels et experts, sont loin. Certes, le chef d'orchestre de ces raouts intello-politiques, Emmanuelle Mignon, souvent présentée comme « la tête pensante » de Nicolas Sarkozy, a fait son retour dans l’équipe de campagne de ce dernier. Mais les choses ont beaucoup changé en l’espace de cinq ans. Et les intellectuels qui avaient participé, de près ou de loin, à l’élaboration du projet présidentiel de 2007, ne sont plus au rendez-vous.
Tandis que se construisent, à gauche, plusieurs laboratoires intellectuels – par exemple autour dela République des idées initiée par l’historien Pierre Rosanvallon –, la pensée de droite peine à trouver des figures ou des lieux susceptibles de la faire passer pour un courant novateur. En témoignent les valeurs prônées par Nicolas Sarkozy depuis son entrée en campagne: elles marquent surtout un retour aux thèmes fondamentaux de la droite que l’anthropologue Emmanuel Terray, auteur de Penser à droite(Éd. Galilée, 2012), identifie sous « un corps d’axiomes qui, sans former une doctrine unique, permettent aux penseurs de droite d’appréhender les faits au travers des mêmes catégories». Parmi ces axiomes : l’ordre, la hiérarchie et l’autorité.
« L’insistance sur l’ordre, l’hostilité aux étrangers, l’idée selon laquelle nous serions dans une forteresse assiégée, que l’ennemi serait à l’intérieur et les barbares à nos portes.... Ce sont des vieux refrains que la pensée de droite a constamment agités et que Nicolas Sarkozy réutilise aujourd'hui, affirme Emmanuel Terray à Mediapart. Sa campagne se fonde sur les réflexes. Le jeu sur la haine et sur la peur en fait partie. Dans sa préface à "Lucien Leuwen", Stendhal écrivait : “Amis lecteurs, essayez de ne pas passer votre vie à haïr et avoir peur.” Or, toute la campagne de Nicolas Sarkozy nous invite à haïr et à avoir peur. Il y a une continuité saisissante. »
Dans le sillage de cette peur, s’inscrit le débat sur l’immigration, dont les figures intellectuelles de droite aiment à penser qu’il est tabou. « Le problème n’est pas tant la gauche et la droite, estime l'essayiste Alain Finkielkraut. Le véritable problème c’est la question du rapport au politiquement correct dont Mediapart, mais aussi Le Monde ou Libé sont les responsables. Est-ce que nous pouvons exactement voir ce que nous voyons ? Jusqu’à quel point a-t-on le droit de traiter des problèmes de l’immigration, de la violence dans les cités et tout ça ? L’antiracisme est extrêmement vigilant, l’accusation de racisme est utilisée à tort et à travers, comme l’avait déjà dit Lévi-Strauss. Ça n’incite pas à l’expression publique, ça donne plutôt envie de se cacher. »
Alain Finkielkraut, dont les prises de positions sur le métissage, les banlieues ou encore l'appauvrissement de la langue française, n’ont rien à envier aux discours les plus droitiers – ce qui lui valu d'être qualifié par l'écrivain François Bégaudeau de « philosophe tragique » –, n’a « pas du tout envie de (se) présenter comme un intellectuel de droite », catégorisation qu’il trouve « absurde » et« caduque ». Regrettant « le moment antitotalitaire des années 80 où la conversation intellectuelle était très agréable et où tout le monde se parlait sans se demander si vous étiez de gauche ou de droite », celui qui officie chaque semaine sur France Culture dans son émission Répliques dénonce « un climat assez détestable »où « les condamnations et les mises à l’index » sont monnaie courante.
Dans le monde d'Alain Finkielkraut, la bien-pensance de gauche a réduit au silence les intellectuels qui ne partagent pas ses idées. Aussi ces derniers se terrent-ils pour ne plus subir le joug des « apôtres du Nouvel Ordre moral» déjà vilipendés par l'écrivain Richard Milletdans Fatigue du sens (Éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2011). Des intellectuels plus invisibles que rares, donc.
Dans ce monde quelque peu tourmenté gravite également l'écrivain Denis Tillinac qui signait, fin février sur Atlantico, un billetintitulé « Pourquoi est-il si difficile d’être de droite ? », expliquant qu'« en France, depuis la Libération, le ciel des idées est enténébré par une vision de l’homme qu’entretient le monopole de la pensée de gauche ».
Si l’on en croit l’écrivain, ce « monopole de gauche » – qu’il qualifie également de « cléricalisme » – a forgé le mot « réac' »afin « de néantiser quiconque refuse la clôture dans son Empire du Bien ». « Il y a péril d’être de droite », en conclut-il. Désignant la réélection de Nicolas Sarkozy comme « une nécessité impérieuse », Denis Tillinac voit en François Hollande « le candidat d’un parti de bobos sans âme qui s’est signalé par son intolérance, son pharisaïsme, sa démagogie et sa soumission aveugle à l’air du temps ».
La suprématie supposée des penseurs de gauche qui empêcheraient la parole droitière, fait sourire Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire fondée par Raymond Aron : « Quand on a envie de s’exprimer, on s’exprime. Ce n’est pas parce que des gens disent des sottises qu’on est obligé d’être impressionnés. Il y a certes un déferlement de sottises, mais il n’y a pas de raison d’être opprimé par la sottise. »
Sans être « un opposant inconditionnel » à Nicolas Sarkozy, Casanova se définit plutôt comme un « intellectuel libéral », bien plus proche des idées centristes que de celles de l'UMP. Selon lui, les raisons pour lesquelles les intellectuels de droite sont si peu nombreux à se présenter comme tels, sont à chercher du côté de l’histoire : « La catégorie intellectuelle de gauche se réclame d’une tradition historique qui est celle du XVIIIe et du XIXe et qui s’est un peu constituée au XXe en catégorie sociale, sous l’organisation des communistes pendant l’entre-deux guerres, indique-t-il.Comme il s'agissait en général de bourgeois qui soutenaient le prolétariat et qui n’osaient pas s’appeler bourgeois, ils s’appelaient intellectuels. Depuis, les gens de gauche se considèrent comme des intellectuels et les intellectuels se considèrent comme des gens de gauche. Ce sont presque des synonymes. »
« Que ce soit chez les intellectuels, chez les universitaires ou chez les journalistes, les enquêtes qui ont été faites dans la plupart des pays de l’OCDE montrent que ces catégories votent à gauche à 65 %, note l'essayiste Nicolas Baverez, auteur de La France qui tombe (Éd. Perrin, 2003), qui avait appelé à voter Nicolas Sarkozy en 2007. En France, le pourcentage s'élève à 85 %. Il y a une asymétrie sur ce paysage intellectuel qui est très forte. »
Comment expliquer une telle « asymétrie » ? Pour Emmanuel Terray, les valeurs fondamentales de la droite sont, par essence, incompatibles avec la figure de l’intellectuel : « La droite n’a jamais aimé les intellectuels et ce, bien avant l’affaire Dreyfus, explique-t-il. Les intellectuels manient des idées générales, explorent le possible, l’abstraction… Pour la droite, ils créent de faux espoirs et sont dangereux. C’est pour cette raison qu’il n’est pas facile d’être un intellectuel de droite : on est forcément le mal-aimé de sa propre famille. »
La pensée de droite, aussi complexe et protéiforme que la droite politique telle que l'a définie l'historien René Rémond dans Les Droites en France (Éd. Aubier-Montaigne, 1992), ne s'incarne qu'aux travers de ce que Nicolas Baverez qualifie d'« astres isolés ». Ni école, ni groupe, ni mouvement. Mais divers « lieux d'expression » où elle se voit régulièrement offrir carte blanche. Outre les think thank (la Fondapol, la Fondation Concorde,l’Institut Montaigne, l’Institut de l’entreprise), la galaxie libérale ou de droite compte une poignée de revues (Commentaire), de journaux (Le Figaro, Valeurs Actuelles) et de sites d’information (Atlantico).
Mais là encore, trouver des intellectuels qui se revendiquent de droite – et plus encore qui se disent « sarkozystes » – n'est pas simple. Car pour beaucoup, la dichotomie droite/gauche est bien plus complexe qu'il n'y paraît : « L’Institut Montaigne est présenté comme libéral, donc de droite, mais le libéralisme peut aussi être de gauche », affirme Nicolas Baverez, membre du comité directeur de ce think thank. « Le monde anglo-saxon qui a inventé les trois termes : radical, libéral et conservateur, en a conservé le sens depuis le XVIIIe siècle, indique de son côté Jean-Claude Casanova.Les Français ont donné au terme “radical” le sens de “conservateur”, ont aboli le mot “conservateur” et ont donné à celui de “libéral” un sens ambigu. Aussi, le débat français gauche/droite est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. »
Regrettant le « storytelling de la gauche qui consiste à dire que la droite est ultra-libérale », Alain Finkielkraut estime pour sa part que ce type de catégorisation est désormais obsolète : « La gauche c’est le changement, la droite c’est plutôt la conservation, la préservation. Mais l’écologie nous montre que nous devons préserver aussi des choses. Jules Romains disait : “Être de droite, c’est avoir peur pour ce qui existe.” Aujourd’hui, on a de bonnes raisons d’avoir peur pour ce qui existe, d’avoir peur pour la terre, pour les paysages, pour la langue, pour la littérature, pour le livre à l’ère de l’immatériel... Ce n’est pas pour autant que l'on est de droite. »
De même, l’ancien ministre de l’éducation Luc Ferry – qui a voté Bayrou en 2007, mais confie ne pas savoir ce qu'il fera lors des prochaines élections – explique ne pas « adhérer à cette notion de “pensée de droite” » : « Une pensée digne de ce nom n'est ni de droite ni de gauche ni d'ailleurs, elle est pensée, voilà tout. Je ne suis pas un intellectuel organique, un porte flingue... La pensée est libre ou elle n'est pas. » Ne voyant « pratiquement aucune différence réelle entre Hollande et Sarkozy, sinon que leurs bases sont différentes », Ferry estime que « les idées peuvent être différentes, bien sûr, mais (que) ce n'est pas de pensée qu'il s'agit, juste de choix différents entre des “mesures” ponctuelles ».
« La vérité, c'est qu'en dehors des partis délirants, délirants parce qu'ils jouent à dix mètres de l'échiquier, nous sommes tous devenus des socio-démocrates, à quelques nuances près, qui ne sont pas fondamentales », poursuit-il avant de conclure : « C'est fort bien ainsi, du reste, mais peu enthousiasmant. »
Les frontières qui séparent les intellectuels de gauche et de droite n’ont jamais été aussi floues qu’en 2007. À cette époque, Emmanuelle Mignon venait de passer deux ans à consulter des personnalités de gauche et à piocher du côté de La République des idées. Faisant sienne l’analyse d'Antonio Gramsci selon laquelle « le pouvoir se gagne par les idées », Nicolas Sarkozy entendait alors s’offrir une mue intellectuelle.
Plusieurs figures médiatiques incarnant aux yeux du plus grand nombre la gauche (André Glucksmann, Max Gallo, Pascal Bruckner…), avaient rallié le candidat de l’UMP, laissant le milieu germanopratin en proie au doute : la droite réputée « la plus bête du monde » pouvait-elle vraiment devenir intelligente ? (Lire à ce sujetl'enquête de Jade Lindgaard et Joseph Confavreux publiée en décembre 2007 dans la revue Mouvements)
Interrogé début 2007 par Libération, l'essayiste Pascal Bruckner évoquait Nicolas Sarkozy comme quelqu’un de « très courtois, très brillant » : « J'apprécie ce qu'il dit sur l'éducation ou sur le patriotisme. On a besoin d'un candidat courageux, qui prenne des risques », confiait-il au quotidien. Aujourd’hui, l’auteur du Sanglot de l’homme blanc (Éd. Seuil, 1983) ne veut plus revenir sur le sujet : « Je n’ai jamais été sarkozyste, excepté pour mes ennemis », répond-t-il à Mediapart pour couper court à nos demandes d’entretiens.
Le vernis intellectuel de 2007 a craqué, révélant une nouveaumodus operandi de campagne où les idées n'ont pas leur place :« Frédéric Mitterrand a dit que cette campagne ressemblait à un combat de catch, s'amuse Nicolas Baverez. Je trouve la comparaison assez bien trouvée. »
Dans J’aime pas le sarkozysme culturel (Flammarion, 2012), le journaliste Frédéric Martel s’emploie à démonter non pas la pensée de droite, mais le « sarkozysme culturel », système où culture et gros sous vont souvent de pair. « Les intellectuels ne peuvent pas tolérer l’inculture et la vulgarité de Nicolas Sarkozy, assure-t-il à Mediapart. Marc Fumaroli, Christine Albanel, Renaud Donnedieu de Vabres, Jean-Jacques Aillagon (qui a signé une tribune dansLibération marquant son ralliement à François Hollande – ndlr)… La droite bourgeoise et cultivée déteste le président. »
Un constat partagé par Emmanuel Terray : « Pour Nicolas Sarkozy, c’est l’argent qui mesure la valeur. Ce n’est pas une pensée de la droite conservatrice, pour laquelle les considérations morales ont tout de même une importance. On trouvait déjà cela chez Balzac : la droite conservatrice d’un côté, Rastignac et les jeunes loups qui cherchent à s’imposer de l’autre. Balzac est très éclairant car c’est aussi le moment d’une transition : on passe d’une droite qui défend l’Ancien Régime, la propriété foncière, la féodalité à une droite de l’industrie, de la banque, de l’argent… Nous sommes en train de vivre un épisode un peu semblable. »
Réputé courtisan du président de la République et critiqué ici et làpour les postes qu’il aurait obtenu pour « bons et loyaux services », le sociologue Michel Maffesoliestime quant à lui que la droite,« comme la gauche du reste », souffre actuellement d’un manque cruel de création intellectuelle : « Il y avait jusqu’en 1940, sous l’impulsion de Maurras ou de Brasillach, une effervescence intellectuelle qui faisait qu’on pouvait parler d’une pensée de droite. Ceux qui se veulent de droite aujourd’hui et qui continuent pourtant de prôner la “valeur travail” du Capital de Marx ne sont pas en phase avec l’esprit du temps. »
Dans la galaxie intellectuelle contemporaine, rien ne trouve grâce aux yeux de l'auteur de Sarkozologies (Albin Michel, 2011). La République des idées ? « De la bibine. » Les think thank ? « Il ne s’y passe pas grand chose. » Alain Finkielkraut ? Pascal Bruckner ?« Des penseurs de série B. »
Maffesoli n’est guère plus tendre avec les figures politiques de droite qu'il assure pourtant côtoyer : « J’ai déjà essayé de parler des idées avec Emmanuelle Mignon, Henri Guaino et même Nicolas Sarkozy. D’évoquer avec eux la nécessité de glisser de la modernité à la postmodernité. Ils m’écoutent, mais ils ne m’entendent pas. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas de vraie préoccupation intellectuelle chez les gens de droite. Je ne suis pas sûr que Mignon, qui est une personne pour laquelle j’ai de l’estime, aime beaucoup les idées trop profondes. »
Cinq ans après ce qui ressemble fort à « un état de grâce intellectuel », la plupart des ralliements de 2007 sont déçus : « Personne ne peut contester qu’il y a un gros écart entre la campagne de 2007 et ce qu’il s’est passé, affirme Nicolas Baverez qui ne sait pas encore pour qui il votera en avril. Une partie de l’écart tient évidemment à la crise, mais il y a une autre partie qui est à lier à la manière dont Nicolas Sarkozy a présidé et dont il a mis ou non en œuvre un certain nombre de parties du programme initial. La dernière phase de son mandat aurait dû être une stratégie de sortie de crise. Or, celle-ci n’a jamais été définie et les choses se sont considérablement brouillées. »
Le désert intellectuel que traverse aujourd’hui la droite est d’autant plus visible que, après une période de flottement, la gauche s’est remise en mouvement sur le terrain des idées : « Quand la gauche est forte, personne n’ose se dire de droite et la gauche est idéologiquement très forte à nouveau, estime Alain Finkielkraut.C’est vrai depuis les années 2000. Et l’élection de Sarkozy a accéléré le processus de domination idéologique. »
« Les intellectuels de gauche sont tous rentrés au bercail, poursuit Nicolas Baverez. L’un des gros échecs de Ségolène Royal, c’est qu’elle s’était complètement coupée de toute cette richesse intellectuelle de la gauche. Aujourd’hui, il y a les think thank, mais il y a surtout toute l’intelligentsia qui travaille en rangs serrés pour François Hollande. »
Le récent retour d’Emmanuelle Mignon dans l’équipe de Nicolas Sarkozy ne changera pas la tendance. « Ce qu’elle fera ne pourra pas avoir la même envergure que ce qui avait été initié sur la longue durée bien avant 2007, reconnaît Michel Maffesoli. Le temps resserré ne permettra pas d’élaborer des idées, mais de toute façon, je ne suis pas sûr qu’ils aient envie d’en avoir. »
Nicolas Baverez, qui avait participé à certains des ateliers de la campagne de 2007, confirme que personne ne l’a recontacté cette année. « L’élection qui se joue aujourd’hui, compte tenu de la situation du pays, se place sur le plan de la régression politique et intellectuelle, regrette-t-il. C’est un concours de démagogie, de protectionnisme, d’étatisme, de corporatisme, de repli sur soi… Il s’agit d’un référendum sur la crise et sur le président sortant avec l’idée de dire “non” aux deux. Tout ceci ne donne pas un débat d’idées de très haute tenue. »
Ébranlée par la chute du communisme et la mondialisation, la pensée de droite, telle que l’entend Emmanuel Terray, peine à trouver un nouveau souffle : « À court terme, l’avenir est donc obscur, pour les penseurs de droite comme pour nous tous », écrit-il en conclusion de Pensée de droite. Pour autant, l’anthropologue estime que « la pensée de droite est éternelle ». Ainsi s’adresse-t-il à ses « lecteurs de droite » pour les rassurer : « Il y aura toujours un ordre établi à défendre, et vous pourrez jouer le rôle qui vous est cher jusqu’à la fin des temps. »
D’autant que les idées de droite ne sont plus véhiculées par ses seules figures traditionnelles. Dans le « jeu des sept familles » qu’il dresse dans J'aime pas le sarkozysme culturel, Frédéric Martel distingue les « intellos de Sarko » des « sarkozystes de gauche » et des « sarko-compatibles ». Dans ces deux dernières catégories, le journaliste place sa consœur Caroline Fourest dont il fustige la« vision obsessionnelle de l'islam » : « Apéros saucissons, halal, communautarisme… Les thèmes qu’elle aborde sont finalement très sarkozystes, assure-t-il à Mediapart. C’est une figure aimée à gauche, qui ne se présentera jamais comme sarkozyste, ce qui la rend d’autant plus dangereuse. » Des attaques dont Caroline Fourest s’est défendu dans un billet de blog, dédiant à son détracteur ses « dizaines d’articles contre la politique de Nicolas Sarkozy ».
« Si les figures intellectuelles de droite ne se reconnaissent plus dans la politique que mène Nicolas Sarkozy et son camp, elles prendront le parti de s’opposer à François Hollande pour ne pas avoir à soutenir le président sortant », conclut Frédéric Martel.« Les diverses fractions entre lesquelles la droite et ses penseurs se sont de tout temps répartis ont presque toujours su s’entendre aussitôt que la menace de l’adversaire devenait sérieuse », écrit quant à lui Emmanuel Terray dans sont ouvrage. Et c’est sans doute dans cette force d’opposition que la pensée de droite, bien qu’affaiblie, puisera ses réserves pour tenter de s’imposer à nouveau.