Logement: le coup de la clé de 18

Publié le par DA Estérel 83

 

 

A l'inverse d'une certaine pile dont la publicité expliquait qu'elle ne s'usait que lorsqu'on s'en servait, il est parfois des textes qui ont tellement peu servi qu'on avait oublié qu'ils figuraient bel et bien dans notre arsenal législatif. Ainsi en est-il de l'article 18 de la loi de 1989 sur les «rapports locatifs». Un article tout juste exhumé et qui n'en finit pas depuis hier matin de faire parler dans les chaumières...

Ce n'est pas en effet en puisant dans une quelconque bible révolutionnaire ou dans un hypothétique petit livre vert que Cécile Duflot, ministre du Logement depuis quinze jours, vient de provoquer un grand courant d'air entre propriétaires-locataires. Mais bien plus simplement en sortant de la naphtaline ce texte qui permet, comme elle l'annonçait hier matin dans «Libération», de sortir la France d'une «situation intenable».

Ce texte permet en effet de rompre la logique infernale qui, (notamment dans certaines zones comme l'Île de France, une partie de la Côte d'Azur ou du Pays Basque) laisse toute latitude à un propriétaire, d'augmenter à sa guise le prix du loyer à chaque changement de locataire. Une licence largement exploitée ! Cette inflation folle a ainsi été de plus de 50% entre 2001 et 2011 en Île de France selon le très sérieux Observatoire des loyers.

En dégainant cet article 18, Cécile Duflot met en musique une promesse de campagne de François Hollande. Il ne s'agit non pas de bloquer mais d'encadrer les loyers dans des cas où ceux-ci sont «manifestement surévalués». Il va sans dire que si les associations de locataires applaudissent, il en va autrement de certains propriétaires qui ne voient pas pourquoi on entend ainsi les empêcher de profiter pleinement de la distorsion entre l'offre et la demande.

A l'UMP, on ne manque pas d'agiter le spectre - bien improbable - d'une révolte de propriétaires préférant renoncer à louer plutôt que de subir cette attaque collectiviste. Comme si un propriétaire lambda allait bouder 10.000 euros de loyer annuel au prétexte qu'on l'empêcherait d'agir complètement à sa guise... François Fillon, en campagne dans sa très huppée circonscription parisienne, enfonce le clou: «Encadrer les loyers, ça veut dire qu'il n'y a plus aucun investissement immobilier». Fichtre ! Même Nicolas Sarkozy n'avait pas vu se dessiner pareille menace quand, en pleine campagne, il déclarait en avril dernier dans le magazine «Femme actuelle» à propos de l'encadrement des loyers en Allemagne: «c'est une bonne idée. Il ne s'agit pas d'un blocage, mais bien d'un encadrement. C'est en cela qu'elle est intéressante. Je l'appliquerai». Cécile Duflot s'y emploie...

Et même si on ne peut s'empêcher de penser que cette annonce - qui arrive curieusement avant la consultation annoncée des différents partenaires - dégage un fort parfum électoraliste, il sera difficile de ne pas admettre, parallèlement, que se loger dans certaines régions est devenu à la fois un luxe et une urgence sociale.

 


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