Lionel Jospin, appelé à rénover

Publié le par DA Estérel 83

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Nicolas Sarkozy avait son Édouard Balladur, François Hollande aura son Lionel Jospin. Comme son prédécesseur, le président de la République a donc choisi son parrain politique pour présider une commission de réflexion sur la modernisation des institutions. Et comme avec Sarkozy, on a le sentiment d'une volonté de réparer une injustice pour un ancien premier ministre de cohabitation, sanctionné par les urnes présidentielles.

Mais si le président Sarkozy proclamait la rupture et saluait en nommant Balladur celui qui l'avait fait ministre en premier, Hollande semble davantage animé par l'idée de retrouver un sillon. Celui d'une social-démocratie désireuse de laver l'affront du 21 avril 2002, et de rouvir la voie brutalement interrompue de la gauche réaliste et du socialisme responsable. N'est-ce pas Lionel Jospin lui-même qui déclarait, en mars dernier au Point : « Si François Hollande gagne l'élection présidentielle, le pays pourra aborder l'avenir avec davantage de confiance, la gauche retrouvera un chemin perdu et, moi, je serai plus serein. Je me sentirai payé de mes peines. » Le voici en prime gratifié d'une mission, celle de faire des propositions pour « rénover et moraliser la vie politique », peut-être prélude à un référendum (lire notre article).

 

François Hollande et Lionel Jospin, à Toulouse, le 3 mai 2012François Hollande et Lionel Jospin, à Toulouse, le 3 mai 2012© Reuters

 

Sur la moralisation, le profil idéal de Lionel Jospin est incontestable. « L'austère qui se marre », comme ce protestant se dénommait en 2002, est l'intégrité faite homme, l'un des rares à l'époque à avoir réclamé « un droit d'inventaire » par rapport à la fin du règne de François Mitterrand. C'est sous son autorité de premier ministre qu'avait été mis fin aux fonds spéciaux, il a été le premier chef de gouvernement à demander à ses ministres d'abandonner leurs mandats locaux, et a instauré la jurisprudence selon laquelle un ministre devait démissionner en cas de mise en examen.

Il sera intéressant de regarder les préconisations de Jospin sur le statut pénal du président de la République, lui qui fut battu à la présidentielle de 2002 par un Jacques Chirac alors inquiété par la justice, mais protégé par son impunité élyséenne. Une impunité qu'il avait alors admise, décourageant les parlementaires socialistes de traduire Chirac devant la cour de justice de la République, puis se refusant à évoquer les affaires lors de la campagne électorale. Tout juste a-t-il fait dans le subliminal, via son slogan : « Présider autrement. » Lui n'avait pas osé aller jusqu'à dire «normalement».

Il sera également intéressant d'observer quel sera le regard du «président de commission» Jospin sur le Sénat, qu'il avait qualifié en 1998 d'«anomalie démocratique», alors qu'il était à droite. En octobre dernier, alors que le Palais du Luxembourg venait de basculer à gauche, il maintenait qu'il était «absolument nécessaire de (le) réformer».

Quid du droit de vote des étrangers?

Question rénovation institutionnelle, Lionel Jospin va pouvoir plancher sur la limitation du cumul des mandats, lui dont la majorité parlementaire avait déjà réduit le nombre de mandats électifs cumulables à deux (un national, un local, sans tenir compte toutefois des conseils d'intercommunalités). Sans doute aura-t-il à cœur de prolonger le souci de la parité homme/femme dans la représentation politique, alors que son gouvernement fut le premier à instaurer une loi sur le sujet.

En revanche, il n'est pas certain que l'ancien héraut de la gauche plurielle soit le plus enthousiaste pour imaginer la dose de proportionnelle dans les futurs scrutins parlementaires, promise par François Hollande. Après avoir converti le PS au présidentialisme (en faisant élire le premier secrétaire du PS au suffrage universel militant), il est aussi celui qui, comme premier ministre, a réduit la durée du mandat présidentiel (par référendum) à 5 ans, et inversé dans la foulée le calendrier électoral, faisant passer les législatives après la présidentielle. Une inversion qui a sensiblement renforcé la majorité présidentielle, au détriment du pluralisme politique.

Dans son interview, ce 14 juillet, François Hollande n'a pas livré de feuille de route encore très précise pour cette commission Jospin, mais a cité plusieurs pistes comme le « cumul des mandats, le financement des campagnes, le mode de scrutin pour l'Assemblée nationale », ainsi que l'instauration d'une « charte éthique » pour les élus. « Aucun conflit d’intérêt ne sera toléré », a-t-il enfin promis.

Rien n'a été dit du droit de vote des étrangers. Une promesse que Lionel Jospin avait lui aussi faite en son temps, avant que le Sénat, alors à droite, ne rejette la proposition de loi déposée par les Verts et adoptée à l'Assemblée nationale. À l'époque, le premier ministre se montrait « réservé sur toute initiative dans ce domaine » : « On a trop reproché à François Mitterrand de jouer avec cela. Moi, je ne le ferai pas, je ne prendrai pas ce risque »disait-il en décembre 1999. À l'époque, le Hollande premier secrétaire du PS l'avait écouté.

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