Les systèmes d'armes américains truffés de composants électroniques de contrefaçon

Publié le par DA Estérel 83

LeMONDE

 

 

Selon un rapport du Sénat des Etats-Unis, des preuves " accablantes " désignent la Chine comme la source principale de ces pièces contrefaites
La puissance américaine est attaquée en son coeur : la commission de la défense du Sénat des Etats-Unis a établi que des millions de composants électroniques de contrefaçon ont pénétré les systèmes d'armes du pays. Des preuves, " accablantes ", désignent la Chine comme la source principale de ces pièces contrefaites, conclut son rapport, publié lundi 21 mai après un an d'investigations.

L'enquête a identifié 1 800 équipements défectueux, fournis par 650 entreprises différentes. Copies ou vieux composants revendus comme neufs après un douteux lifting ont infecté tous les types de matériel, jusqu'au nouvel intercepteur de missiles en haute altitude THAAD.

" Nos soldats et marines dépendent de radios, de dispositifs GPS, et de la microélectronique qui (...) leur permet de rester en contact avec leurs unités et d'être alertés des menaces qui les guettent. L'échec d'un seul composant électronique peut rendre un soldat, un marin ou un aviateur vulnérable au pire moment ", s'inquiète le Sénat.

En 2011, le général Patrick O'Reilly, le directeur de l'Agence américaine de défense antimissile, avait résumé l'enjeu : " Nous ne voulons pas que la fiabilité d'un intercepteur de missile à 12 millions de dollars - 9,55 millions d'euros - soit compromise par un composant contrefait à 2 dollars. "

Exemple, l'hélicoptère de combat SH-60B Seahawk, déployé sur les bateaux de la marine. Les composants pourris se sont glissés dans le système " FLIR ", qui lui fournit la vision nocturne et le laser de désignation des cibles pour ses missiles. L'industriel Raytheon a prévenu la marine du problème en septembre 2011. Les éléments défectueux, vendus par un sous-traitant texan, avaient suivi un tortueux chemin : " L'enquête de la commission a remonté leur trace malgré une chaîne d'approvisionnement complexe qui couvrait trois Etats et trois pays, et dont l'origine est l'entreprise Huajie Electronics Ltd, à Shenzen, en Chine. " Un fait que Raytheon ignorait avant l'enquête sénatoriale.

Plus d'images du tout

Autre exemple, les écrans placés à bord des avions cargo Hercules C130J et Spartan C27J de l'armée de l'air. Fin 2010, leur fabricant a appris qu'une puce mémoire était une possible contrefaçon. Le risque ? Une visualisation brouillée, une perte de données ou, pis, plus d'image du tout. Les pilotes ont pourtant continué à voler pendant près d'un an avant que l'US Air Force en soit avertie par le fournisseur, L-3 Communications. En cause : Hong Dark Electronic Trade, sise à Shenzen, Chine. " L'enquête sénatoriale a révélé qu'en 2009 et 2010, L-3 avait acheté des dizaines de milliers de composants électroniques à Hong Dark, qui sont entrées dans la chaîne d'approvisionnement de la défense. "

En 2012, les sénateurs Carl Levin et John Mc Cain ont été à l'initiative d'une loi pour renforcer les contrôles. Mais le ministère de la défense américain est engagé dans une course. Les matériels militaires sont de plus en plus dépendants de l'électronique, qui se renouvelle tous les dix-huit mois. De l'autre côté, la contrefaçon est passée à l'échelle industrielle et s'est tant sophistiquée qu'il faut descendre à l'échelle du micron pour repérer une pièce recyclée.

" En plus des risques que cela crée pour la sécurité nationale, l'électronique contrefaite augmente les coûts des systèmes de défense ", avertit le Sénat. L'affaire dépasse la confrontation sino-américaine. Toutes les industries de l'armement sont concernées. A Paris, la direction générale de l'armement indique que " le risque est connu, il est surveillé ". Les sénateurs Levin et McCain, eux, n'ont pas pu visiter les usines chinoises qui alimentent ce business du faux. Ils se sont vu refuser l'entrée dans le pays.

Nathalie Guibert

Publié dans Armée

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