Les surprises d'un gouvernement du socialisme divers

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  La Rédaction de Médiapart

 

 

Trente-quatre ministres et quatre qui ne sont pas socialistes. Il y a comme un air de 1981 dans le gouvernement annoncé mercredi 17 mai, fruit de longues heures d’arbitrages entre le premier ministre Jean-Marc Ayrault et le président François Hollande. Un air de 1981 non pas par les ouvertures aux autres partis (il y avait en 1981 quatre ministres communistes et plusieurs radicaux de gauche), puisque nous sommes largement dans une équipe monocolore PS, mais par les quelques innovations réelles qui doivent être notées :

La première est la nouveauté des personnalités choisies. Ceux qui redoutaient le retour des éléphants du PS et des partages marqués des territoires selon les classiques grilles de courants en seront pour leur frais. Seuls cinq des trente-quatre sélectionnés ont été déjà ministre : Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Marylise Lebranchu, Michel Sapin, Jean-Yves Le Driant. C’est donc une équipe radicalement nouvelle qui accède aux responsabilités. Les survivants des époques Mitterrand et Jospin cèdent la place à deux nouvelles générations: celles des Vincent Peillon ou Marisol Touraine mais aussi celles des plus jeunes comme Najat Vallaud Belkacem, Delphine Batho ou Benoît Hamon. Enfin il faut noter de vraies audaces comme, par exemple, la nomination de Christiane Taubira au ministère de la justice.

La seconde est évidemment dans cet engagement de campagne respecté par François Hollande : une parité parfaite hommes/femmes pour les dix-sept ministres de plein exercice et les dix-sept ministres délégués. Au total donc, dix-sept femmes et dix-sept hommes. C’est une première sous la Vè République, bien différente de ce qu’avait tenté en 1995 Alain Juppé, qui devait quelques mois plus tard se séparer de celles qui furent alors affreusement appelées « les jupettes »

La troisième est dans l’architecture gouvernementale elle-même. Les ministres dits d'Etat disparaissent, remplacés par quelques grands pôles et des intitulés de ministères radicalement nouveaux qui font parfois penser à cette étrangeté de l'éphémère ministère "du temps libre" qui avait été créé en 1981 et attribué à André henry. C’est évidemment le cas du ministère au « redressement productif » attribué à Arnaud Montebourg. C’est également celui de« l’égalité des territoires » pris par Cécile Duflot, seule représentante des Verts avec Pascal Canfin.

Mais c’est aussi des disparition bienvenues : comme celle de l’immigration qui ne figure plus dans l’intitulé d’un ministère. En 2007, Nicolas Sarkozy fondait son quinquennat avec le symbole d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cette fois le ministère de l’immigration, après celui de l’identité nationale, disparaît de la nomenclature du gouvernement. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault en revient au schéma républicain classique tel qu’il préexistait précédemment à droite comme à gauche. Les étrangers et les immigrés sont de nouveau considérés comme des personnes confrontées aux mêmes problématiques économiques et sociales que tout un chacun. Mais cela ne donne à ce stade aucune indication sur la ou les tutelles à venir des administrations chargées des questions d’asile, d’immigration légale, de police aux frontières et d’intégration. Relèveront-elles du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, et seront-elles de ce fait uniquement et strictement associées aux affaires de sécurité intérieure? Seront-elles éclatées, comme elles l’ont longtemps été, entre le ministère de l’intérieur pour la gestion des entrées et des sorties du territoire, les affaires sociales pour l’immigration professionnelle, familiale et étudiante ainsi que pour l’intégration et le Quai d’Orsay pour l’asile?

La quatrième surprise est évidemment une absence. Celle de Martine Aubry qui a choisi de rester à l’écart du gouvernement.«C’est d’un commun accord, cela a été chaleureux, amical et solidaire», a assuré mercredi soir le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Voulant Matignon ou rien, Martine Aubry a pris acte et a choisi de retourner à Lille. Son maintien à la tête du PS jusqu’au prochain congrès, en octobre 2012, est acquis.

Au final, ce premier gouvernement Hollande, qui devrait en toute logique être réaménagé dans un mois à l'issue des élections législatives, surprend par une diversité réelle qui promet également de sérieux débat. Royalistes, fabiusiens, hollandais y sont largement représentées mais c'est d'abord les différences de personnalités, de cractères et de convictions qui semblent l'emporter. Président du groupe socialiste durant quinze ans, Jean-Marc Ayrault est un vieux routier des débats agités, des désaccords féroces et des convictions antagonistes. C'est aussi ce qu'il devra gérer dans un gouvernement qui représente la variété du parti socialiste et ressemble à un mini groupe parlementaire.

Ci-dessous et pages suivantes, le détail des ministères et des personnalités.

  • Ministre des affaires étrangères : Laurent Fabius
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Il est l'insubmersible, l'indestructible, celui dont la puissance de feu –ou «capacité de nuisance», disent beaucoup au PS– reste intacte malgré les années. Premier ministre de François Mitterrand, ministre de Lionel Jospin, Laurent Fabius après s'être beaucoup essuyé les pieds sur François Hollande, qu'il nommait «Fraise des bois», arrive donc en tête de ce gouvernement dans l'odre protocolaire. «Nous avons besoin d'expérience», avait dit François Hollande en évoquant un futur gouvernement et sans citer explicitement le nom du député de Seine Maritime.

Celui qui porta la campagne de Martine Aubry – «Hollande président, on rêve!», avait-il fait savoir– durant la primaire socialiste hérite donc d'un ministère prestigieux: les affaires étrangères. Les mauvaises langues y voient une sorte de neutralisation par l'exil. Les autres remarquent les nombreux gages donnés par Laurent Fabius durant la campagne, son travail sur le calendrier des réformes la première année du quinquennat, ses nombreux voyages à l'étranger pour préparer les chancelleries à une alternance française.

Fabius porte-t-il une politique étrangère particulière? Sans doute pas. Il fut l'homme du "non" au référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne. Il effectua il y a quelques semaines un voyage glacial en Chine, qu'il quitta précipitamment mécontent de ne pas être reçu à haut niveau. Pour le reste, c'est d'abord son expérience et sa connaissance de l'appareil d'Etat qu'il apporte dans un Quai d'Orsay aujourd'hui affaibli en profondeur par les coupes budgétaires de ces cinq dernières années et le mépris affiché par Nicolas Sarkozy envers ses ambassadeurs et l'ensemble des fonctionnaires du Quai.

 

  • Ministre délégué aux affaire européennes: Bernard Cazeneuve.
    Le député de Cherbourg, spécialiste de la défense, rapporteur de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi, hérite des affaires européennes comme ministre délégué. Il n'en est pas à proprement parler un spécialiste mais fut un chaud partisan du "oui" au référendum européen et reste très proche de François Hollande. Il pourra ainsi se dégager de l'emprise prévisible de Fabius sur l'ensemble des dossiers européens.

 

  • Ministre délégué aux Français de l'étranger : Yamina Benguigui
    Rare figure issue de la société civile à être entrée au gouvernement, Yamina Benguigui, 55 ans, est réalisatrice, productrice et écrivaine franco-algérienne. Elle a signé plusieurs fictions et documentaires, parmi lesquels Mémoires d’Immigrés(1997) et9/3. Mémoire d'un territoire(2008). Salué par la critique, ce dernier film retrace l’histoire de la Seine-Saint-Denis du milieu du XIXe siècle à nos jours. Il a reçu en 2009 le Globe de Cristal du meilleur documentaire.
    Depuis 2008, Yamina Benguigui est adjointe à la mairie de Paris, en charge des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations. A ce titre, elle a initié et poursuivi au sein de sa délégation l’organisation du Forum pour l’emploi des jeunes, aux côtés de Christian Sautter, adjoint au maire de Paris. Elle est également conseillère municipale du XXe arrondissement.

 

  • Ministre de l'éducation : Vincent Peillon
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Après un ultime bras de fer, et une rumeur insistante qui donnait Martine Aubry à la tête d'un super ministère regroupant l'éducation et la culture, Vincent Peillon a donc obtenu le ministère de l'Education nationale. Un poste sur lequel il lorgnait depuis qu'il avait largement contribué aux côtés de Bruno Julliard à mettre sur pied le projet socialiste de "refondation de l'école". Cet agrégé de philosophie, entré au parti socialiste après avoir été la plume de Lionel Jospin et Henri Emmanuelli a pourtant eu longtemps un parcours sinueux voire chaotique dans sa famille politique qui ne le prédestinait pas forcément à hériter d'un portefeuille aussi important pour le PS. Depuis le succès de François Hollande à la primaire, dont il était le porte-parole, il a su s'imposer comme un interlocuteur incontournable des syndicats enseignants qui apprécient en lui un fin connaisseur de l'école avec un grand sens du pragmatisme.

 

  • Ministre délégué à la réussite éducative : George-Pau Langevin
    Le 10 mai, cette députée de Paris née en Guadeloupe (à Pointe-à-Pitre) était au côté de François Hollande pour commémorer la traite négrière, sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Ancienne présidente du MRAP (le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), elle a participé à l’Assemblée à la Mission d'information sur les questions mémorielles, et s’est illustrée dans la lutte contre le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration (qui imposait des tests ADN dans le cadre du regroupement familial et ouvrait la voie aux statistiques ethniques). Avocate de formation, elle s’est ensuite vu confier par le groupe PS le suivi des questions de justice, travaillant sur l’accès au droit ou la justice des mineurs. De 1997 à 2001, George-Pau Langevin avait dirigé l’Agence nationale de promotion et d’insertion des travailleurs d’outre-mer, avant que Bertrand Delanoë, tout juste élu maire de Paris, ne l’appelle à ses côtés, à son cabinet. Ses études, cette Guadeloupéenne les a effectuées à Assas et à La Sorbonne grâce à une bourse préfectorale, après avoir débarqué seule à Paris à 17 ans. Désormais chargée de la réussite éducative auprès de Vincent Peillon, elle devra se coltiner des dossiers clefs comme l’accès à la maternelle dès trois ans pour réduire les inégalités, l’accompagnement des élèves en difficulté, ou le décrochage scolaire. Combien des 60 000 créations de postes promises dans l’Education nationale iront aux ZEP ?

 

  • Ministre de l'enseignement supérieur : Geneviève Fioraso
    Cette députée grenobloise de 57 ans, soutien de Bertrand Delanoë au dernier congrès du PS, adjointe au maire de Michel Destot en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche notamment, a fait parler d’elle en 2007 en barrant la route de l’Assemblée au corrompu Alain Carrignon, qui tentait son retour en politique. C’est surtout une technicienne reconnue, membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, mais aussi du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Chaque année, depuis 2009, elle s’est vu désigner rapporteuse pour avis des budgets Industrie, énergie, développement durable et recherche technologique. Sur le terrain, à Grenoble, elle pilote, comme PDG, la plateforme de valorisation industrielle du campus Minatec, dédié aux nano et microtechnologies. Jadis prof en ZEP, elle a aussi participé au lancement d’une start-up du CEA (le Commissariat à l’énergie atomique), avant d’être chargée à France Telecom, comme cadre marketing, des marchés émergents dans les secteurs du social et de la santé. Sa mission au gouvernement : réformer la loi LRU sur l’autonomie des universités, dont Nicolas Sarkozy était si fier, pour garantir une« autonomie réelle », « avec des moyens et une gouvernance plus collégiale »


  • Ministre de la justice : Christiane Taubira
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    Elle a coiffé au poteau les André Vallini et autres Bertrand Delanoë ou Michel Sapin récemment cités pour aller Place Vendôme. C’est une femme, représentante des minorités visibles, et non socialiste (apparentée radical). Christiane Taubira, 60 ans, devient ministre de la justice et garde des sceaux. Un poste rarement confié à une femme, en dehors d’Elizabeth Guigou, Marylise Lebranchu et Rachida Dati.
  • Députée de Guyane, Christiane Taubira est à la tête du parti Walwari (qu’elle a créé), se réclame indépendantiste, et jouit d'une forte popularité dans les DOM-TOM. Candidate à l‘élection présidentielle de 2002, elle a recueilli 2,32% des suffrages sous l’étiquette PRG, avant de se rapprocher légèrement du PS.
    Place Vendôme, Christiane Taubira va découvrir un ministère régalien, auréolé d’une forte valeur symbolique, mais qui est en réalité pourvu de très peu de moyens. Historiquement faible, le budget du ministère de la justice est consommé en grande partie par l’administration pénitentiaire. Dans les faits, le ministre de la justice n’a que très peu de pouvoir effectif sur le travail des magistrats, en dehors du fameux lien hiérarchique avec le parquet, et se trouve en première ligne à chaque faits divers médiatique. En outre, la justice connaît une crise grave, qui s’est traduite sous le quinquennat Sarkozy par des manifestations de magistrats, greffiers et fonctionnaires d’une ampleur sans précédent.

 

  • Ministre délégué à la justice : Delphine Batho
    Cette spécialiste de la sécurité hérite d’un postre de ministre délégué à la justice. A 39 ans, cette députée des Deux-Sèvres a été l'une des porte-parole de François Hollande durant la campagne. Son premier combat militant date du mouvement lycéen de 1986, alors qu’elle n’est que collégienne. En 1988, elle adhère à SOS Racisme puis devient présidente du syndicat lycéen FIDL (Fédération indépendante et démocratique des lycéens). Elle devient alors l’une des protégées de Julien Dray. Vice-présidente de SOS-Racisme en 1992, elle entre au PS en 1994.
    Dix ans plus tard, en 2004, elle devient secrétaire nationale chargée de la sécurité, alors que le PS traverse une crise sur ce sujet. Elle soutient Ségolène Royal en 2007, son concept d'«ordre juste», et son projet d'encadrement militaire des jeunes délinquants.
    Malgré l’échec de sa candidate, elle parvient à devenir députée. Elle codirige la rédaction de deux rapports importants sur les fichiers de police et de gendarmerie. Et se fait un nom en  étant en pointe sur l’affaire des sondages de l’Elysée, réclamant en vain une commission d’enquête sur l’attribution d’études hors clous par l’Elysée.
    Lors de la primaire socialiste de 2011, elle soutient à nouveau Ségolène Royal, ce qui ne l'empêche pas de rejoindre ensuite l'équipe de François Hollande.

    •  Ministre de l'économie et des finances: Pierre Moscovici
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    La  nomination de Pierre Moscovici à ce poste est l’une des surprises de ce nouveau gouvernement. D’abord parce que celui qui a été le directeur de campagne de François Hollande durant la campagne présidentielle n’était pas le favori pour devenir le patron de la forteresse de Bercy. C’est Michel Sapin, ami proche du nouveau chef de l’Etat, qui semblait prédestiné à hériter de ce très important maroquin.

    Mais la surprise ne porte pas que cette question de jeu de chandelles entre les dignitaires socialistes. Elle est plus profonde que cela. Car Pierre Moscovici, qui aura donc la haute main sur la politique économique, incarne une sensibilité qui n’a pas toujours été celle de François Hollande. Une sensibilité peut-être un peu plus libérale ou droitière…

    Ce constat doit certes être manié avec précaution, car le nouveau président de la République a lui-même conduit une campagne qui, en matière économique, ne s’est pas distinguée par ses accents radicaux. Et Pierre Moscovici y a donc pris sa part, sans le moindre état d’âme. De surcroît, les deux dirigeants socialistes ont longtemps été des amis proches : au début des années 1990, ils ont ainsi fait ensemble un cours en commun à l’Institut d’études politiques de Paris, et ont prolongé ce travail en tandem en en faisant un livre L’Heure des choix (Editions Odile Jacob, 1991).

    Il reste que Pierre Moscovici est une pièce rapportée dans la « famille hollandaise ». Longtemps, il a en effet été le plus proche collaborateur de Dominique Strauss-Kahn et a donc été l’un des défenseurs du courant social-libéral que l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) a voulu incarner.

    L’installation de Pierre Moscovici dans l’un des ministères les plus puissants doit-elle être interprétée à l’aune de ce parcours ? Suggère-t-elle que la politique économique conduite par le nouveau gouvernement sera globalement très peu hétérodoxe, ou si l’on peut dire, un tantinet libérale ?

     

    • Ministre délégué au budget : Jérôme Cahuzac
      D’autres signes peuvent le suggérer. Il y a d’abord le signe qu’apporte le choix de Jérôme Cahuzac au budget. Celui-là était, certes, beaucoup plus attendu. Ancien président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, il maîtrise parfaitement à ce titre tous les rouages de la politique économique et fiscale et n’aura pas la moindre période de rodage pour prendre en main le ministère dont il aura la charge. Il a de surcroît joué un rôle clef dans nombre de batailles conduites à l’Assemblée par le Parti socialiste, et tout particulièrement celle pour faire la clarté sur le scandale Tapie. Il a manifesté dans ce cas une formidable pugnacité. 
      Il n’empêche ! Lui aussi était un proche de Dominique Strauss-Kahn et défend de longue date des priorités de politique économique d’inspiration également plutôt libérale ou social-libérale. Cela s’est d’ailleurs remarqué pendant la campagne présidentielle puisque Jérôme Cahuzac s’est à plusieurs reprises distingué en donnant des interprétations très libérales du programme de François Hollande et notamment en suggérant que la réforme fiscale prévoyant la fusion de l’impôt sur le revenu et la CSG n’entre pas en vigueur.
      Le tandem Moscovici-Cahuzac se charge donc d’un sens politique indéniable : il ne sera pas de nature à apaiser les craintes de la gauche du Parti socialiste et encore moins du Front de gauche. C’est plutôt une sensibilité droitière qui est investie de pouvoirs très puissants.

     

    • Ministre du redressement productif : Arnaud Montebourg
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      Mais à l’évidence, François Hollande a voulu aussi donner des signaux qui vont radicalement en sens contraire. Des signaux pour faire entendre une petite musique de gauche…
      Le premier de ces signaux est naturellement la nomination d’Arnaud Montebourg à la tête d’un ministère de l’industrie rebaptisé ministère du… redressement productif. Et cette appellation tout comme le choix de cette personnalité ne doivent évidemment rien au hasard. Tout au long de la campagne des primaires socialistes, Arnaud Montebourg a en effet incarné une aile gauche du Parti socialiste. Dénonçant les dérives libérales du socialisme au cours de ces dernières années, il a voulu incarner un sursaut volontariste et s’est fait le champion d’un nouveau protectionnisme européen. Et dans cette bataille, prenant parfois des accents chevènementistes, il a défendu une priorité, celle de la réindustrialisation du pays. 
      Prenant son bâton de pèlerin, durant la campagne de François Hollande, il lui a prêté son concours en faisant la tournée des usines menacées de fermetures ou de délocalisation, un jour chez Lejaby, le lendemain dans l’usine voisine.
      L’appellation du ministère qui lui est confié – ministère du redressement productif– a été soigneusement réfléchie. Car, à l’évidence, c’est un clin d’œil historique. Accédant à la présidence des Etats-Unis quatre ans après le début de la grande crise de 1929, Franklin Roosevelt lance le New Deal, en prenant plusieurs réformes décisives et courageuses, dont un célèbreNational Industrial Recovery Act, dont l’ambition était d’engager des réformes radicales du secteur industriel pour le relancer (voirici) Industrial recovery: c’est donc très exactement, dans sa version française, le cahier des charges qui a été attribué à Arnaud Montebourg.

     

    • Ministre délégué à l'économie sociale : Benoît Hamon
      L’attribution à Benoît Hamon du poste de ministre délégué à l’économie sociale et solidaire va dans le même sens : en confiant ce portefeuille à ce socialiste qui incarne aussi une autre sensibilité de gauche du Parti socialiste, François Hollande a visiblement eu un souci d’équilibre au sein même de Bercy.
      Au total, donc, François Hollande entretient le suspense : inspirera-t-il une politique économique droitière ou libérale ; ou alors une politique économique réformiste fidèle aux valeurs de la gauche ? Le dispositif mis au point autorise toujours les deux interprétations.

     

    • Ministre délégué aux PME, innovation et numérique : Fleur Pellerin
      Fleur Pellerin, nommée ministre déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, s'occupait du pôle société et économie numérique dans l'équipe de campagne de François Hollande. Passée par l'Essec et IEP Paris, elle est conseillère référendaire à la Cour des comptes. Elle avait déjà participé à la campagne de Lionel Jospin en 2002 et s'était chargée de la presse spécialisée lors de la campagne de Ségolène Royal en 2007.
      Présidente du Club XXIe siècle de 2010 à 2012, elle devient membre du Comité permanent diversité du groupe France Télévisions. Elle est par ailleurs administratrice de Public Sénat et membre du comité des sanctions de l'Autorité de régulation des jeux en ligne.
      Une fois encore, le numérique est traité dans un gouvernement sous un angle économique et non pas sociétal ou culturel. Durant la campagne, Fleur Pellerin avait pris position conte Hadopi, la haute autorité réprimant le téléchargement illégal et très décriée sur internet. Elle avait également pris position, au nom de François Hollande, contre ACTA (Accord multilatéral sur la contrefaçon), contre la vente d'outils de surveillance de l'internet dans les pays non-démocratiques et en faveur de la protection des libertés fondamentales sur internet.


    • Ministre délégué au développement : Pascal Canfin. 
      Pascal Canfin est l'autre membre d'Europe Ecologie-Les Verts –avec Cécile Duflot– à faire son entrée au gouvernement. Il est l'un des co-fondateurs, en 2010, de l'ONG Finance Watch, présentée comme un "Greenpeace de la finance". C'est une demi-surprise pour cet eurodéputé élu en 2009 dans la circonscription Ile-de-France. Son nom circulait depuis le 6 mai parmi les jeunes ministrables, mais on n'attendait pas ce spécialiste des questions de régulation financière à ce poste. D'autant que celle qui préside, au Parlement européen, la commission chargée du développement, n'est autre que... Eva Joly. 
      Né en 1974 à Arras, cet ancien journaliste au sein du mensuelAlternatives Economiques deviendra donc l'un des interlocuteurs privilégiés des ONG, sur fond de probables politiques de rigueur... Il pourrait intervenir, à la marge, sur l'un des dossiers qu'il connaît bien, et qui est une promesse du candidat Hollande: la mise en place d'une taxe sur les transactions financières, déjà en chantier à Bruxelles. Les ONG espèrent qu'une partie des revenus de la taxe servira au développement. Mais l'exécutif risque de vouloir utiliser cet argent pour résorber une bonne partie de la dette, et financer le budget européen. Sans doute un premier test.

     

    • Ministre délégué aux transports et économie maritime : Frédéric Cuviller
      Il était jusqu’ici député-maire de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), et membre de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire, de l’Assemblée nationale. Universitaire, spécialiste de sciences politiques, il fut le conseiller « mer » de François Hollande pendant la campagne. C’est lors d’un déplacement dans sa circonscription que François Hollande avait annoncé vouloir créer un ministère de la mer (retrouver ici le reportage de Patrick Artinian sur ce dépacement du candidat socialiste dans le Nord)

     

    • Ministre délégué à l'artisanat, au commerce et au tourisme : Sylvia Pinel
      A 34 ans, cette députée du Parti radical de gauche (PRG) du Tarn-et-Garonne, devient ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée de l'artisanat, du commerce et du tourisme. Elle va succéder à ce poste à Frédéric Lefebvre (UMP). Plus jeune femme députée dans la dernière assemblée, cette fille d'agriculteurs qui a fait des études de droit est l’ancienne chef de cabinet du président du conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet. Elle est conseillère régionale des Midi-Pyrénées depuis 2010. Au PRG, elle est en charge des droits des citoyens, de la sécurité et de la justice. Ce qui n’a a priori que de rapport avec un ministère du tourisme. 


    • Ministre des affaires sociales et santé : Marisol Touraine
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      Comme convenu, Marisol Touraine hérite d'un vaste ministère des Affaires sociales et de la santé. Cette normalienne de 53 ans, députée d'Indre-et-Loire (et par ailleurs fille du sociologue Alain Touraine), avait été nommée en 2008 secrétaire nationale du PS à la santé et à la Sécurité sociale.
    • En quelques années, elle est devenue la référence de ses sujets dans le parti, en menant notamment en 2010 le combat contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy. Puis auprès de François Hollande, à qui cette strauss-kahnienne s'est ralliée en juin 2011, après l'affaire du Sofitel de New York. Au point de devenir un des piliers de la garde rapprochée d'Hollande –qui compte peu de femmes. Pendant la campagne, elle a travaillé avec trois groupes d’experts, dont une trentaine de «technos» bardés de diplômes (et notamment de l'Inspection générale des affaires sociales), coordonnées par Aurélie Lorrain Itty, inspectrice générale des affaires sociales. «Ils sont sollicités au moins quatre ou cinq fois par jour, même les week-ends», nous expliquait Marisol Touraine en mars. Certains syndicalistes proches d'Hollande lui reprochent d'ailleurs de ne «jurer que par ses technos».Culturemment très deuxième gauche, elle va gérer des dossiers qu'elle connaît bien mais politiquement très sensibles comme la réforme des retraites, l'hôpital, les dépassements d'honoraires ou la réforme de la Sécurité sociale, dans un contexte global de maîtrise des dépenses. La ministre des affaires sociales s'est également engagée à créer des centres IVG et à ouvrir le don du sang aux homosexuels.
      Lire l'entretien
       dans lequel elle détaillait le programme de François Hollande en matière de santé et de social.


    • Ministre délégué aux personnes handicapées : Marie-Arlette Carlotti
      Elle est l’une des rares élues socialistes des Bouches-du-Rhône à avoir rompu avec Jean-Noël Guérini, dont elle fut la porte-parole lors de la campagne municipale de Marseille en 2008. Députée européenne, conseillère générale, puis conseillère régionale, cette femme de 60 ans est élue depuis 1996, et s’est occupée durant la campagne de Hollande de l’égalité homme/femme. Désormais, elle est ministre déléguée aux personnes handicapées.

     

    • Ministre délégué aux personnes agées: Michèle Delaunay
      Elle s’est fait connaître comme la tombeuse d’Alain Juppé en 2007, privant l’ancien premier ministre chiraquien d’un poste de n’°2 du gouvernement Sarkozy, après avoir déjà pris un canton historique de la droite bordelaise en 2004. Depuis, elle a bien travaillé sa circonscription, François Hollande y recueillant des scores remarqués dans l’équipe de François Hollande. A 65 ans, cette cancérologue devient ministre déléguée aux personnes âgées et à la dépendance.

     

    • Ministre déléguée des Sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire, et de la vie associative:Valérie Fourneyron
      A 52 ans, la députée-maire socialiste de Rouen succède au judoka David Douillet. Cette ancienne joueuse de volley-ball de haut niveau devenue médecin du sport est entrée en politique dans les années 1990. Valérie Fourneyron est issue d'une famille d'industriels tanneurs, catholiques. De droite, mais à la fibre sociale. 
      En1995, elle est élue au conseil municipal de Rouen avant de devenir adjointe chargée des sports puis première adjointe au maire PS Yvon Robert. Sa carrière marque un coup d’arrêt après la défaite de la gauche aux élections municipales à la suite de dissensions entre les Verts et le PS.
      Conseillère régionale de Haute-Normandie de 1998 à 2007, conseillère générale de Rouen de 2004 à 2008, elle renoue avec le succès en 2007 en devenant députée de Seine-Maritime avant de conduire en 2008 la liste de gauche qui emporte la ville de Rouen perdue sept ans plus tôt. Soutien de Martine Aubry lors des primaires socialistes, Valérie Fourneyron était déjà en charge des sports dans l'équipe de campagne de François Hollande.


    • Ministre délégué à la famille : Dominique Bertinotti
      C’est tout un symbole : au ministère de la famille, François Hollande a nommé la maire du 4e arrondissement de Paris, celui du Marais (quartier gay de la capitale). Ouvrir le mariage et l’adoption aux couples homosexuels sera son chantier prioritaire, le Président de la République ayant promis d’agir vite. Mais cette agrégée d’histoire, maître de conférences à Paris VII, est surtout connue pour son « mitterandisme » forcené : mandataire des archives présidentielles des deux septennats, elle est membre de l’Institut Mitterrand et veille sur la mémoire du « Sphinx ». Devenue « royaliste », elle continue de soutenir Ségolène Royal après sa défaite à la présidentielle de 2007, et dirige sa campagne lors des primaires citoyennes cet automne.
      •  Ministre de l'égalité des territoires : Cécile Duflot
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        Cécile Duflot se voit chargée d’un périmètre limité par rapport aux multiples dimensions de la transition énergétique défendus par les écologistes, et par François Hollande pendant sa campagne. Mais la secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) depuis novembre 2010, et des Verts depuis 2006, n’a aucune expérience gouvernementale et n’a jusqu’ici exercé que le modeste mandat de conseillère municipale d’opposition à Villeneuve-Saint-Georges (Val de Marne). Responsable du logement, elle se retrouve en charge d’un secteur néanmoins stratégique pour la maîtrise de l’énergie, où il faudra mener d’ambitieux programmes de rénovation thermique des bâtiments. Un dossier à la fois technique et social.

       

      • Ministre délégué à la ville : François Lamy
        C’est le fidèle de Martine Aubry, dont il accompagne le parcours depuis plus de 20 ans. Le député de l’Essonne et maire de Palaiseau a peu à peu délaissé les questions de Défense dont il était un spécialiste pour se consacrer à l’appareil socialiste. Depuis le congrès de Reims de 2008, cet ancien rocardien est le «conseiller spécial» de la première secrétaire. Ce qu’il appelle son «CDD d’apparatchik» prenant fin, le voici à 52 ans ministre délégué à la Ville.

       

      • Ministre de l'intérieur : Manuel Valls

       

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      Le directeur de communication de l'équipe François Hollande, obtient le ministère de l'intérieur, au nez de François Rebsamen, responsable du pôle sécurité dans cette même équipe. Ce dernier, sénateur-maire de Dijon et président du groupe PS au Sénat, a déclaré, dès mercredi matin sur Europe 1, avoir «choisi le Sénat et Dijon». Manuel Valls se voit cependant confier un ministère délesté d'une de ses principales directions, celle des collectivités locales, et donc de la gestion de préfets. Et il devra gérer une forte mobilisation des policiers, qui, après cinq ans de réduction des effectifs et de politique du chiffre, se sont soudain réveillés dans l'entre deux tours de la présidentielle pour crier leur mécontentement.

      

Classé très à droite au sein du PS, Manuel Valls s'est imposé durant la campagne comme un des hommes clefs de l'équipe du candidat socialiste. Le 26 avril, lors d'une rencontre avec les syndicalistes policiers, il figurait sur la photo aux côtés de François Hollande, tandis que François Rebsamen, qui avait organisé la rencontre, était en déplacement en Moselle. Dans l'entre deux tours, le député maire d'Evry a multiplié, in extremis, les rendez-vous avec les secrétaires généraux des syndicat de police (à part Alliance Police) ainsi que plusieurs généraux de gendarmerie. Une façon de prendre ses distances avec les réseaux Bauer, cet ami encombrant, parrain d'un des fils de Manuel Valls, ex-rocardien devenu conseiller officieux de Nicolas Sarkozy ? Leur amitié remonte à la fac de droit et à la fondation en 1980 des Jeunesses rocardiennes aux côtés de Christian Fouks, aujourd'hui patron d'Euro RSCG. 

«Manuel Valls savait que s'il arrivait au ministère avec la marque Alain Bauer, c'était terminé», explique un élu PS. Alain Bauer lui a depuis facilité la tâche, déclarant qu'il démissionnerait de la présidence du conseil d'orientation de l'Observatoire national de la délinquance (ONDRP), du conseil d'administration du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique (CSFRS), et du groupe de contrôle des fichiers de police et de gendarmerie, aussitôt le nouveau gouvernement constitué. «Je ne me vois pas en train de présenter les chiffres de la délinquance avec un ministre qui est un ami de très longue date», a déclaré Alain Bauer à Marianne, le 12 mai. Nommé en 2009 par décret présidentiel à la chaire de criminologie du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), il ne déserte pas pour autant le terrain, rappelant son rôle de conseiller de l'ombre : «J’ai fourni des idées depuis 30 ans, d’abord à Michel Rocard, puis à de nombreux responsables qui n’avaient pour point commun que d’être républicains, et j’en suis fier».

      En parallèle de ces conseils «gratuits», Alain Bauer vendait son «expertise» (via sa société AB Associates puis AB Conseil) dans un premier temps aux municipalités friandes de «diagnostics de sécurité», et désormais uniquement aux entreprises. Une situation, à la limite d'un conflit d'intérêt, face à laquelle le nouveau ministre de l'intérieur devra donc se positionner clairement.

      

Maire d'Evry depuis 2001, élu député de la Première circonscription de l'Essonne l'année suivante, Manuel Valls, bientôt 50 ans, a fait de la sécurité et de son expérience d'élu local en la matière un de ses thèmes favoris. Même s'il en critique vertement le bilan de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, Manuel Valls n'hésite pas à en reprendre plusieurs aspects, sous couvert de«pragmatisme». En juin 2009 par exemple, dans une tribune auFigaro, il défendait la proposition de loi contre les bandes de Christian Estrosi et reprenait, avec un langage à peine différent, les critiques de l'UMP contre un prétendu laxisme des juges. «De nombreux délinquants multiréitérants, interpellés par la police, font trop souvent l'objet d'un simple rappel à la loi, déplorait le maire d'Evry. La multiplication de ce genre de décision (…) contribue à annihiler l'autorité de la loi en développant un sentiment de totale impunité chez les délinquants. (…) Il semble donc opportun d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur la manière d'assurer une meilleure connaissance des juges des réalités du terrain.»

      

Une vision «décomplexée» de la sécurité, que Manuel Valls, alors candidat à la primaire socialiste, explicite dans son ouvrageSécurité la gauche peut tout changer. Il y plaide pour la création de zones de sécurité prioritaires en fidélisant des policiers expérimentés grâce à des avantages financiers, l'utilisation des caméras de surveillance, la création de nouvelles places de prison, et des sanctions plus immédiates en direction des mineurs délinquants. Un discours qui fait mouche parmi les policiers.

      

A Evry, Manuel Valls a plus que doublé les effectifs de la police municipale, passés de 14 à 40 depuis 2001, et a généralisé la vidéosurveillance sur tout le territoire de la commune. « A terme, l’objectif est d’assurer une présence policière 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, par des agents équipés d’armes de 4e catégorie (armes à feux, flash-balls ou Tasers)», notait le magazineMegalopolis, qui a consacré une enquête à sa gestion en mai 2010. Entre vidéosurveillance et police municipale accrues, «les polices municipales de villes PS comme Evry ou Strasbourg n'ont rien à envier à celle de Nice», estimait en juin 2011 Frédéric Foncel, syndicat national des policiers municipaux (SNPM). 

Sa grande obsession, la «déghettoïsation» des quartiers, lui a valu plusieurs dérapages remarqués. En 2002, aux Pyramides, une zone urbaine sensible (ZUS) de sa ville, Manuel Valls avait obtenu la fermeture d'une enseigne Franprix transformée en boucherie halal par ses deux repreneurs. Fustigeant dans un courrier une «approche communautariste», le jeune maire avait menacé les nouveaux commerçants d'utiliser «tous les pouvoirs de police» s'ils ne rétablissaient pas «le fonctionnement normal de ce magasin». En juin 2009, nouveau scandale. Filmé dans les allées d'une brocante à Evry, Manuel Valls déclare: « Belle image de la ville d'Evry… Tu me mets quelques blancs, quelques whites, quelques blancos… »Des propos revendiqués dans son petit livre, L'énergie du changement, paru en août 2011. «Je ne renierai pas cette phrase,écrit-il. Tout simplement parce qu'elle décrit une réalité».


      • Ministre de l'écologie : Nicole Bricq
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      Bonne nouvelle pour les écologistes : le ministère de l’écologie et du développement durable reprend le contrôle de l’énergie, perdu par Nathalie Kociusko-Morizet sous la précédente présidence. Déception, ce n’est pas un ministère de la transition énergétique. Demie-surprise, il revient à Nicole Bricq, sénatrice de Seine-et-Marne, et rapporteure générale du budget auprès de la Commission des finances. 
      Ancienne chevènementiste, favorable à l’engagement de la France pendant la guerre du Golfe, elle a ensuite rejoint le courant Socialisme et démocratie de Dominique Strauss-Kahn. Opposée aux gaz de schiste, elle avait déposé en mars 2011 une proposition de loi pour en interdire l’exploration. Elle a aussi rédigé un rapport très critique sur l’évolution des prélèvements obligatoires sous le quinquenat Sarkozy, où elle dénonçait notamment les dépenses fiscales liées à la consommation d’énergies fossiles, dispendieuses et facteurs de dérèglements climatiques. Par ailleurs, elle s’est aussi signalée par un rapport critique sur la vente de l'hippodrome de Compiègne « bricolage » du ministère du Budget alors dirigé par Eric Woerth.

       

      • Ministre du travail : Michel Sapin
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      Ensemble, Michel Sapin et François Hollande ont fait l’armée, l’ENA, puis gravi les échelons au parti socialiste. Mais Michel Sapin, 60 ans, également ancien élève de l’école normale supérieure, avait jusqu’à présent plus d’expérience que François Hollande puisqu’il a été ministre sous Edith Cresson, comme ministre délégué à la justice (1991-1992) ; sous Pierre Bérégovoy, comme ministre de l'économie et des finances (1992-1993); et sous Lionel Jospin comme ministre de la fonction publique et de la réforme de l'Etat (2000-2002).

      Comme ministre de l’économie, son nom est associé à une loi de 1993 de lutte contre la corruption et visant à rendre plus transparente la vie politique. Lui-même admet aujourd’hui que cette loi devrait être renforcée. Il a également été chargé de préparer le passage à la monnaie unique.

      Michel Sapin a été, par ailleurs, maire d'Argenton-sur-Creuse, président et vice-président du conseil régional du Centre. Elu plusieurs fois député (de l'Indre mais aussi des Hauts-de-Seine), il a présidé trois ans la commission des lois de l'Assemblée nationale.

      Après avoir soutenu Ségolène Royal en 2007, il a été chef du projet présidentiel de François Hollande en vue de 2012.

      La proximité entre les deux hommes est telle que François Hollande a été témoin lors de son second mariage.

      • Ministre de la défense : Jean-Yves Le Drian
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      A 64 ans, il fait partie des proches historiques de François Hollande. Elu député du Morbihan de 1978 à 1991 puis de 1997 à 2007, il a été un euphémère secrétaire d’Etat à la mer sous Edith Cresson au début des années 90. Ancien maire de Lorient (entre 1981 et 1998), président du Conseil régional de Bretagne depuis 20004, il a été aux côtés du président de la République dans les moments décisifs de son parcours.

      Dès décembre 1984, ils publient ensemble dans Le Monde une tribune fondatrice: «Pour être de gauche, soyons démocrate», co-signée par Jean-Pierre Jouyet, Jean-Pierre Mignard, Ségolène Royal, qui vise à recentrer la social-démocratie, sur le modèle du parti démocrate américain. «Les transcourants» sont nés.

      Après avoir quitté le poste de Premier secrétaire du parti, c’est à Lorient que François Hollande choisit de se relancer. Pour son premier déplacement post- premier tour, c’est encore à Lorient que François Hollande se déplace. Un signe de fidélité.

      Après avoir soutenu Ségolène Royal en 2007, il a choisi François Hollande dès les primaires en vue de 2012, puis a été chargé de la Défense au sein de l’équipe de campagne. Sa nomination est tout sauf une surprise : il a même commencé à préparer le sommet de l’OTAN, qui se tiendra les 20 et 21 mai prochain à Chicago.


          •    Ministre de la culture et de la communication : Aurélie Fillippetti
          •    Aurélie Filippetti a 38 ans. Elle avait rejoint François Hollande avant la primaire socialiste, et était chargée dans son équipe des questions culturelles. Agrégée de lettres, normalienne elle s’était fait remarquer en 2003 avec la publication d’un roman, Les derniers jours de la classe ouvrière, où elle évoquait la mémoire de son enfance dans le pays minier et la figure de son grand père mineur, immigré d’origine italienne, résistant et déporté après avoir été dénoncé à la Gestapo. Fille d’un mineur, maire communiste d’une petite commune de Moselle, Aurélie Filippetti adhère aux Verts et se présente aux élections municipales dans le Ve arrondissement de Paris en 2001. En 2006, elle quitte les Verts et rejoint le PS et l’équipe de Ségolène Royal, candidate à la présidence comme conseillère sur les questions d’environnement et, déjà, de culture. En 2007, elle est élue députée socialiste de Moselle, avant d’échouer en 2009 à être élue députée européenne. 


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          •    Ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement : Najat Vallaud Belkacem
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      Cette « royaliste » pur jus de 34 ans, ancienne porte-parole de Ségolène Royal pendant la présidentielle de 2007 puis durant les primaires citoyennes, est née au Maroc, dans le Rif. A cinq ans, elle rejoint son père, émigré en France et ouvrier dans le bâtiment, et terminera ses études à Sciences Po-Paris. Sa double nationalité et sa participation au Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (jusqu’en décembre 2011) lui valent, pendant la campagne, nombre d’attaques de la part d’artilleurs de l’UMP. Adjointe au maire de Gérard Collomb (PS) à Lyon depuis 2008, conseillère générale, elle a planché au PS sur des sujets de société, tels la bioéthique ou les droits des homos.


          •    Ministre de l'agriculture : Stéphane Le Foll

      Fidèle parmi les fidèles de François Hollande, il fut son ancien directeur de cabinet à la tête du PS. Autoproclamé «le bourrin», il a durant ces années cultivé un profil bourru de grand escogriffe, redoutable dans les manœuvres d’appareil. Candidat face à François Fillon lors des législatives de 2007, ce Manceau de 62 ans s’est fait remarqué au Parlement européen, où il s’est intéressé aux questions de politiques agricoles. La veille de la nomination du gouvernement Ayrault, il faisait partie des oubliés, et après avoir du s’effacer devant Pierre Moscovici pour la direction de campagne de François Hollande, il s’apprêtait à ressasser en silence son amertume. Finalement, magie des incertitudes du jour d’avant, il est ministre de l’Agriculture.

          •    Ministre de la réforme de l'Etat et de la décentralisation : Marylise Lebranchu

      La nomination au gouvernement de cette Bretonne de 65 ans, députée du Finistère depuis 1997 et candidate déclarée à la présidence de l’Assemblée nationale, dégage la voie du « perchoir » pour Ségolène Royal. Pendant les primaires, c’est dans son bureau de questeur du Palais-Bourbon que cette amie proche de Martine Aubry réunissait les fidèles de la première secrétaire du PS. Vice-présidente de la région Bretagne, ancienne ministre de la Justice de Lionel Jospin (2000-2002), elle planche sur la décentralisation depuis qu’elle a pris la présidence, en 2010, de l’association des élus du PS (la Fédération nationale des élus socialistes et républicains).
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      Ministre des outre-mer : Victorin Lurel

      Victorin Lurel, 60 ans, nommé ministre des Outre-mer, est député (constamment réélu depuis 2002) et président de la région Guadeloupe depuis sept ans. Il était d'ailleurs porte-parole pour l'outre-mer de François Hollande durant la campagne, poste qu'il avait déjà occupé pour Ségolène Royal en 2007. Il a par ailleurs été secrétaire national du PS à l'Outre-mer de 2005 à 2008. Son fait d'arme politique reste sa victoire contre l'inamovible Lucette Michaux-Chevry aux régionales de 2004
      Il est diplômé d'un DEA d'économie à Paris-II et de Science-Po.

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          •    Ministre délégué aux relations avec le parlement : Alain Vidalies
      C’est un clin-d’œil de l’histoire, le nouveau ministre aux relations avec le Parlement est l’un des derniers «poperenistes» revendiqués encore en activité politique. Et il est donc nommé par un premier ministre ayant fait ses armes auprès de Jean Poperen, à un poste qu’occupa l’ancienne figure de l’aile gauche du parti d’Epinay et député du Rhône, dans le gouvernement de Michel Rocard. A 61 ans, ce spécialiste du droit du travail, et député des Landes depuis 1988, est un député réputé travailleur et qui fut rapporteur de nombreuses lois sociales importantes (loi sur la prévention des accidents du travail, loi limitant le recours à l'intérim et aux CDD, loi portant création du conseiller du salarié, loi sur la lutte contre le travail clandestin).


       
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          •    Ministre délégué aux anciens combattants : Kader Arif

      Ce proche de Lionel Jospin était responsable du pôle « Coopération » dans l'équipe de campagne du candidat socialiste. Né en 1959 en Algérie, il grandit à Castres (Tarn), avant de finir ses études à Toulouse (Haute-Garonne). Il entre en PS en 1983, rencontre Lionel Jospin en 1987, dont il devient chargé de mission jusqu'en 1992. Puis, c’est le secteur privé, dans un cabinet d'architecte, avant de rejoindre un tour-opérateur, puis de devenir cadre universitaire.

      Il revient à la politique à la fin des années 90. En 1999, il est nommé premier secrétaire de la fédération PS de Haute-Garonne; en 2002, secrétaire national en charge des relations internationales au Parti socialiste. Il se rapproche de François Hollande et entre au bureau national cette même année.

      En novembre 2005, il est nommé secrétaire national aux fédérations (soit le numéro 3 du PS) à la suite du congrès du Mans. En 2004, il est élu député au Parlement européen. Puis est réélu en 2009. Il est aujourd’hui candidat aux élections législatives dans la 10ème circonscription de Haute-Garonne.

Publié dans Gouvernement

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