Les satellites de télécoms militaires ne seront pas privatisés

Publié le par DA Estérel 83

La Tribune

 

 

Station de réception satellitaire de l'armée française après l'entrée en service du système de télécommunication militaire Syracuse Copyright AFP

Le ministère de la Défense a abandonné la cession des satellites Syracuse à des opérateurs privés. La Direction générale de l'armement a officialisé la semaine dernière par un courrier, dont "latribune.fr" s'est procuré une copie, sa décision de "classer sans suite" cette opération. La direction de Thales, hostile à ce projet baptisé Nectar, a débouché le champagne pour fêter cet événement.  

Les carottes sont définitivement cuites pour l'opération Nectar. C'était attendu depuis le début de l'année, c'est aujourd'hui confirmé par un courrier en date du 15 mai de la Direction générale de l'armement (DGA), adressé à Astrium (groupe EADS) et Thales Alenia Space. La DGA a décidé de "classer sans suite la procédure relative à l'opération de cession de l'usufruit des satellites Syracuse et à l'acquisition de services de communications spatiales", écrit-elle dans son courrier, dont "latribune.fr" a obtenu une copie. De quoi parle-t-on ? De la vente dans le cadre d'un partenariat public privé (PPP) des deux satellites de télécoms militaires (programme Syracuse III) exploités actuellement par l'armée de l'air à un groupe privé, qui lui se rémunérera ensuite en vendant les communications spatiales au ministère de la Défense et à des clients tiers.

Pourquoi un tel échec alors que cette opération a tenu en haleine la DGA et les industriels concernés durant deux ans ? Poussée à l'époque par le cabinet des ministres de la Défense, Hervé Morin et Gérard Longuet, eux-mêmes sous la pression de l'Elysée, la DGA, qui n'a jamais été favorable à cette vente et a fait traîner la procédure, évoque, dans son courrier "la dégradation des conditions économiques" et "des risques supportés par la personne publique". Clairement, décrypte un proche du dossier, "la rentabilité économique de ce projet n'était pas au rendez-vous". Si les industriels étaient capable de garantir les 400 millions d'euros attendus par le ministère pour la cession du système Syracuse, ils se montraient trop gourmands sur le loyer demandé au ministère pour la vente des communications spatiales. La durée de vie des deux satellites, lancés en 2005 et 2006, a été garantie pour douze ans par leur constructeur, Thales Alenia space. En outre, les risques supportés par le ministère dans le cadre d'un PPP exigeaient les services d'un assureur.

Pot de l'amitié chez Thales pour fêter la fin de Nectar

En tout cas, chez Thales, hostile au projet Nectar depuis le lancement de la procédure, on n'a pas attendu la semaine dernière pour fêter l'enterrement officiel de cette opération. Dans un mail daté du 13 mars, le PDG de Thales, Luc Vigneron, conviait le 26 mars un certain nombre de ses proches collaborateurs "à un pot de l'amitié" au Club du siège à Neuilly-sur-Seine, là où les hauts dirigeants organisent leurs rendez-vous d'affaires... "pour marquer la fin heureuse de l'aventure Nectar". Ce qui n'est pas du tout le cas chez Astrium (groupe EADS), qui a fait tout au long de la procédure un lobbying d'enfer pour que la procédure arrive à son terme. La filiale spatiale d'EADS voulait subtiliser le système Syracuse à son rival Thales et accentuer ainsi son avance dans les PPP après le succès du programme Paradigm, qui fournit en télécoms les militaires britanniques.

Le projet Nectar avait été critiqué début 2011 par la Cour des comptes qui estimait qu'il obéissait "plus à la volonté de créer des recettes exceptionnelles qu'à une opération d'externalisation".

Publié dans Armée

Commenter cet article