Les «patriotes» s'envolent

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

En brandissant l'étendard cocardier du «patriotisme économique», Pierre Lellouche et son bataillon de va-t-en-guerre manient dangereusement une arme à double tranchant.

 

Avis à la population ! Une nouvelle bataille du ciel est annoncée avec la formation d'un bataillon de «patriotes économiques» dont Pierre Lellouche vient de s'arroger le commandement. Avant même d'avoir contacté l'intéressé, le secrétaire d'Etat au commerce extérieur a informé hier la presse qu'il allait convoquer le président d'Air France-KLM, Pierre-Henri Gourgeon, pour l'enjoindre de «renvoyer la balle» à l'État qui «l'a beaucoup aidé» quand il avait des problèmes avec Bruxelles. Le contexte de cette explication de gravure annoncée musclée: l'acquisition programmée par la compagnie d'une centaine d'avions long-courriers pour une facture d'environ 20 milliards d'euros.

Le crime d'Air France KLM: une préférence affichée pour le Boeing 787 au détriment de l'Airbus 350 qui devrait sortir des usines à la mi-2012 ou au mieux des commandes partagées pour moitié entre les deux avionneurs. Apprenant cette orientation, le député UMP du Tarn, Bernard Carrayon avait lancé la semaine dernière une pétition au Parlement signée par plus d'une centaine d'élus de droite, du Nouveau centre et du PS.

Au nom du «patriotisme économique», explique-t-il, il est impératif que «quand les Américains achètent américains, les Européens doivent acheter européen». Question de «bon sens», affirme-t-il. Pas si sûr. Car si Airbus a bien perdu le gigantesque marché des avions ravitailleurs destiné au Pentagone à la suite du lobbying forcené de l'administration Obama en faveur de Boeing, l'avionneur européen reste très bien placé avec quelque 200 Airbus en service dans les compagnies aériennes américaines. Qui y a-t-il dire à redire qu'Air France-KLM entende faire son marché sur des critères strictement économiques au moment où la flambée du pétrole affecte ses résultats ?

Encore actionnaire à hauteur de 15 % dans la compagnie, l'État peut légitimement faire entendre une voix d'autant plus efficace qu'elle reste discrète. En brandissant ostensiblement l'étendard cocardier du «patriotisme économique» Pierre Lellouche et son bataillon de va-t-en-guerre manient dangereusement une arme à double tranchant.

Dans des contextes similaires, des entreprises françaises ont payé cash le boomerang de représailles sur le marché américain, à l'image de Sodexo qui a finalement perdu le marché promis et juteux de la restauration pour les armées US. Les risques sont également élevés de sanctions pour violation des règles de la concurrence aux yeux de l'OMC et Bruxelles. Dans ce contexte les gesticulations de Lellouche et de ses fantassins frisent le dérisoire, à l'image de Don Quichotte contre ses moulins à vent.

Publié dans Economie

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