Les milieux politiques en Allemagne réclament une refonte des statuts de la BCE

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos

 

 

Les actions de la BCE pour lutter contre la crise en zone euro font sortir de leurs gonds des parlementaires critiques autour d'Angela Merkel. Leur demande de réformer le statut de la BCE n'a toutefois aucune chance d'aboutir.

Les appels de parlementaires allemands en faveur d'une réforme de la Banque centrale européenne ont ranimé hier un débat dans la coalition berlinoise au sujet de la politique de crise de l'institution francfortoise. Dans la majorité autour de la chancelière Angela Merkel, le chef adjoint de la fraction parlementaire de la CDU, Michael Meister, a vite rejeté en bloc la discussion sur une possible révision des statuts de la BCE. Il s'agit d'un « débat fantôme », a-t-il déclaré à l'agence Reuters. En matinée, le site Internet du quotidien économique « Handelsblatt » avait publié les déclarations de parlementaires réclamant une pondération des voix au sein de la BCE pour refléter davantage le poids et les responsabilités des grands Etats de l'Union monétaire, l'Allemagne en premier.

Des revendications sans fondement, a ajouté Michael Meister, rappelant que l'Allemagne a été un des principaux artisans à l'origine de la BCE, en la rendant indépendante du pouvoir politique et en poussant à ce que son action se focalise sur la stabilité financière. Remettre sur la table le débat autour de sa gouvernance ne ferait qu'ouvrir un nouveau champ de bataille au sein de l'Europe, en éloignant l'attention des priorités du moment, alliant les réformes structurelles et les efforts budgétaires à réaliser par plusieurs pays de la zone euro. La BCE avait elle-même débattu de la question de sa gouvernance en 2008, avant de se prononcer pour la possibilité d'introduire un système de rotation des votes, à partir du moment où plus de 18 gouverneurs de banque centrale siégeraient dans l'institution.

Le conseil des gouverneurs de la BCE est aujourd'hui composé de 17 gouverneurs de banques centrales nationales, auxquels s'ajoutent 6 membres du directoire. Les décisions de politique monétaire s'organisent selon le principe d'un siège valant une voix. C'est précisément ce que dénonce le député du parti libéral FDP, Frank Schäffler, un eurosceptique avéré, qui qualifie de « faute de construction » le fait que des Etats tels que Malte et Chypre puissent compter autant que la puissante Bundesbank allemande.

La Bundesbank isolée

Les délibérés au sein du conseil de la BCE sont d'ordinaire secrets. Mais, pour la première fois, le président de la BCE, Mario Draghi, a révélé, à l'issue de la dernière réunion du 2 août dernier, que la Bundesbank avait été la seule à prendre ses distances par rapport au concept visant à donner un cadre aux interventions de la Banque centrale sur les marchés. Une façon de souligner l'isolement de la Bundesbank au sein du conseil, en connaissant son opposition depuis mai 2010 aux rachats de dette souveraine émis par la Grèce puis d'autres pays faibles de la zone euro.

Pour le député de la CDU Klaus-Peter Willsch, il est donc urgent de donner un droit de veto à l'Allemagne. Or, vouloir changer la règle de vote au sein de la BCE nécessiterait une révision du Traité européen, exercice réclamant un vote à l'unanimité des Vingt-Sept de l'UE. Autant dire mission impossible en prévoyant déjà l'opposition de petits Etats.

Alors que les élections législatives se tiennent dans un an en Allemagne, il faut s'attendre à une multiplication des prises de position critiques à l'égard de la gestion de crise par la BCE. Mario Draghi n'a cure de ces critiques. Le président italien avait insisté lui-même sur le primat du politique pour résoudre la crise en zone euro. Prenant appui sur cela, la chancelière Angela Merkel a fait savoir par son porte-parole que le gouvernement allemand n'a « aucun doute » que la BCE agit dans le cadre de son mandat. Fermez le ban ?

Publié dans Europe

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