Les médecins manquent de tact...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Le problème avec les médecins, c'est qu'on leur a tellement dit pendant leurs études qu'ils étaient des dieux qu'ils ont fini par le croire». La formule, drôle et cinglante, est signée d'un directeur de clinique charentais. Or Dieu fait ce qu'il veut. Dieu est convaincu qu'il est le seul dont les études sont si longues que sa rémunération doit se situer à une hauteur très nettement supérieure à la moyenne.

Au point que les dépassements d'honoraires par rapport aux tarifs conventionnés de la sécurité sociale ont quasiment triplé entre 1990 et 2010, grimpant de 900 millions à 2,5 milliards d'euros (12% du montant total des honoraires perçus par la profession). Dans le même temps, la moyenne de ces dépassements est passée de 25% du tarif de la sécu à 56%. Ils sont surtout pratiqués par les spécialistes (41% d'entre eux contre 7% des généralistes).

Le gouvernement a donc brandi hier en conseil des ministres le panneau «dépassements limités».

La ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, a sommé les syndicats de médecins et l'Assurance-maladie de trouver un accord de bonne conduite sur le sujet avant l'automne. À défaut, elle procédera par la loi. La hausse constante des honoraires pose un véritable problème d'égalité d'accès aux soins. 

Un rapport de l'Assurance-maladie opportunément rendu public avant-hier révèle par exemple la disparité des situations d'un département à l'autre pour la pose d'une prothèse de la hanche ou l'opération de la cataracte. On tombe parfois à moins de 20% d'un de ces actes médicaux accessibles au tarif de la sécu. Ce qui ne semble pas poser d'état d'âme aux médecins, les mutuelles complémentaires, dans le meilleur des cas, prenant le différentiel en charge. 

Jusqu'au moment où les cotisations seront littéralement insupportables pour les patients. Les médecins ressemblent aux enseignants. On en connaît tous qui sont formidables de générosité et de disponibilité. Mais collectivement ils laissent dériver, par faiblesse et/ou corporatisme, leur image et leurs pratiques. 

Ils sont un peu les enfants gâtés des professions libérales: liberté d'installation, liberté de spécialisation et garantie de revenus grâce au système obligatoire de couverture sociale. L'inflation du dépassement d'honoraires c'est le beurre et l'argent du beurre, le même esprit que la mutualisation des pertes et la privatisation des bénéfices. 

À leur décharge, on se souviendra que l'ouverture aux dépassements d'honoraires, en 1980, était assortie de cette magnifique formule, «ils seront pratiqués avec tact et mesure». Que vienne donc la loi ou le contrat négocié, parce que pour le tact, c'est foutu!

Publié dans Santé

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