Les Italiens renvoient Berlusconi au tribunal et disent «non» au nucléaire

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos

 

 

La participation au référendum organisé dimanche et lundi a dépassé 57%. Les électeurs ont été 95% à exiger la suppression de la protection pénale du chef du gouvernement. Et autant à refuser le retour de l'atome dans le pays.

 

Les vents sont décidément en train de tourner en Italie. Deux semaines après avoir enregistré une défaite cinglante aux municipales, avec la perte humiliante de la mairie de Milan, le camp de Silvio Berlusconi a reçu un nouveau désaveu très fort des électeurs, à l'occasion d'un référendum d'initiative populaire de grande ampleur. Pour la première fois depuis seize ans, cette procédure d'abrogation législative, dont le pays est friand, a largement obtenu le quorum nécessaire à sa validation : le taux de participation a dépassé 57%, alors que le «Cavaliere» et ses amis avaient encouragé la population à aller à la plage. Pour une raison simple : sur les quatre questions soumises à consultation, la plus importante concernait la protection judiciaire du gouvernement.

Finalement, plus de la moitié des 50,4 millions d'Italiens appelés aux urnes, dimanche et ce lundi, ont abandonné leur parasol pour annuler, à 95%, la loi de «l'empêchement légitime». Celle-ci permettait à tous les ministres -et a fortiori au premier d'entre eux -d'invoquer leur agenda pour ne pas se rendre au tribunal lorsqu'ils y étaient convoqués. Le texte avait été adopté en avril 2010, en réaction à la suppression de la protection pénale du président du Conseil par la Cour constitutionnelle. Concrètement, cela signifie que Silvio Berlusconi n'a dorénavant plus d'argument à opposer à la magistrature pour ne pas se rendre à ses procès, dans lesquels il est poursuivi pour fraude fiscale, corruption, abus de pouvoir et prostitution de mineure. «Ce n'est pas la victoire de la gauche, mais celle de tous les citoyens», a déclaré avec gourmandise l'ancien juge antimafia Antonio Di Pietro. C'est lui qui, en tant que président de «L'Italie des valeurs», petit parti d'opposition, avait permis de réunir les 500.000 signatures nécessaires à l'organisation du référendum. Pour la principale formation de gauche, le Parti démocrate, le «divorce» entre le gouvernement et le pays est consommé.

Vote de confiance au Parlement le 22 juin

Trois autres lois ont également été abrogées avec plus de neuf suffrages sur dix. Deux concernant la privatisation de l'eau qui prévoyaient, d'ici à 2015, la vente par les collectivités territoriales d'au moins 70% du capital de leurs sociétés d'adduction et d'assainissement. Et la troisième concernant le nucléaire. Ainsi qu'ils l'avaient déjà fait en 1987 après la catastrophe de Tchernobyl (avec 81% des voix), les Italiens ont dit «non» à l'atome, trois mois après l'accident de Fukushima. Ils ont été plus de 94% à voter la suppression définitive de la loi de juillet 2009 qui instaurait le retour du nucléaire dans la péninsule. Il s'agissait de «la» promesse de Silvio Berlusconi avant son retour au pouvoir, il y a trois ans.

Que peut-il maintenant arriver ? Affaibli comme jamais, le «Cavaliere» va avoir du mal à mettre en chantier la grande réforme fiscale promise pour cet été, consistant à alléger l'impôt sur le revenu et à augmenter la TVA. A contrario, son ministre des Finances, Giulio Tremonti, opposé à toute baisse d'impôt, va avoir les mains libres pour boucler le plan de rigueur de 45 milliards d'euros qu'il doit présenter avant la fin du mois, afin de venir à bout du déficit public. Entre-temps, le gouvernement devra faire face à un énième vote de confiance au Parlement le 22 juin. «Nous avons pris une première claque aux municipales, puis une deuxième avec le référendum, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude», a lancé Roberto Calderoli, l'un des ministres de la Ligue du Nord alliée à SilvioBerlusconi. «Jamais deux sans trois» ?

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