Lenglet et Mélenchon infligent un Trafalgar à la Marine Le Pen

Publié le par DA Estérel 83

Ze Rédac

 

 

Il fallait tenir les 2 heures de cette émission. Marine Le Pen a beau être une « bête politique », il fallait tenir cette logorrhée, ce débit de mitraillette, ce ton tantôt vindicatif tantôt dans la victimisation, toujours dans la recherche de l’efficacité politique maximale, celle des idées courtes.

Il aura fallu le premier abordage réussi, signé François Lenglet, journaliste économique, directeur de la rédaction de BFM Business, pour décider de s’infliger dans la longueur cette punition télévisuelle digne de l’huile de foie de morue de nos aïeules. Puis l’attente interminable de l’assaut final, de l’étrange non débat entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. 

Aux questions économiques précises de Lenglet, questions pas si techniques que cela, Marine Le Pen n’a jamais voulu ou su répondre, jouant l’esquive, la question du système qui voudrait que rien ne bouge, alors que François Lenglet l’interrogeait très calmement, lentement, doucement sur ces choix, sur ces solutions sans les balayer d’un revers de la main.

 
Ainsi sur la question de la dévaluation qui suivrait nécessairement une sortie de l’euro et la nécessité de rétablir un contrôle des changes et sur toutes les conséquences négatives et très concrètes pour la vie des Français, sur le remboursement de la dette de 1700 milliards d’euros, Marine Le Pen n’a pas voulu répondre.

Et Le Pen d’accuser François Lenglet, juste après avoir cité une de ces interviews, de vouloir « faire peur aux Français » quand elle voudrait « changer de système économique ».  

Stoppée nette dans sa diatribe par un simple « On est un peu dans la littérature là … » de François Lenglet qui systématiquement la ramenait au réel, au concret de l’impact des décisions sur la vie des gens. Fail encore comme l’écrit France Télévision, quelques minutes plus tard, lorsqu’on lui demande d’où vient son chiffre de “10 millions de fausses cartes vitales en circulation”. Et Marine Le Pen d’évoquer “un rapport”, sans être capable de citer l’organisme dont il émane.

Je vous passerais volontiers l’épisode Henri Guaino s’il n’était révélateur de ce qui se trame dans la droite française. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a commencé son intervention par 2 minutes de louanges aux mots qu’utilise Marine Le Pen. Dommage de voir un grand talent sombrer ainsi en passant de Séguin au discours de Dakar et à une campagne serpillère qui consiste éponger les voix de Marine Le Pen et donc à ne surtout pas lui porter le fer.

Comme le notait Harlem Désir durant l’émission, celui-ci lui a ainsi donné à plusieurs reprises du « vous avez raison » pitoyable.

Ce matin sur RTL Henri Guaino est bien obligé de se justifier « C’était de la politesse, pas de la cordialité. C’est ma façon de discuter avec les gens qui ne sont pas d’accord avec moi », a-t-il expliqué. Tout en enfonçant le clou et en revenant sur le « problème de l’immigration» : «C’est vrai que dans une société en crise, et compte tenu de la pression migratoire, l’immigration est un problème. »

Mais hier soir Marine Le Pen était tout en reconnaissance et mamours de à la fin de leur « débat » qui remercie Henri Guaino :
« C’était un plaisir de débattre avec vous, je vous aurais bien échangé avec le prochain » sous-entendu Jean-Luc Mélenchon.

Puis est venu, le moment tant attendu, le débat Mélenchon-Le Pen. Mais de débat, il n’y eu pas vraiment. Marine Le Pen refusant de débattre avec celui qui l’a insultée publiquement de « semi-démente », cela vous laisse une bonne moitié, lui rétorque Jean-Luc Mélenchon, refusant de discuter avec un candidat qui selon elle n’en est pas un puisqu’il envisage « d’apporter ses voix à François Hollande », désistement républicain, comme il est d’usage à gauche lui répond encore Mélenchon.

Moment d’extrême tension.

Marine Le Pen fait tout pour faire sortir Jean-Luc Mélenchon de ses gonds. Elle ne le regarde pas, monologuer le plus de temps possible, dans un interminable tunnel, vide de sens politique pour éviter le débat, sans réaction de David Pujadas rappelé à la réalité par Jean-Luc Mélenchon.

Pourtant le candidat du Front de Gauche avait posé une question toute simple. Comment Marine Le Pen peut se prévaloir de défendre les femmes alors qu’elle se propose comme l’avait déclaré son compagnon de supprimer le remboursement de l’avortement qu’elle appelle « de confort ».

La sérénité de Jean-Luc Mélenchon et la force de ses arguments pour renvoyer Marine Le Pen à son extrême-droite, il a ainsi rappelé que Jean-Marie le Pen a cité Brasillach sans que sa fille ne s’en émeuve, cette force contrastait avec l’esquive et le refus de débattre de Marine. Un refus avait tout du mépris et de l’arrogance.

Ce mépris, cette arrogance associée aux lacunes trop visibles sur son projet ne lui rendent pas service, lui couteront. Lui reste cependant son obsession-manipulation à l’égard de l’étranger, du « problème de l’immigration » comme le dit de façon détestable l’éponge Guaino. Mais sur ce terrain là, Nicolas Sarkozy est en train de ratisser et de récupérer l’électorat de droite, xénophobe ou à bout, qui a entendu le signal lancé par le candidat UMP.

Le danger pour la gauche est là. Celui d’un premier tour où Nicolas Sarkozy s’imposerait imperator de la droite, réduisant en charpie et Marine Le Pen et François Bayrou. La bataille du premier tour est la mère des batailles. Il reste à la gagner.

Publié dans Politique

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