Le Syndicat de la magistrature étrille le procureur Courroye, «comédien et martyr»

Publié le par DA Estérel 83

 

01-Mediapart

 

 

Plongé au cœur d’une tempête qui risque de lui coûter son poste, le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, vient de recevoir une lettre ouverte assassine de ses collègues du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), qui lui a été envoyée par fax jeudi 26 juillet et dont Mediapart a eu la primeur (on peut la lire intégralement ici).

Intitulé « Philippe Courroye, comédien et martyr », le courrier – signé par le président du syndicat, Matthieu Bonduelle –, feint d’abord de s’émouvoir du projet de mutation du procureur par Christiane Taubira, une véritable « chasse à l’homme ».

Matthieu BonduelleMatthieu Bonduelle

Assez vite, la lettre ouverte du SM rend un hommage très acide aux qualités d’indépendance que Philippe Courroye s’accorde volontiers à lui-même.

Et le syndicat de moquer méchamment son déjeuner avec Jacques Chirac chez François Pinault alors que le juge instruisait un dossier sur la mairie de Paris; son dîner avec Nicolas Sarkozy et la médaille reçue par la suite de ses mains; son dîner avec Jean-Charles Naouri et l’avocat Paul Lombard en marge du dossier Casino; et l’espionnage des journalistes dans l’affaire Bettencourt.

« Autre illustration de votre remarquable indépendance d'esprit », moque le SM, « cet enregistrement révélé par Mediapart dont il résulte que Patrick Ouart, alors conseiller pour la justice de Nicolas Sarkozy, était informé de la décision de classement sans suite que vous alliez rendre un mois plus tard concernant la plainte de la fille de madame Bettencourt »...

Philippe Courroye en appelle-t-il aujourd'hui au Conseil supérieur de la magistrature (CSM)? « Certes, vous avez trouvé parfaitement normal d’être nommé procureur de Nanterre sans avoir jamais exercé dans un parquet de première instance et, surtout, contre l’avis du Conseil supérieur de la magistrature », persifle le syndicat.

Le Syndicat de la magistrature rappelle, en passant, que Philippe Courroye ne s’est jamais élevé contre les mutations ayant visé quelques magistrats avant lui, sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

« D’autres enfin trouveront honteux que le grand bénéficiaire d’un système vicié en devienne soudain le pourfendeur et se présente comme un bouc-émissaire après avoir tant profiter du pouvoir ? Laissez les donc à leurs médisances », grince le SM.

Et maintenant témoin assisté sur plainte de Charles Pasqua

La lettre ouverte du SM sonne comme une réponse du berger à la bergère. Mardi 24 juillet, le procureur de Nanterre a en effet accordé au Figaro une interview très instructive sur son état d’esprit (on peut la lire ici).

S’estimant « lynché » par les syndicats de magistrats et par la presse, Philipe Courroye se dit « victime d’une procédure d’exception » de la part du ministère de la justice, qui veut le muter dans l’intérêt du service.

Après avoir égrené –pour se justifier– les noms des personnalités de droite qu’il a épinglées, soit comme juge d’instruction ou (plus rarement) comme procureur de Nanterre, le magistrat assène ceci : « On me reproche en réalité mon indépendance d'esprit, ma force de caractère et ma ténacité. D'aucuns auraient sans doute aimé que je mette un genou à terre. Je ne dis pas que je ne me suis jamais trompé – quel homme ne commet-il pas d'erreurs?–. Mais je ne vais pas regretter de n'avoir pas cédé à des injonctions politiques ou syndicales. Je ne suis pas de ceux qu'on attelle ».

Philippe CourroyePhilippe Courroye

Ce n’est pas tout. Pressentant qu’il lui sera très difficile de conserver son poste, et de refuser de devenir avocat général à la cour d’appel de Paris, le procureur annonce ce qui suit au Figaro : « J'ai déposé lundi une demande de mise en disponibilité, pour pouvoir m'inscrire au barreau de Paris en septembre. Il y a ceux qui choisissent et ceux qui subissent: je ne suis pas de ces derniers. La fonction qu'on voudrait m'imposer ne correspond pas à mes souhaits et le traitement dont je fais l'objet est aussi exceptionnel qu'inique: j'en tire les conséquences ».

Philippe Courroye dénonce par avance un éventuel refus du ministère de la justice, qu’il qualifie tranquillement de « double peine ». La centaine de candidats qui postule au poste d'avocat général à la cour d'appel de Paris appréciera.

La demande de mise en disponibilité du procureur est toutefois trop tardive pour être étudiée par le CSM dès le 31 juillet, jour où sa mutation à Paris sera débattue. Le ministère doit d'abord rendre un avis à cette demande de mise en disponibilité, puis le CSM le sien, et une éventuelle décision ne pourra être prise avant l’automne.

L’accueil que réserverait le barreau de Paris à cette demande semble incertain. Sur les réseaux sociaux, plusieurs avocats parisiens et des membres du conseil de l'ordre plaisantent sur le cursus du procureur et sur son peu de goût pour les droits de la défense. Pour ces raisons, un avocat marseillais appelle déjà ironiquement sur son blog à « sauver le procureur Courroye ».

Outre les affaires des fadettes des journalistes, dans laquelle il est l’objet d’une procédure disciplinaire et reste sous la menace dedeux mises en examen, le procureur Courroye a vécu un nouveau coup dur mercredi 25 juillet: il a été interrogé et placé sous le statut de témoin assisté par un juge d’instruction parisien dans un dossier initié par Charles Pasqua, qui a déposé contre lui une plainte pour « destruction de preuves », en marge du dossier de l’Angolagate, que Philippe Courroye avait traité lorsqu’il était juge d’instruction. Charles Pasqua accuse ni plus ni moins le magistrat d‘avoir fait disparaître du dossier d’instruction une note de la DST, ce que ce dernier conteste catégoriquement.

Par ailleurs, les deux principaux syndicats de magistrats (USM et SM) demandent toujours avec insistance une inspection au tribunal de Nanterre, et rappellent qu’un substitut du procureur s’est suicidé récemment.

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