«Le PS est sur une ligne de crête et peut basculer à tout moment»

Publié le par DA Estérel 83

02-Marianne

 

 

Pour Johann Cesa et Jean François Claudon, jeunes militants socialistes de la motion «Maintenant la gauche, le social au coeur», portée par Emmanuel Maurel et Gérard Filoche, il est urgent que le gouvernement propose des solutions concrètes pour la jeunesse, «au lieu d’attendre patiemment un hypothétique retour de la croissance» qui risquerait de sceller définitivement le divorce entre les jeunes et les socialistes.


(CHESNOT/SIPA)
(CHESNOT/SIPA)
Les crises du capitalisme frappent en premier les jeunes. Ce n’est pas une nouveauté, cette triste réalité est connue de tous. Mais jamais l'avenir n'a semblé à toute une génération aussi bouché. Jamais la jeunesse du continent n'a à ce point intégré comme une fatalité des temps l'idée qu'elle vivra moins bien que ses parents. Il faut dire que l'austérité généralisée imposée aux peuples par les gouvernements de droite a démultiplié les effets dévastateurs de la crise financières des 4 dernières années, qui n'est elle-même que la résultante de la crise d'un capitalisme financier aux abois. Tant que la jeunesse ne verra pas au bout du tunnel la lueur de la sortie de crise, il sera difficile de la convaincre qu'elle doit revendiquer son droit à l'avenir.
 
Le chômage des jeunes a augmenté de 50 % dans l’Union Européenne depuis 2008 ; un jeune sur quatre en France n’a pas de boulot (plus d’un sur deux en Grèce et en Espagne) et lorsqu’il en décroche un, celui-ci est précaire. On dénombre en France 1,5 millions de stagiaires non payés, nouveaux esclaves des temps modernes, qui prouvent à leur corps défendant qu’il y a bien du boulot dans ce pays. Plus de la moitié des étudiants sont pris dans la tenaille des propriétaires privés et, pour eux, accéder à un logement décent relève du chemin de croix, alors que près de trois quart d'entre eux, selon l'UNEF, sont contraints de travailler pour financer leurs études  Enfin, les jeunes ont l'insigne honneur de constituer la catégorie d’âge la moins couverte par une mutuelle et, d'après le LMDE, un étudiant sur trois n'a pas les moyens de se soigner quand il tombe malade.  
 
Cette galère persiste depuis plus de 20 ans. Tout les gouvernements qui se sont succédé ont tous échoués à faire reculer cette précarité galopante. Tout un tas de contrats précaires ont été inventés, chaque gouvernement s'ingéniant à promouvoir le sien, mais jamais le chômage des jeunes n’a reculé de façon significative, même lors de l'embellie qu'a constituée pour la jeunesse les années Jospin. Le système de bourses, empirique et fragmenté, ne concerne que les étudiants et seulement 20 % d’entre eux peuvent en bénéficier. A chaque fois qu’une aide au logement a été votée, les bailleurs privés se sont empressés d’augmenter les prix des loyers, puisqu'aucun organisme de contrôle n'avait été mis en place, faute d'une véritable volonté politique. Et ces 10 dernières années, comme si cela ne suffisait pas, la droite a mis son grain de sel : tentative de mise au pas de l'université, casse de l'école publique, diminution drastique du nombre de fonctionnaires, précarisation accrue, hausse du temps de travail qui exclut encore plus les jeunes de l'emploi, fin du remboursement des soins et des médicaments à 100 %...  Bref, pour la jeunesse, le bilan des deux dernières décennies est calamiteux. Tel la perspective du passage au socialisme en URSS, l'autonomie de la jeunesse de ce pays semble être un horizon inatteignable qui s'éloigne d'autant plus que l'on est censé s'en rapprocher.

PÂLES COPIES DU BLAIRISME

François Hollande et son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont mis en œuvre les premières dispositions du changement : encadrement des loyers dans les zones tendues, abrogation de la circulation Guéant, emplois d’avenirs. Disons le tout net : c’est bien le minimum qu’un gouvernement socialiste pouvait faire ! Les mesures à venir comme la construction de 80 000 logements sociaux et les contrats de génération ne serviront qu’à limiter la casse. 
 
Il est urgent d’agir… et de proposer des solutions alternatives. Le congrès socialiste de Toulouse doit être, pour la gauche, un instant privilégié de débat et de formulation de propositions nouvelles, notamment en direction des jeunes. Nous regrettons que la motion « à vocation majoritaire », présentée par Harlem Désir, qui dresse pourtant un tableau de la jeunesse similaire au nôtre, s’enferme aussitôt dans les 60 engagements du président de la République, qui passent du statut de fondement à celui de carcan. Les jeunes qui aspirent à une gauche décomplexée expriment la même déception. Dans la perspective du congrès de Toulouse, nous voulons débattre, proposer et agir, car nous avons la conviction que les jeunes, en votant majoritairement pour François Hollande le 6 mai dernier, ont indiqué un chemin différent de celui sur lequel le gouvernement est en train de s'engager à tâtons. Cette conviction que les aspirations profondes des salariés et de la jeunesse ne pourront être satisfaites par une orientation timorée tentant de ménager le patronat et les actionnaires est la raison d'être de la motion n°3 « Maintenant la gauche, le social au cœur », présentée par Emmanuel Maurel et Gérard Filoche à l'occasion du congrès socialiste d'octobre 2012.
 
Représentant de la gauche du parti, nous avons une responsabilité historique : faire réussir le gouvernement en promouvant une orientation combative et redistributive qui tourne le dos aux chimères de l'austérité. Nous sentons que le PS est sur une ligne de crête et qu'il peut basculer à tout moment. Militant depuis des années pour l'unité de toute la gauche, nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer, car toute la gauche, riche de sa diversité, est dans le même bateau. Car nous ne sommes pas de ceux qui à gauche spéculent sur la faillite du gouvernement Ayrault en attendant leur heure : si l'expérience socialiste échoue, c'est toute la gauche qui sera sanctionnée durement par les salariés. Et pour que cette expérience réussisse, il faut que toute la gauche soit mobilisée et pousse de toutes ses forces afin que le gouvernement Ayrault ne finisse pas  comme celui du PASOK en Grèce ou celui du PSOE en Espagne, ces pâles copies du blairisme qui ont fait le bonheur des droites européennes et de leurs alliés extrémistes de demain, si ce n'est d'aujourd'hui. Si le bateau dérive, assailli qu'il est par les pirates de la finance, les jeunes mousses seront les premiers à tomber à l'eau. Il faut tenir la barre ! A bâbord, toute !
 
Reprendre les aspirations et les revendications de la jeunesse sont les marqueurs fondamentaux de notre motion « Maintenant la gauche, le social au cœur ». L’allocation-autonomie, qui fait consensus dans les organisations de jeunesse de gauche et qui est porté par le syndicat étudiant majoritaire, figure en pôle-position de nos propositions. « Nous défendons l’idée que chaque jeune puisse choisir librement son avenir, en dehors de toute contrainte financière. Il faudra passer du système actuel de bourses à une allocation d’autonomie universelle et individualisée, assurant à chaque jeune en formation de pouvoir étudier, se loger, se soigner, se nourrir, sans avoir à se salarier. Accessible à tous, cette allocation serait calculée en fonction des ressources propres au jeune et de son lieu de formation. »
 
La satisfaction de cette revendication historique de la jeune gauche appelle la mise en place d’une nouvelle branche « jeunesse » de la sécurité sociale chargée de distribuer l’allocation-autonomie pour toute la jeunesse en formation. Cette branche « jeunesse » relèverait de la solidarité nationale et intergénérationnelle, puisque les jeunes auraient alors le statut de « travailleur en formation » et seraient couverts par la sécurité sociale. Les salariés actuels cotiseraient en conséquence pour les futurs salariés, comme ils cotisent aujourd'hui pour les anciens. Les jeunes en formation, en tant que bénéficiaires de cette manne, prendraient en retour eux-aussi conscience de leur appartenance au salariat et de l'unité de ce dernier. Par ailleurs, comme les entreprises profiteront de la formation de leurs futurs salariés, une cotisation patronale du même niveau que la cotisation salariale sera appliquée. Et aux apôtres de la « compétitivité » qui hurleront à la hausse des « charges », nous répondrons que les cotisations sociales ne sont pas des charges, mais du salaire socialisé, du bonheur brut pour les salariés ! Et nous inviterons les sceptiques à aller en Scandinavie, dont la compétitivité n'est pas mise en doute, où la chômage est bas et... où les prélèvements obligatoires sont plus élevés qu'en France ! L'allocation-autonomie constitue l'un des maillons de cette politique de redistribution des richesses qui permettra au pays et au continent de sortir de l'ornière.
 
Une vraie conquête sociale en somme. C’est possible, tout de suite ! La France n’a jamais été aussi riche et ses richesses aussi mal redistribuées. C'est ce que démontre également notre motion : 10 % de français se partagent 50 % du patrimoine, alors que la moitié des salariés vivent avec moins de 1600 € par mois. Les 500 familles les plus riches se sont partagées 271 milliards d’euros l'an dernier, tandis que 5 millions de chômeurs pointent au pôle emploi. Le CAC 40 a gagné en 2011, 87 milliards de bénéfices dont 37 milliards ont été versés sous formes de dividendes aux actionnaires. Les caves à subprimes, ainsi que les cagnottes privées sont pleines, elles qui se sont remplies pendant que la droite siphonnait les caisses publiques ! Les marges de manœuvres existent. Au lieu d’attendre patiemment un hypothétique retour de la croissance, il faut d’abord redistribuer les richesses. C'est sur cette voie qu'il faut s'engager si nous voulons, selon la belle expression de François Hollande au Bourget, que les jeunes « vivent mieux en 2017 qu'en 2012 ».
 

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