Le premier D-Day de François Hollande

Publié le par DA Estérel 83

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Le premier D-Day de François Hollande

François Hollande. Photo : Lionel Bonaventure / AFP

Il commencera par une cérémonie au cimetière militaire de Ranville (Calvados), situé au sud de "Sword Beach", l'une des plages du débarquement en Normandie du 6 juin 1944, où sont enterrés 2 500 soldats - des Britanniques pour la plupart. Il se rendra ensuite au Mémorial de Caen, qu'il visitera durant 45 minutes avant d'y prendre la parole pour un discours d'un quart d'heure prononcé devant une quinzaine de jeunes lauréats du concours national de la Résistance et de la Déportation, en présence de trois vétérans du D-Day. Et c'en sera fait de la première commémoration officielle d'une page de l'histoire de France par François Hollande en tant que président de la République.

 

Avant François Hollande, deux chefs de l'Etat en exercice se sont rendus au Mémorial de Caen : François Mitterrand et Jacques Chirac. Le premier était venu le 6 juin 1988, pour l'inauguration de ce qu'il qualifia à l'époque de "musée du souvenir". C'était un mois après sa réélection. Il y avait ce jour-là 10 000 personnes, anciens combattants et enfants des écoles venus des treize pays ayant participé au débarquement.

 

De Paris, le président était venu avec une importante délégation : Michel Rocard, le premier ministre, était là, mais aussi Roland Dumas, Jean-Pierre Chevènement et Jack Lang, alors respectivement ministres des affaires étrangères, de la défense et de la culture, ainsi qu'Alain Poher, le président du Sénat.

 

Jacques Chirac, lui, est venu au Mémorial de Caen le 6 juin 2004. Sa visite avait été l'ultime étape d'une journée particulièrement remplie, dont le temps fort avait été la cérémonie au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, pour le 60e anniversaire du débarquement. 8 000 personnes étaient venues. Dix-sept chefs d'Etat et de gouvernement avaient fait le déplacement, dont le président américain, George W. Bush, et la reine d'Angleterre, Elizabeth II.

 

Dans les airs, la patrouille de France s'était mesurée à la Royal Air Force, et, sur mer, le porte-avions Charles-de-Gaulle flottait dans la brume de chaleur. En fin d'après-midi, Jacques Chirac avait déposé une gerbe au monument d'Ouistreham, en présence d'une quinzaine de "bérets verts" du commando Kieffer, ces 177 Français qui avaient débarqué en Normandie avec les Anglais, et c'est juste après qu'il s'était rendu au Mémorial de Caen, accompagné Gerhard Schröder. C'était la première fois qu'un chancelier allemand participait aux commémorations du jour J. L'accolade entre les deux hommes, qui avaient dévoilé ensemble une plaque pour l'occasion, avait marqué le déplacement présidentiel au Mémorial.

 

Le premier 6 juin de François Hollande sera plus modeste : d'un point de vue calendaire, 2012 n'est pas une année commémorative forte pour les événements de 1944, comme ce fut par exemple le cas en 2009 pour le 65e anniversaires des événements liés à la Libération. Accompagné de Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants, et Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes et maire de Cherbourg, le président de la République prononcera "un discours classique dans une ville qui a été détruite à 60 % pendant la guerre et dans un lieu de mémoire populaire qui est visité chaque année par de très nombreux jeunes", prévient l'Elysée, qui a notamment remis la main sur les discours prononcés en Normandie par François Mitterrand, les 6 juin 1984 et 1988.

 

En 1984, l'ancien chef de l'Etat avait prononcé un discours à tonalité très européenne devant six chefs d'Etat réunis à Utah Beach. "L'ennemi de l'époque, avait-il dit, ce n'était pas l'Allemagne mais le pouvoir, le système, l'idéologie qui s'étaient emparés d'elle. Saluons les morts allemands. Leurs fils témoignent comme les autres pour que commencent les temps nouveaux. Les adversaires d'hier se sont réconciliés et construisent ensemble l'Europe des libertés. Qu'ils osent se dépasser eux-mêmes. Que les alliés d'hier sachent à leur tour dominer les contradictions d'une victoire commune dont le monde attendait qu'elle apportât enfin la paix." C'était l'époque où François Mitterrand entendait engager une nouvelle étape dans la réconciliation franco-allemande. Deux mois plus tard, le 22 septembre 1984, il était à Verdun, avec Helmut Kohl, pour une poignée de main historique.

 

En 1988, lors de l'inauguration du Mémorial, M. Mitterrand avait notamment dit ceci :"Le principal est d'expliquer et de faire comprendre que la paix n'est pas possible dans la désunion des peuples, que seule une solide organisation commune de nations au niveau mondial rendra la paix durable. (...) Nous sommes, si nous le voulons, maîtres de notre histoire. Comment ne pas se réjouir des efforts assurés au cours de ces dernières années, (...) au cours de ces derniers jours, pour qu'enfin on commence à songer à faire le désarmement des forces les plus destructives ? Comment ne pas remercier ceux qui s'y sont appliqués dès lors qu'en même temps chacun veillera à ce que l'équilibre nécessaire entre les nations soit constamment préservé."


Ce 6 juin 1988, François Mitterrand avait également célébré la jeunesse, qui"pressent le prix de la paix" et "sait bien, puisqu'elle a toute sa vie devant elle, que c'est ainsi qu'elle bâtira son avenir". François Hollande, qui a fait de la jeunesse sa"priorité" pendant la campagne présidentielle, ne devrait pas manquer de lui consacrer quelques mots lors de sa brève allocution au Mémorial de Caen.

 

Dans les prochains jours, le président de la République aura à deux reprises l'occasion de revenir sur l'histoire de la seconde guerre mondiale : samedi 9 juin, comme il le faisait quand il était élu de la Corrèze, il assistera à la cérémonie en hommage aux "pendus de Tulle" victimes des SS le 9 juin 1944 ; et le 16 juillet, il sera présent aux cérémonies commémoratives de la rafle du Vel' d'hiv'.

 

Thomas Wieder

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