Le Pen, Mélenchon, Pujadas sur France 2, le César du meilleur acteur est attribué à...

Publié le par DA Estérel 83

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Comme prévu, Marine Le Pen est allée au clash contre Jean-Luc Mélenchon et David Pujadas dans l'émission de France 2 "Des paroles et des actes". Cet incroyable affrontement marquera la campagne présidentielle 2012, mais qui en est sorti vainqueur ?

> Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politiqueAuteur parrainé par Benoît Raphaël

 

Un grand moment de télévision. La vie et rien d'autre. Voilà ce qu'il faut retenir en premier lieu de notre sujet de conversation du matin : la confrontation Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et David Pujadas sur France 2, dans l'émission Des paroles et des actes.

 

Un grand moment de télévision, formidable, énorme, démesuré parce qu'il révèle la nature profonde des personnages en présence, offre au téléspectateur la vérité intime de ceux qui s'agitent sur l'écran. D'expérience, je sais que l'on ne peut tricher à la télévision, média du sentiment révélateur de toutes les personnalités, y compris celles qui prétendent, à force de média-trainings, en maitriser le fonctionnement.

 

Sur France 2 hier, la confrontation Le Pen, Mélenchon, Pujadas fut riche d'enseignements relatifs à la personnalité des uns et des autres, ce qui compte tout autant dans une élection présidentielle que les projets, les programmes et les propositions.

 

Marine Le Pen, comme prévu, refusa le débat avec Mélenchon. Pour se faire, elle adopta la mine boudeuse de ces petites filles à qui papa refuse de manifester de l'intérêt. On avait cédé à son caprice en organisant un débat avec Henri Guaino, l'écrivailleur de Nicolas Sarkozy, mais on ne lui avait pas concédé l'élimination de Mélenchon, donc, elle boudait. David Pujadas était devenu aux yeux de Marine Le Pen le père de substitution archaïque qui avait refusé de céder à la petite fille à la poupée, deux notions chères aux psychanalystes, de lui céder le jouet de ses rêves. Et quand Marine Le Pen précisa "C'est un peu mon émission", il fallait entendre "C'est mon jouet". Évidemment. Ce jouet que Pujadas avait cassé.

 

 

Jean-Luc Mélenchon a confirmé son inclinaison à jouer son rôle façon Commedia dell'arte. C'est en Capitan de comédie qu'il place ses meilleures répliques. Il ne parle pas, il hurle. Il ne cause pas, il vocifère. Il rit de ses propres mots comme il est interdit de le faire dans Ridicule lorsque l'on a placé une saillie drolatique. Comme il était content de lui après avoir balancé à Marine Le Pen qui se plaignait d'avoir été traitée de "semi-démente" un tonitruant "Il vous en reste une bonne moitié !" que l'on devinait savamment préparé à l'avance. Mélenchon souffrait depuis des années de ne pas être une vedette ? Désormais, il l'est. Dans la lignée d'Hébert et de son Père Duchesne, de Marchais et de son "Taisez-vous Elkabbach !", tout à la fois outrancier et outrageant pour le téléspectateur, contraint de subir cet histrionisme triomphant au point d'en être gênant. Que diable était-il venu faire dans cette galère ?

 

David Pujadas enfin, a montré un petit penchant insoupçonné pour le masochisme. En tenant à organiser ce débat, envers et contre tout, alors même qu'il savait pertinemment que cela pouvait lui revenir dans la figure tels les gants de boxe de Paul Amar dans le célèbre duel Tapie/Le Pen de 1994, le présentateur de France 2 a pris des risques considérables, rappel historique que Marine Le Pen ne s'est pas privée de lui jeter à la figure.

 

Désemparé, dépassé par les deux monstres qui s'empoignaient devant lui, Pujadas savourait son triomphe masochiste, journaliste auto-sacrifié sur l'autel d'un monstrueux spectacle qu'il avait lui même provoqué.

 

Humilié, balloté, piétiné, conspué, bousculé, Pujadas jouissait ostensiblement d'entrer dans l'histoire de la télévision, car, à n'en pas douter, l'INA n'a pas fini de satisfaire les demandes futures de toutes les chaines qui voudront, dans les cents ans qui viennent, rediffuser cette séquence dans des rétrospectives baptisées  "Les 100 plus grands dérapages de la télé", ou "Les 100 plus grands clashs de la télé" ou bien encore "Les 100 plus grands scandales de la télé". Pujadas s'est offert le plaisir suprême du masochiste : s'avilir en direct et s'assurer par cet échec, éclatant et retentissant, un siècle de postérité et de souffrance cathodique rediffusées à l'envi. Quel destin !

 

Dans ce contexte, comment désigner le gagnant de cette incroyable joute ?

 

Très simplement.

 

Hier, il n'y eut qu'un vainqueur sur France 2 : la télévision. Plus forte que le cinéma lorsqu'elle est livrée à elle-même, rien qu'à elle même. La télévision, César de la meilleure mise en scène.

Publié dans Billet

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