Le mot doux de Boris Boillon à l’ancien chef du RCD

Publié le par DA Estérel 83

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Il est des lettres qui vieillissent mal. C'est le cas de celles envoyées par les autorités françaises à l'ancienne dictature de Ben Ali, surtout quand elles sont signées de la main de Boris Boillon... devenu depuis février 2011 ambassadeur de France à Tunis. Il avait suscité la polémique dès son arrivée pour avoir vertement tancé une journaliste tunisienne, provoquant plusieurs manifestations devant les grilles de l'ambassade.

En 2007, Boillon vient d'être nommé conseiller diplomatique pour le Maghreb à l'Elysée, où Nicolas Sarkozy a tout juste élu domicile. Le nouveau président français reçoit alors, comme le veut l'usage, une foule de lettres de félicitations. Dont une émanant du secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique – le RCD –, le parti de Ben Ali qui contrôle d'une main de fer l'an

cienne colonie française.

 

Le 1er juin, le conseiller diplomatique pour le Maghreb, un certain Boris Boillon donc, répond à Hédi Mhenni, expliquant que Sarkozy l'a «chargé (...) de (lui) transmettre ses plus vifs remerciements», selon le document que Mediapart a pu consulter. Cette lettre provient des archives du bâtiment de la rue Botzaris à Paris, considéré comme le siège du RCD à Paris, et occupé ces dernières semaines par plusieurs dizaines de migrants tunisiens arrivés de Lampedusa.

«Les relations privilégiées que nous avons su développer entre nos deux pays doivent être à la hauteur des attentes de nos peuples et à la mesure des défis communs auxquels nous avons à faire face dans un monde plus instable que jamais», écrit le conseiller dans cette missive.

Il ajoute: «Le président de la République connaît l'importance de votre action dans la vie politique tunisienne et l'attention particulière que vous portez aux relations avec la France, et il vous sait gré de vos efforts dans le sens d'un dialogue toujours plus étroit et confiant entre nos deux pays.» Boillon, très proche de Sarkozy, termine sur«l'expression de (sa) haute considération» pour Hédi Mhenni. Un an plus tard, le président français se rend à Tunis pour une visite à Zine el-Abidine Ben Ali et y déclare que «l'espace des libertés progresse» en Tunisie.

 

«Très proche du clan»

 

Devant l'ambassade de France à Tunis, février 2011.
Devant l'ambassade de France à Tunis, février 2011.© Reuters
Interrogé par Mediapart, Boris Boillon n'a pas souhaité réagir. «Des lettres dans ce style, il y en a des centaines. Elles n'ont pas de signification particulière, indique-t-on de source diplomatique. Le RCD avait des relations avec tous les partis politiques français, il faisait partie de l'Internationale socialiste. C'est le genre de correspondance que l'Elysée fait tout le temps, avec un parti au pouvoir d'un pays avec lequel nous avons des relations.»

 

Il n'empêche: Hédi Mhenni, personnage peu connu en France, est un de ces apparatchiks du régime de Ben Ali qui ont fait toute leur carrière à l'ombre du dictateur déchu. En 2007, il est secrétaire général du RCD depuis deux ans, après avoir occupé de nombreux maroquins ministériels, dont la santé, les affaires sociales, l'intérieur et la défense nationale. En 2008, il quitte la direction du parti-Etat pour devenir conseiller à la présidence, chargé notamment de l'information.

«Il était très proche du clan, notamment de Ben Dhia (un des principaux conseillers de Ben Ali - ndlr). C'est un apparatchik, pas le plus important, mais, comme les autres, il a joué un rôle dans la mise en place du système de Ben Ali», explique un journaliste tunisien, interrogé par Mediapart.

C'est en tout cas pour ses services rendus à la dictature qu'un collectif de 25 avocats a déposé plainte début mai contre Hédi Mhenni pour abus de pouvoir et détournements de biens publics pour le compte du RCD. «Il est accusé d'avoir mis à disposition 10.000 fonctionnaires de l'Etat pour le RCD et d'avoir mis la main sur 7.500 bâtiments publics pour abriter les cellules du parti. Sans parler du financement forcé du RCD, surtout pour les campagnes électorales, auquel les entreprises ou les banques étaient obligées de participer», explique l'un de ces avocats. La plainte est toujours en cours d'instruction à Tunis.

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