Le Figaro ment sur les 35 heures.

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

Il y a quelques jours, le Figaro a publié un article assassin sur le coût des 35 heures. Au moins 22 milliards d'euros par an, expliquait l'auteur. L'argument était complété d'un constat: il faudra bien y renoncer et travailler plus. 

Malheureusement, tout était faux. 

Mensonge avoué...
Le titre de l'article est affirmatif, définitif, sans aucune ambiguïté: 

« Les 35 heures coûtent au moins 22 milliards par an »

On cherche alors la preuve du propos, la justification de l'affirmation.

Puis, presque à la fin de l'article, on tombe sur cet aveu, un court paragraphe, qu'il vaut mieux citer in extenso pour éviter toute accusation de censure:
« Résultat, la France se retrouve aujourd'hui avec un chômage de masse et un coût du travail élevé (de 23 % supérieur à celui de l'Allemagne), en dépit des 22 milliards d'euros d'exonérations de charges sociales accordées chaque année aux entreprises pour «compenser» le passage de 39 heures à 35 heures sans perte de salaire. C'est le véritable boulet des 35 heures! Il représente, grosso modo, l'équivalent du budget annuel de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

La Cour des comptes elle-même a jugé que l'efficacité sur l'emploi de ces exonérations était «trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité». Certes, la totalité de ces allégements n'est pas directement imputable aux lois Aubry. Les premières exonérations sur les bas salaires ont même été introduites par le gouvernement Balladur en 1993. Mais elles ont considérablement gonflé avec les 35 heures: passant de moins de 7 milliards d'euros en 1999 à 17 milliards cinq ans plus tard, et à plus de 22 milliards en 2010.»
Relisons ensemble: « Certes, la totalité de ces allégements n'est pas directement imputable aux lois Aubry. »

Et oui. L'auteur avouait son forfait à demi-mot, les 22 milliards d'euros qu'il nous jetait en titre n'étaient pas totalement imputable aux trente-cinq heures.

... 9 milliards de trop
D'ailleurs, l'ancien gouvernement avait déjà livré une estimation très précise des différentes exonérations de charges sociales dont bénéficient les entreprises. En juin 2011, répondant à la question d'un sénateur, voici que Xavier Bertrand fournit un tableau très exhaustif sur les exonérations de charges sociales. Un tableau que la journaliste auteur de l'article aurait pu consulté.




Qu'apprend-t-on ?

1. En 2003, François Fillon, alors ministre du travail, fusionne tous les dispositifs d'exonération de charges, en unifiant les barèmes - ceux concernant les bas salaires et ceux instaurés en 1998 liés à la réduction du temps de travail (allégements « Robien », puis « Aubry »).

2. Les 22 milliards d'euros concernent bien toutes les exonérations et pas seulement ceux relatifs à la RTT.

3. En 2002, dernière année où les exonérations 35 heures étaient encore comptabilisées séparément, les aides Aubry (« I » puis « II ») représentaient un montant total de ... 10,4 milliards d'euros. Le Figaro se/nous trompait de près de 50% !

4. Pour compléter sa présentation, le ministre d'alors faisait préciser que les conclusions des rapports du Conseil d'orientation pour l'emploi et de la Cour des comptes « tendent à la reconnaissance de l'impact positif de la politique d'allégements de cotisations sociales sur l'emploi », et d'ajouter que « leur suppression totale aujourd'hui conduirait à détruire environ 800 000 emplois en l'espace de quelques années, sauf à revenir sur les fortes augmentations du SMIC horaire décidées et votées du fait de la RTT. » Quel paradoxe ! Supprimer ces fameux 22 milliards d'euros d'exonérations de charges - dont une partie couvrent la neutralisation du passage de 39 à 35 heures - coûterait 800.000 emplois ! Arroseur arrosé ? 

Le retour de Sophie Roquelle ?
L'article, publié par le Figaro, est signé par Sophie Roquelle, rédactrice en chef au Figaro.

Ce nom ne vous dit peut-être rien.

En juin 2011, elle s'était fendu d'une longue enquête pour le Figaro magazine sur « la France des assistés ». Elle rebondissait sur les salves de Laurent Wauquiez contre le « cancer de l'assistant ». Son article avait débuté par un paragraphe fameux : « On les surnomme parfois «les canapés». Dans le milieu de l'insertion professionnelle, on connaît bien ces demandeurs d'emploi qui ne demandent plus grand-chose, sinon de rester chez eux devant la télévision. Le travail n'est plus qu'un vieux souvenir. Leur univers se résume à un gros sofa face à un immense écran plat qui ronronne en permanence pour meubler la solitude. » Rapidement, une belle fraction du Net s'indigna, jusqu'à cette interrogation de Daniel Schneidermann, d'Arrêt sur Images, dans un  article également publié par Rue89

« Peut-on écrire sur les « assistés » et être marié au n°2 de GDF ? »

Peut-on écrire sans vérifier ses chiffres dans la rubrique économique du Figaro ?

Publié dans Politique

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