Le combat de trop du juge Courroye

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Tout a basculé avec l'élection de Nicolas Sarkozy et son rôle de vigie à Nanterre, au coeur du Sarkoland, lorsqu'éclate l'affaire Woerth-Bettencourt. Le magistrat multiplie les interventions pour circonscrire l'incendie.

 

Il y a un an, le juge Philippe Courroye se croyait encore sur le point d'atteindre le couronnement de sa carrière avec une promotion à la tête du parquet de Paris. Son ami Nicolas Sarkozy, qui venait de faire personnellement son «cher Philippe» chevalier de l'ordre du Mérite après l'avoir déjà nommé en 2007 à Nanterre contre l'avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), en faisait une formalité.

Aujourd'hui, le magistrat déborde d'indignation face à la mutation «sanction» décidée par la Chancellerie qui veut l'envoyer exercer ses talents au parquet de Paris, mais en qualité d'avocat général, soit une sorte de substitut du procureur général, le poste qu'il visait. Après les évictions des proches de Sarkozy des directions de la gendarmerie et du renseignement, Philippe Courroye devait bien se douter qu'il serait un des suivants sur la liste des changements politiques à attendre dans la haute administration. Mais s'il a quelques raisons de pointer le caractère «disciplinaire» de sa mutation, le juge Courroye aurait tort de livrer le combat de trop pour rester au parquet de Nanterre, tant son dossier semble indéfendable.

En d'autres temps, avant Nanterre, le juge Courroye jouissait d'une réputation d'excellence et d'indépendance détruite en quelques années. À Lyon, puis dans l'équipe des juges d'instruction du pôle financier du parquet de Paris, Philippe Courroye s'était forgé un tableau de chasse impressionnant: les Michel Noir, Pierre Botton, Alain Carignon, mais aussi les protagonistes de l'Angolagate dont Jean-Christophe Mitterrand et Charles Pasqua étaient sortis éprouvés de son cabinet. Tout a basculé avec l'élection de Nicolas Sarkozy et son rôle de vigie à Nanterre, au coeur du Sarkoland, lorsqu'éclate l'affaire Woerth-Bettencourt. Le magistrat multiplie les interventions pour circonscrire l'incendie, met en cause les témoins à charge, entre en guerre ouverte avec sa collègue de Nanterre la juge Isabelle Prévost-Desprez. Jusqu'au dépaysement de tous les dossiers Bettencourt à Bordeaux et sa prochaine convocation devant le Conseil de discipline du CSM pour l'exploitation contestable des «fadettes» des téléphones de journalistes en contact avec la juge Prévost-Desprez.

Le bon exercice de la justice repose sur deux impératifs: la sérénité et l'indépendance. Aux yeux des deux principaux syndicats de magistrats, la mutation du juge Courroye est «salutaire» pour un parquet de Nanterre devenu invivable. Quant à son indépendance, le juge Courroye aura bien du mal à démontrer qu'il s'est employé à la préserver de ses intérêts personnels de carrière et in fine de la défense d'amis politiques en quête d'impunité.

Publié dans Justice

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