La laïcité, paravent d'une extrême droite en guerre contre l’islam

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart Par  Carine Fouteau  18/12/2010

 

 

Une semaine après Marine Le Pen comparant les prières de rue des musulmans à l'Occupation, un échantillon de la droite européenne la plus extrême se réunit, samedi 18 décembre à Paris, pour des «Assises internationales sur l'islamisation de nos pays». À l'instar de la fille du leader du Front national, les organisateurs justifient leur offensive contre l'islam au nom de la défense de la laïcité.

 

Parmi eux, Riposte laïque et le Bloc identitaire, ceux-là mêmes qui avaient initié l'«apéro saucisson et pinard à la Goutte d'Or», en juin 2010, «parce que la rue Myrha et d'autres artères du quartier sont occupées, particulièrement le vendredi (jour de prière), par des adversaires résolus de nos vins de terroir et de nos produits charcutiers». Sous prétexte de soutenir les «valeurs de nos civilisations», s'expriment de plus en plus ouvertement une xénophobie et un racisme anti-musulman.

 

À la tribune de l'Espace Charenton, dans le XIIe arrondissement, le Suisse

Oskar Freysinger, membre de l'Union démocratique du centre (UDC), est annoncé comme l'un des invités-vedette. À l'origine, avec d'autres, des votations sur l'interdiction de la construction des minarets et sur l'expulsion des criminels étrangers, il est présenté sur le site du Bloc identitaire comme un «homme politique de premier plan», mais aussi «un poète, amoureux de son terroir». Le chef de l'English Defence League, qui se fait appeler Tommy Robinson, est également attendu. Connecté aux groupes hooligans anglais, son mouvement, selon le Bloc identitaire, «est devenu outre-Manche la terreur des “muslims”. Qu'un projet de mosquée se dessine, et ses militants – des gaillards qui ne se contentent pas de râler mais agissent – débarquent par centaines pour s'y opposer et occuper les lieux! C'est justement ses méthodes d'action que Tommy Robinson, le Britannique le plus haï par les musulmans installés dans son pays, exposera à Paris».

 

 

Pierre Cassen, membre fondateur de Riposte laïque, est invité à parler de«la nécessité d'une résistance européenne face à un nouveau fascisme», aux côtés de Christine Tasin, présidente de Résistance républicaine, avec laquelle il avait été convié au débat, prévu fin novembre et finalement annulé, sur le thème: «Immigration, islamisme, la France menacée?», dans les locaux de l'UMP rue de La Boétie, à Paris.

 

L'écrivain Renaud Camus, présent à l'«apéro saucisson et pinard», devrait aussi intervenir, lui qui déclarait récemment, au nom de son «parti de l'In-nocence», que «l'immigration de masse et la colonisation qu'elle constitue n'auraient jamais été possibles sans la déculturation dont l'effondrement scolaire est l'un des principaux aspects: il fallait l'enseignement de l'oubli, enrobé dans l'endoctrinement idéologique, pour qu'un peuple consente à pareil effacement de lui-même».

 

Les thèmes sélectionnés renseignent sur les thèses défendues par la vingtaine d'intervenants: «L'islam est un ensemble d'idées totalitaires»,«Pourquoi des forces de gauche relaient-elles l'offensive islamiste?»,«Comment s'organiser quand les islamistes veulent implanter une mosquée clandestine?», «L'offensive de l'islam dans les entreprises»,«L'islamisation du Danemark», «Considérer l'islam seulement comme une religion, un piège mortel», «L'incompatibilité entre la démocratie et les lois islamiques», «Le voile islamique contre le droit des femmes» ou encore «Défendre notre identité et notre civilisation».

 

 

Sur son site, dans une réaction indignée à l'interdiction, par le tribunal administratif d'Amiens, d'une crèche de Noël sur la place d'un village, Riposte laïque donne sa définition de la laïcité: celle-ci «n'a jamais consisté à “respecter toutes les religions” (...). Certaines ne sont pas respectables. La laïcité ne consiste pas davantage à étouffer nos traditions sous prétexte qu'elles ont quelque lien (...) avec le christianisme».

 

 

La proximité avec les thèmes de prédilection du FN est évidente. Quick halal, prières dans la rue, adaptation des repas dans les cantines scolaires: Marine Le Pen dénonce, elle aussi, «l'avancée de groupes politico-religieux qui veulent appliquer la charia dans notre pays». Si elle n'a pas abandonné le discours de rejet de l'immigration, elle le complète avec un argumentaire de défense de la laïcité et des droits des femmes, apparemment plus républicain.

En amont de ces «Assises», la mairie de Paris a écrit au préfet Michel Gaudin pour lui demander «de bien vouloir prendre toutes les mesures nécessaires» afin que la réunion «ne puisse avoir lieu» car elle «ne peut qu'engendrer haine, xénophobie et trouble à l'ordre public». Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) est également intervenu pour faire interdire ce «congrès raciste», disant craindre «des troubles à l'ordre public, des agressions et des débordements».

 

 

Le préfet de police a néanmoins décidé d'autoriser la tenue de la réunion, tout en mettant «solennellement en garde» ses organisateurs et ses participants, les menaçant de poursuites en cas de dérapage, selon un communiqué, et prévenant qu'elle enverrait dans la salle des policiers«chargés d'assister à la réunion et de rapporter tout trouble à l'ordre public ou tout élément justifiant une transmission au procureur de la République».

 

 

Partis de gauche et associations ont appelé à manifester, samedi, à Paris pour dénoncer des «Assises» qui n'ont «strictement rien à voir avec la laïcité». «À l'inverse, les idées véhiculées ne sont porteuses que d'un discours haineux et potentiellement violent contre une partie de nos concitoyens, sous le prétexte de leurs convictions religieuses», écrivent dans un communiqué commun les partis de gauche du XIIe arrondissement, auxquels se sont associés la Liguedes droits de l'Homme (LDH), Attac, RESF et le syndicat SUD-Rail. SOS Racisme et le Comité contre l'islamophobie en France (CCIF) ont également appelé à des rassemblements. Quant à l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), sa présidente, Arielle Schwab, a estimé que «ce type d'événement constitue une atteinte au vivre ensemble et provoque une libération de la parole stigmatisante».

Publié dans Société

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