La France pourrait réduire ses ambitions dans l'éolien offshore

Publié le par DA Estérel 83

    Grégoire Allix - 19/12/2010

 

 

 



Un appel d'offres, attendu depuis septembre, a pour objectif de faire naître une filière industrielle nationale

Annoncé début septembre et reporté à plusieurs reprises, l'appel d'offres censé faire apparaître la France sur la carte de l'éolien offshore pourrait être revu à la baisse. La France ne compte encore aucune éolienne marine, alors qu'on en dénombre un millier chez nos voisins européens. Acteurs industriels et collectivités locales sont suspendus depuis quatre mois à l'ouverture de ce marché à 10 milliards d'euros, portant sur l'installation de quelque 600 éoliennes au large des côtes françaises, pour une puissance de 3 000 mégawatts (MW).

Le changement de gouvernement, le 15 novembre, et le partage de l'énergie entre le ministère de l'écologie et celui de l'industrie ont conduit à revoir les arbitrages. Avec la tentation de raboter un tiers de cette première tranche, pour la limiter à 2 000 MW. Résultat : la carte de la dizaine de " zones propices " où les éoliennes seront autorisées n'a toujours pas été dévoilée, laissant dans l'incertitude la trentaine de projets de parcs offshore, dont seulement deux - ceux de la côte d'Albâtre (Seine-Maritime) et des Deux-Côtes (Somme) - sont bien avancés. " Nous devons déterminer quelle politique et quel niveau d'ambition nous voulons, nous n'avons pas encore arrêté quelles zones seront choisies ni même combien il y en aura ", indique-t-on au ministère de l'écologie.

On y reste partisan d'un appel d'offres le plus ambitieux possible pour donner un " signal fort " au marché. Mais, au ministère de l'industrie, on redoute qu'une enveloppe trop généreuse à ce stade ne bénéficie avant tout à des compagnies étrangères, en raison du " manque de maturité " des industriels français.

" Dans la course "

Car ce premier appel d'offres poursuit un double objectif : contribuer aux 23 % d'énergies renouvelables - dont un total de 6 000 MW de puissance installée pour l'éolien marin - censées entrer dans le bouquet tricolore en 2020. Mais aussi faire naître une filière française de l'éolien offshore, quasiment inexistante. Faut-il attendre l'industrie pour créer le marché, au risque de fragiliser les énergies renouvelables, ou rattraper le plus vite possible le retard hexagonal, quitte à partager le pactole avec les poids lourds allemands ou danois ?

" Beaucoup d'industriels français ont des plans d'investissement tout prêts, mais leur décision est soumise à la création d'un marché national ", observe Philippe Degonzague, du cabinet PricewaterhouseCoopers, qui a publié, lundi 13 décembre, un rapport sur la question. Selon lui, " plus l'appel d'offres sera retardé, plus les décisions d'investissement risquent d'être remises en cause ".

D'après Philippe Degonzague, la soixantaine d'experts et de -sociétés de la filière éolienne consultés par le cabinet se disent " prêts à répondre à un objectif de 3 000 MW et ne souhaitent pas que l'on - descende en deçà ".

Les entreprises françaises accusent pourtant un sérieux retard, ne maîtrisant ni la fabrication ni l'installation des éoliennes offshore. Mais des entreprises comme Areva ou Alstom ont commencé à se positionner sur le secteur, des consortiums se constituent, des pôles de compétence s'organisent, comme en témoigne l'accord de coopération signé, le 13 décembre, entre Le Havre et Saint-Nazaire.

" Le calendrier n'est pas si mauvais : on attend, à partir de 2015, une deuxième génération d'éoliennes. En misant sur l'innovation, la France peut revenir dans la course européenne ", analyse Alexis Chauffert-Yvart, de PricewaterhouseCoopers. A une condition : " Amorcer la filière le plus vite possible grâce au marché national. " L'arbitrage ministériel devrait être rendu " d'ici à la fin de l'année ", pour un appel d'offres qui ne sera pas finalisé avant début 2011.


Publié dans Ecologie

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