La farce tragique du référendum

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Le référendum, noble outil de la démocratie, mérite mieux que cette instrumentalisation de tribune.

 

La dernière fois que les Français ont été consultés par référendum, c'était le 29 mai 2005. A une écrasante majorité, 55%, ils avaient mis à la porte le projet de traité constitutionnel européen qui, par la grâce du Congrès (députés et sénateurs) et moyennant quelques retouches cosmétiques, était entré par la fenêtre trois ans plus tard sous l'appellation de Traité de Lisbonne. Or, voilà que la campagne présidentielle en cours est en train de leur signifier, aux Français, que le référendum serait sinon la panacée, au moins un remède à bien des maux de la société. 

Gonflé ! Nicolas Sarkozy a tiré le premier. Il souhaite un référendum afin d'entériner une nouvelle organisation de la formation des chômeurs. Et pourquoi pas sur l'usage des chars d'assaut pour éradiquer le frelon asiatique ? Samedi, François Bayrou a arrêté la date du référendum qu'il organisera, s'il est élu président: ce sera le dimanche 10 juin, en même temps que le premier tour des législatives. Et que demandera-t-il aux Français ? 

De voter - à travers douze questions qui vont de la fin du cumul des mandats à la définition du conflit d'intérêts en passant par la réduction du nombre de députés -, pour ou contre «la moralisation de la vie publique». Le risque d'échec, s'il advenait que cette consultation ait lieu, est fort limité ! Nicolas Sarkozy est prêt à utiliser tous les outils pour reconquérir le peuple. François Bayrou tente par tous les moyens de relancer sa campagne. 

Ce serait de bonne guerre si cette promesse de référendums tous azimuts ne relevait pas d'une utilisation abusive, pour ne pas dire de la farce. Le recours au référendum, dans les deux cas ici proposés, traduit une fuite en avant. Il résonne comme un aveu d'impuissance à régler les problèmes sociaux et économiques du pays. La parole au peuple, et si le peuple se trompe, qu'il se dissolve! La formation des chômeurs a d'abord besoin d'intelligence pratique et d'humanité, la morale en politique a besoin d'hommes et de partis intègres qui ne naîtront point d'une consultation populaire. 

Le référendum, noble outil de la démocratie, mérite mieux que cette instrumentalisation de tribune. Cruelle ironie de l'actualité, sa célébration soudaine dans la campagne nationale coïncide avec une farce réellement tragique celle-là, au sens propre, l'organisation d'un référendum hier en Syrie par Bachar al-Assad pour modifier la constitution. Tandis que les uns votaient, d'autres périssaient sous les bombes à Homs. A cette aune, les candidats à la plus haute fonction en France s'honoreraient en ne laissant croire à personne, et pour paraphraser Georges Clémenceau, que «le référendum est une chose trop sérieuse pour être laissée à l'initiative des politiques».

 


Publié dans Elections

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T
Le référendum "noble outil de la démocratie". Cest un peu rapide; en effet ce genre de consultation a souvent pris, dans le passé, la forme d'un plébiscite, outil favori des régimes impériaux.
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