La curieuse manifestation du Front de Gauche

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

Comme ailleurs en Europe, il y avait une manifestation, en cette fin septembre, contre l'austérité. Mais la comparaison s'arrêtait là. L'austérité version Hollande frappait les riches et les grandes entreprises, elle n'avait pas grand chose à voir avec les cures de rigueur de nos voisins européens.

Pourtant, à Paris, quelques manifestants pensaient bien faire.

Portugal, Espagne, Grèce 
Au Portugal, le gouvernement a légèrement reculé devant la pression populaire. Comment interpréter autrement sa récente décision ? Il envisageait d'augmenter les cotisations salariales de 11 à 18% et de baisser les patronales de 23,75% à 18%, une mesure à laquelle il a du renoncer !

Le premier ministre aurait failli démissionner. La coalition au pouvoir est secouée.  

Dans l'Espagne voisine, les manifestants en appellent à sauver la démocratie. Le projet de budget 2013 prévoit quelques 39 milliards d'euros d'économies dans les dépenses y compris sociales, gèle les salaires des fonctionnaires, et baisse même les allocations chômage.

Vous avez bien lu... 39 milliards d'euros.  

Austérité... socialiste ?
En France, la rigueur est bien différente. Comme en Espagne, l'endettement public frôle les 90% du PIB. Mais le plan annoncé vendredi n'a pas grand chose à voir avec celui des gouvernements conservateurs espagnols, grecs ou portugais. Il suffisait de voir la une du Figaro magazine samedi dernier. Les éditorialistes du quotidien d'opposition de droite s'étranglaient de rage.

Les hausses d'impôts et de cotisations frappent marginalement la frange supérieure des classes moyennes. Neuf ménages sur dix verront même leur feuille d'impôt sur le revenu baisser ou stagner l'an prochain. Le gros des 20 milliards d'euros de relèvements des prélèvements obligatoires concernent les 10% les plus riches (dont 200 millions de la fameuse taxe à 75% des revenus excédant un million d'euros annuels) et les grandes entreprises. La hausse sarkozyenne de la TVA qui, elle, allait frapper l'ensemble des consommateurs et surtout les plus modestes a été abrogée. Coté services publics, on a gelé ou supprimé des programmes militaires et culturels mais on va recruter 43.000 professeurs et maîtres(ses) l'an prochain. Et quelques milliers de personnels pour la justice et les forces de l'ordre.

En France, donc, aucune mesure similaire à l'Espagne, la Grèce, l'Italie ou le Portugal.

Et pourtant...

Et pourtant, en France, on manifestait ce dimanche. Contre un traité budgétaire européen dont on craint - à juste titre - qu'il ne soit un carcan. 

C'était en tout cas le mot d'ordre initial des forces politiques et syndicales qui appelaient à défiler dans les rues ce dernier jour de septembre. Mais la manifestation, qui rassembla finalement moins que le dernier meeting de Jean-Luc Mélenchon dans la capital en avril dernier - 80.000 personnes - tourna au vinaigre, au rassemblement contre « l'austérité socialiste. »

Quel curieux slogan ? L'avaient-ils chipé au Figaro ?  

Mélenchon avait pourtant prévenu, ce rassemblement n'était pas contre Hollande: « c'est une manifestation d'opposition aux politiques d'austérité », mais « pas d'opposition au gouvernement, parce que ça donnerait une dimension personnalisée que ça n'a pas ». Notez la nuance car elle est importante. 

Mais dans le cortège, les affiches et slogans anti-Hollande étaient bien présents. Il fallait se pincer pour le croire. On protestait contre l'austérité mais pas contre le plan présenté vendredi. Ou bien ?

Le gouvernement avait pourtant des raisons d'être chahuté: au salon de l'Automobile, quelques salariés bientôt licenciés de PSA-Aulnay ont joué de la voix pour protester contre la disparition de leur site. Il y avait aussi une délégation des Ford de Blanquefort est nettement plus imposante, emmenée par Philippe Poutou. Le chômage n'est « que » de 3 millions de sans-emplois, un record depuis 13 ans. Mais un quart des actifs redouterait de perdre son chômage, à en croire un sondage opportunément publié ce weekend. Il y avait donc matière à de l'inquiétude mais, ce dimanche, les mots d'ordre semblaient viser à côté.

Une occasion ratée.

Publié dans Politique

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