La chute du « protecteur » de Liliane Bettencourt

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Arrêté lundi 11 juin à l’aube à son domicile parisien, aussitôt perquisitionné en présence de Christiane Féral-Schuhl, la bâtonnière des avocats parisiens, et après avoir passé 48 heures en garde à vue dans les locaux de police de la brigade financière, rue du Château des Rentiers (Paris XIIIe), l’avocat fiscaliste Pascal Wilhelm a fait l’objet d’un mandat d’amener délivré mercredi matin par le juge d’instruction de Bordeaux, Jean-Michel Gentil.

Pascal WilhelmPascal Wilhelm

En clair, la délivrance de ce mandat d’amener atteste que le juge d’instruction chargé de l’affaire Bettencourt souhaite mettre en examen l’ancien « protecteur » de l’héritière de l’empire L’Oréal, a priori pour « abus de confiance » et/ou « abus de faiblesse ».

Cette mise en examen pourrait, légalement, ne se produire que jeudi : le tribunal de Bordeaux se situant à plus de 200 km de Paris, cela autorise la justice à garder la personne arrêtée encore 24 heures après l’expiration du délai de garde à vue, et à lui faire passer la nuit en prison (et non plus dans des locaux de police), avant de la conduire devant le juge d’instruction (selon l’article 127 du Code de procédure pénale).  

Toutefois, le juge Gentil pouvait également essayer de faire venir Pascal Wilhelm dès mercredi soir dans son cabinet, autant pour des raisons de discrétion que « pour ne pas encourir de reproches comme avec François-Marie Banier, à qui il avait fait passer une nuit en prison après sa garde à vue », selon une source judiciaire.

Egalement placés en garde à vue lundi matin, l’homme d’affaires Stéphane Courbit et l’infirmier Alain Thurin ont, en revanche, été remis en liberté (respectivement mardi soir et mercredi matin), sans que l’on sache encore s’ils feront ou non l’objet d’une convocation ultérieure de la part du juge d’instruction.

Pascal Wilhelm se savait dans la mire du juge Gentil depuis une perquisition effectuée à son cabinet parisien en octobre 2011. Le mandat d’amener est venu le confirmer. Le juge Gentil considère que l’ancien avocat de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a dépassé le cadre de ce qui lui permettait le « mandat de protection » qu’il a exercé auprès de la vieille dame de janvier à octobre 2011, avant qu’il ne soit révoqué par le juge des tutelles.

Liliane Bettencourt ne se souvenait pas de cet investissement

Le point litigieux le plus important de l'enquête est l’investissement de 143 millions d’euros que Pascal Wilhelm a fait faire, en mai 2011, à la milliardaire dans la société Lov Group du golden boy Stéphane Courbit, l’un de ses clients, cela après avoir fait participer au montage Jean-Marie Messier, qui fait également partie de sa clientèle.

Liliane BettencourtLiliane Bettencourt

A l'époque, pour les médecins et pour la justice, la richissime octogénaire ne jouissait déjà plus de toutes ses facultés mentales.

Sûr de son bon droit, Pascal Wilhelm avait pris le soin de faire valider cette transaction par un comité d’investissement, et avait également été blanchi de tout reproche déontologique par le conseil de l’ordre des avocats de Paris en juillet 2011.

L’existence de cet investissement considérable, révélé par Mediapart en juin 2011, avait ulcéré Françoise Meyers-Bettencourt, la fille de la milliardaire, dont les avocats cherchent toujours, un an plus tard, à obtenir de Stéphane Courbit le remboursement des 143 millions d’euros.

Stéphane CourbitStéphane Courbit

Entendue par la juge des tutelles, Liliane Bettencourt ne se souvenait plus de cet investissement, ni de Stéphane Courbit d‘ailleurs. Fiscaliste brillant et prospère, toujours aimable, Pascal Wilhelm se targuait auprès de ses interlocuteurs d’avoir défendu au mieux les intérêts de Liliane Bettencourt, et d’avoir remis de l’ordre dans la situation fiscale de la milliardaire, en réglant notamment la question hautement sensible de ses comptes cachés en Suisse.

Il avait perçu, pour ses fonctions de protecteur, 200 000 euros d’honoraires par mois, qu’il justifiait par les centaines d’heures de travail effectuées par plusieurs avocats de son cabinet, situé près du parc Monceau. Un cabinet chic qui risque, aujourd'hui, de pâtir des démêlés judiciaires de son patron.

 

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