L’embarrassant chèque de Liliane Bettencourt à Stéphane Courbit

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

Bettencourt, l'histoire sans fin. Après les années Banier, les assurances vie signées à l'hôpital, les dons et les bonnes œuvres en liquide, les proches et la famille de Liliane Bettencourt s'inquiètent désormais du soutien apporté par la milliardaire aux affaires de Stéphane Courbit. Un chèque de 143 millions d'euros a été signé au bénéfice de la société Lov Group Invest (LGI), holding de tête du producteur de téléréalité, ancien d'Endemol. Et ce qui pose question, c'est que l'opération a été effectuée par le nouvel avocat de la milliardaire, le fiscaliste Pascal Wilhlem, qui défendait initialement les intérêts de Patrice de Maistre - l'ancien homme de confiance. Or l'avocat est également le conseil de Stéphane Courbit, et celui de Jean-Marie Messier - dont la banque est intervenue comme conseil dans l'opération.

 

Me Wilhlem, qui n'a pas répondu à nos appels, est devenu le «protecteur» de Liliane Bettencourt en vertu du protocole d'accord signé entre la mère et la fille, en décembre dernier. Ce document qui réorganisait les pouvoirs familiaux, tout en actant la fin des poursuites engagées par les deux parties, prévoyait un mandat de protection future et un examen médical de Liliane Bettencourt. Mediapart peut révéler que cet examen, resté secret jusqu'à aujourd'hui, a conclu effectivement que les capacités mentales de la milliardaire étaient altérées.

 

Désigné par le protocole qu'il avait contribué à rédiger, Pascal Wilhelm est donc devenu son protecteur après cet examen médical, en janvier. Dans une longue interview accordée au Figaro, en avril, Bettencourt l'avait discrètement annoncé à Etienne Mougeotte. Elle avait signalé que Pascal Wilhelm avait «la charge» de la gestion de sa fortune. «C'est quelqu'un de très bien, de très sérieux, organisé et pointilleux, en qui j'ai une grande confiance, avait-elle déclaré. C'est mon avocat et mon protecteur au sens juridique du terme. Il m'informe car j'aime être au courant et cela nous permet d'échanger nos points de vue. » Selon le protocole, Me Wilhelm pourrait aussi en devenir le tuteur, en cas de curatelle.

Le 13 mai dernier, l'avocat a obtenu de Liliane Bettencourt un «pouvoir»distinct, afin «d'agir en son nom» et «pour son compte» pour créer une société nouvelle, la Financière l'Arcouest, ayant pour unique actionnaire la milliardaire. Ce document (lire ci-dessous) donne le montant exact de l'apport de fonds à Stéphane Courbit, soit 143.750.000 euros - devenu la créance de Liliane Bettencourt vis-à-vis de Lov Group.

 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

La juge des tutelles a saisi la Cour de cassation

«Pourquoi faire un mandat spécial alors qu'il dispose d'un mandat général?» s'interroge un proche de la famille, que cette opération«interpelle». Ces fonds sont considérés du domaine de «son périmètre personnel», et gérés avec Pascal Wilhelm. «Liliane Bettencourt n'engage pas les fonds de Théthys, commente-t-on. Au sein de la holding familiale, cela aurait été plus difficile». A travers Lov Group, ces 143 millions vont bénéficier à l'activité télévisuelle de Courbit, mais aussi au secteur du jeu et des paris en ligne que le producteur développe - à travers Betclic, Mangas gaming. «Pour l'image de l'Oréal, c'est bizarre, les jeux en ligne, c'est quand même les tripots», s'amuse un avocat.

Lors de l'annonce de cette opération aux Echos, pilotée par les communicants d'Image 7, Stéphane Courbit a expliqué qu'il cherchait «un investisseur de long terme, avec une préférence pour un groupe familial». L'entourage du producteur a confirmé à Mediapart que Pascal Wilhelm avait «organisé» cette mise de fonds, parce qu'il était «le conseil de Mme Bettencourt» et «un conseil de M. Courbit». Aucune rencontre entre Liliane Bettencourt et le producteur n'a été confirmée. Les Echos ont aussi signalé l'intervention, comme conseil, de la banque d'affaires Messier Maris - et, nouvelle coïncidence, Me Wilhelm est aussi l'avocat de Jean-Marie Messier.

 

L'état de fragilité de Liliane Bettencourt est au cœur de l'imbroglio familial. Jusqu'en novembre dernier, Françoise Meyers Bettencourt a cherché à le faire reconnaître judiciairement, tout en déclenchant des poursuites pour «abus de faiblesse» visant d'abord François-Marie Banier seul,  puis Patrice de Maistre et l'avocat Fabrice Goguel. En novembre, la juge des tutelles de Courbevoie avait parallèlement estimé «recevable»la demande de «mise sous protection» de Liliane Bettencourt déposée par sa fille. Le protocole d'accord a conduit Françoise Meyers à retirer toutes ses plaintes, et aussi cette demande de protection.

 

Mais la juge des tutelles, Stéphanie Kass-Danno, a pris connaissance du protocole d'accord, du compte-rendu médical qui s'en était suivi, et du mandat de protection qui en découlait. «Quand elle a vu Liliane Bettencourt, elle a constaté qu'elle n'était pas au mieux de sa forme,commente un proche. En prenant acte de la décision de la famille, elle a jugé que le mandat était conclu à un moment un peu préoccupant. Elle s'est donc interrogée sur la validité du désistement de Françoise». Et sur sa compétence dans l'affaire.

La magistrate a saisi pour avis la Cour de cassation qui doit statuer en juin. La Cour pourrait conclure que le juge des tutelles reste effectivement saisie du dossier, et lui permettre d'examiner les mesures de protection les meilleures. Elle pourrait, dans ce cas, se pencher sur l'étendue des missions et des engagements du protecteur actuel, Me Pascal Wilhelm. A Bordeaux, le tribunal correctionnel doit aussi statuer, courant juin, sur l'abandon des poursuites pour «abus de faiblesse» engagées par Françoise Meyers Bettencourt. Le procureur de Bordeaux, Claude Laplaud, a déjà fait savoir qu'il préconisait, compte tenu du désistement de la fille de la milliardaire, le classement de ce volet de l'affaire.

 

Des policiers au domicile de Liliane Bettencourt

 

Des policiers de la brigade financière se sont rendus, mardi 7 juin dans la matinée, au domicile de Liliane Bettencourt, à Neuilly-sur-Seine, selon des sources concordantes. Les enquêteurs, envoyés par le juge de Bordeaux Jean-Michel Gentil, en charge de plusieurs volets de l'affaire Bettencourt, avaient pour mission de vérifier le mauvais état de santé de l'héritière du groupe L'Oréal.

En effet, convoquée par deux fois ces deux dernières semaines par le juge Gentil, Mme Bettencourt ne s'était pas présentée au cabinet du magistrat, invoquant des raisons médicales l'empêchant de se déplacer.

Le juge, qui l'avait convoquée par huissier le 27 mai dernier, après un premier rendez-vous manqué la veille, voulait notamment entendre sous le statut du témoin Liliane Bettencourt dans le volet «trafic d'influence» du dossier, impliquant l'ancien ministre Eric Woerth, et dans celui de«financement illicite de parti politique ou de campagne électorale», au sujet des soupçons qui pèsent sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. 

Dans un courrier daté du 3 juin, Mme Bettencourt avait indiqué au juge ne pouvoir se déplacer après une mauvaise chute. La milliardaire a fait savoir au magistrat qu'elle souhaitait être entendue à son domicile de Neuilly-sur-Seine et pouvoir s'exprimer par écrit, comme le code de procédure pénale l'autorise pour les personnes atteintes de troubles de l'audition. 

Publié dans Affaires

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article