L’armée contre les dealers: quand la gauche devient sécuritaire

Publié le par DA Estérel 83

 

 

 

En proposant d’envoyer des « Casques bleus » pour assurer la sécurité des écoles de Sevran face aux règlements de comptes entre dealers, l’écolo Stéphane Gatignon a fait grand bruit. Et renversé les équilibres politiques.



L’armée contre les dealers: quand la gauche devient sécuritaire
C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Stéphane Gatignon, ex-communiste, maire écolo de Sevran, a été accusé de « jouer avec le feu » et de tenir des propos « dignes de l’extrême-droite »… par Eric Raoult, député-maire du Raincy, membre de la Droite populaire, l'aile droite de l'UMP.  

Une attaque qui fait suite à la proposition choc du maire de Sevran, qui a proposé d’envoyer des « Casques bleus » pour sécuriser les écoles face aux règlements de comptes de dealers dans sa ville. La semaine dernière, les élèves de l’école Montaigne ont été privés de récréation suite à des coups de feu à proximité de l’établissement. Dans le Parisien, il constatait l’impuisssance des forces de police : « Il faut des forces d’interposition, des casques bleus, comme ceux qu’on envoie à l’étranger pour empêcher les belligérants de s’entre-tuer. ». Une proposition maintes fois répétées dans les médias. Sur Rue89, il décrit une ville en quasi-état de guerre : « Les dealers s'affrontent avec des pistolets mitrailleurs Uzi. En mars, il y a eu des tirs en rafale sur une façade d'immeuble, des gens ont reçu des balles chez eux, à travers leur baie vitrée ». Des propos qui ont trouvé écho chez… Marine Le Pen. Cette dernière estime que Gatignon « a raison de comparer à Chicago ce qu’est devenue sa ville ».

Avec sa mesure choc, Gatignon rêve sans doute de devenir le Manuel Valls d’Europe Ecologie, un de ces élus de gauche qui n’hésitent pas à aller sur le terrain de Sarkozy qui a fait de la surenchère médiatique sa marque de fabrique.

GUÉANT, LE DROIT-DE-L'HOMMISTE

Et on imagine déjà ce qui se serait passé si c’était un élu de droite qui avait fait cette proposition. La gauche aurait dénoncé dans Libération des mesures qui-nous-rappellent-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. A l’inverse, Eric Raoult aurait salué dans le Figaro le-courage-d’un-élu-face-aux-bobos-bien-pensants. 

Mais là, Raoult, peu enclin à se faire piquer sa place d’élu médiatique du 93, sort les griffes. Même Claude Guéant, qui s'est rendu à Sevran, a critiqué la proposition de Gatignon estimant que « Dans un Etat démocratique, c'est à la police républicaine, sous le contrôle de la justice, de rétablir la sécurité ». C’est tout juste s’il n’en appelle pas à la Ligue des droits de l’Homme. D’un autre côté, la guerre des dealers à Sevran, c’est surtout l’échec du préfet Christian Lambert, le protégé de l’Elysée, Guéant n’a donc pas intérêt à dramatiser la situation et à désavouer la police. 

Les clivages politiques classiques sont donc renversés. Dans la même logique, à gauche, certains soutiennent le maire écolo. Ségolène Royal, qui avait déjà fait sensation avec ses camps militaires pour jeunes délinquants, a estimé que Gatignon a « parfaitement raison » de faire appel à l’armée. Pour elle, «Il faut mettre sur le territoire des forces de sécurité. C'est extravagant ces villes où règne le non-droit ». Même François Hollande, peu réputé pour ses positions sécuritaires, s’est montré compréhensif. « Il y a d'abord une situation qui est insupportable. J'ai entendu le maire de Sevran demander même que l'armée vienne, c'est dire si sa détresse est grande », a-t-il déclaré. 

D’autres sont plus critiques. Lors du point de presse du PS, Benoît Hamon a lui estimé que « le métier de l’armée, c’est de faire la guerre ». Le député Jean-Jacques Urvoas, qui a toujours critiqué l’angélisme du PS, a pointé une « très mauvaise idée » du maire de Sevran. Urvoas préfère « investir dans le renseignement, multiplier les opérations judiciaires au long cours, démanteler les trafics et écarter les fauteurs de trouble des quartiers dont ils empoisonnent la vie ». Par contre, chez Europe Ecologie, pas ou peu de réactions. Les écolos ont sans doute assez de sujets de division.

DES CASQUES BLEUS CHEZ LES ÉCOLOS ?

Le couvre-feu mis en place à Asnières et Gennevilliers en mars, contre lequel la gauche n’a pas pipé mot, avait déjà montré que les mesures les plus sécuritaires ne sont pas un monopole de la droite dure. Ce débat montre aussi que selon les intérêts politiques, certains à gauche n’hésitent pas à employer le registre guerrier face à la délinquance. Il est loin le temps où proposer de «nettoyer (les cités) au Kärcher » valait des accusations de fascisme… Aujourd’hui, on peut être élu écolo et vouloir carrément sortir les FAMAS ; il n’y aura alors qu’Eric Raoult pour dénoncer un appel du pied au FN.

Et l’idée de Gatignon n’est pas spécialement inédite. Lors des émeutes urbaines de 2005, le maire… PS de Noisy-le-Grand Michel Pajon avait lui aussi appelé à l’intervention de l’armée. «Pour un socialiste, dire que l'armée doit intervenir est un constat d'échec absolument inimaginable », avait-il déploré. Cette proposition n’est décidément pas une mesure de droite. Mais on peut aussi se demander si les Casques bleus ne seraient pas plus utiles au PS ou à Europe Ecologie.

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