Jacques Vergès et Roland Dumas : fini de jouer!

Publié le par DA Estérel 83

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Les avocats Jacques Vergès et Roland Dumas qui avaient déjà volé au secours du dictateur ivoirien Laurent Gbagbo, ont annoncé qu'ils comptaient porter plainte contre Sarkozy pour «crimes contre l'humanité» en Libye. Pour Philippe Bilger, c'est la surenchère de trop.



Comme des enfants jouent à la marelle ou aux billes. Comme on s'amuse. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que ces deux personnalités, Jacques Vergès et Roland Dumas, se plaisent à brouiller les pistes et à déjouer les pièges d'une carrière officielle. 

Le premier s'est toujours voulu dissident tout en acceptant les hommages que la jeune génération du barreau lui offrait. Celle-ci était évidemment plus sensible à son aura de mystère et à ses promesses qu'à ses résultats. 

Le second, ministre privilégié par François Mitterrand, son homme de confidences et de confiance, n'a jamais cessé, avec une urbanité parfaite, de mêler les voies classiques aux chemins de traverse, l'officieux à l'officiel, le soufre aux ors de la République. 

Vergès et Dumas n'étaient pas destinés, en vieillissant, à se statufier eux-mêmes dans une posture ridicule. Ils n'étaient pas davantage promis à endosser le rôle des « vieux de la vieille » et à accumuler des pitreries pour oublier que le temps passe et que la mort attend. 

J'avoue que durant les premiers mois de leur compagnonnage provocateur je n'ai pu m'empêcher non pas de les admirer mais de saluer quelle formidable liberté était la leur dans un crépuscule qu'ils savaient rendre flamboyant même pour ceux qui détestaient leurs entreprises de plus en plus erratiques. Il y avait, en effet, quelque chose de sympathique, même si avec eux l'incongru perdait de son charme en devenant trop facilement prévisible, à les voir enfourcher leurs fantasmes et se croire les défenseurs dont le monde des dictateurs avait besoin. Leur certitude que la mauvaise cause était forcément la bonne donnait un parfum de romantisme, à la fois tardif et délétère, à des missions dont on n'était pas sûr qu'ils ne se les étaient pas assignées à eux-mêmes sans l'ombre d'un mandat. Ils partaient vers des combats désespérés mais profitables, persuadés que plus leur parole serait outrancière et vindicative, plus elle serait reprise par les médias qui les adoraient en feignant de se moquer d'eux. Ils n'en avaient cure comme s'ils trouvaient plus de bonheur à ne plus se quitter que dans d'éventuels succès arrachés par miracle au milieu de la fureur des temps et de la folie des hommes. Leur équipée en Côte d'Ivoire, aussi picaresque qu'elle soit apparue à beaucoup, aussi navrante et scandaleuse qu'elle ait semblé, ne manquait pas cependant d'une touche de classe tant le simple fait de venir au secours du défait de l'Histoire qu'était Laurent Gbagbo ressemblait à la démarche classique de l'avocat. Quel dommage que les deux amis aient ajouté à cette assistance la vulgarité du luxe et de l'argent, un bénéfice impur quand on aurait été prêt à tolérer les incartades de leur fantaisie même absurdement chevaleresque (Le MondeLe Figaronouvelobs.com,Marianne2).

Mais il faut savoir s'arrêter à temps, éviter que l'improvisation et l'inventivité d'une vie professionnelle tournent en habitude, en conformisme, conserver à l'audace sa fraîcheur et à la rupture sa brûlure, il convient de retenir l'emballage fou qui vous conduit à toute allure vers une sorte de néant qui fait qu'on n'est plus pris au sérieux du tout et qu'on se gausse alors vraiment, et à juste titre. La vieillesse même la plus lucide est gouvernée dans ce cas non plus par ce qu'elle a à accomplir mais par une politique des coups d'éclat qui sont aussi éloignés de la justice invoquée que, par exemple, Luc Ferry de l'aptitude à dire clairement une vérité nécessaire(Canal Plus).

Le mal est fait.

Sur la Libye, ils sont devenus pathétiques. Le paradoxe et la surenchère de trop. Un amalgame, une confusion, une défense pénible, une accusation grotesque à l'encontre du président de la République. Depuis longtemps, on avait quitté le registre de la vérité. Le vraisemblable, le plausible étaient égarés je ne sais où. La triste tentative de plaider l'énormité pour obtenir encore un peu d'écoute, un peu de crédit. On éprouverait de la pitié si ces deux personnes campées contre vents et marées sur leur identité fière appelaient tout sauf ce type d'attitude négative. Ce sont des personnalités qui préfèrent indigner qu'émouvoir. Elles ont de la tenue dans leur désastre. Elles devraient mettre fin à leur ronde internationale.

Il paraît que le dernier livre de Roland Dumas est excellent et à entendre certaines de ses déclarations, toutes ne sont pas ineptes, loin de là. Ce qui surprend, c'est d'entendre une parole qui contrairement à celle de beaucoup d'autres ne s'embarrasse de rien et emprunte le plus court chemin pour parvenir à l'expression de « sa » vérité.

Jacques et Roland jouent à la justice. 

Comme on joue à cache-cache, au chat et à la souris, aux gendarmes et aux voleurs.
Là est le fond de ces deux compères. Ce n'est pas seulement leur existence qu'ils jouent. Derrière le rideau des apparences, les coulisses obscures, des secrets, des mystères. Aux autres de les deviner. Ils jouent aussi, et c'est plus grave, à la justice, à la politique. Que la gravité ne soit pas leur fort, que l'oeil pétille et l'intelligence éclaire, sûrement. Ils n'ennuient pas, au moins. Mais on attendrait qu'ils sortent du ludique et que les valeurs aient parfois droit de cité. On rêverait que le malheur humain et l'exigence du droit, au-delà des proclamations militantes stéréotypées, les empoignent et qu'ils chassent l'amusement ou l'esthétique qui apparaissent comme les critères dominants de ce qui les mobilise encore, jour après jour. Le dérisoire vaut le capital et leur relativisme fait des ravages. Il y a mille manières de ne pas se prendre au sérieux : jouer est la pire.

Pourtant, ils continuent à jouer mais nous avons passé l'âge et c'est sans nous. Car ils ne divertissent plus personne.

Publié dans Justice

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