Hollande: la droite a peur quand la gauche s'impatiente

Publié le par DA Estérel 83

Chroniques de Juan

 

 

 

L'atmosphère est curieuse, comme un avant-match, une suspension avant le Grand Combat. Tout le monde s'échauffent, mais les arguments s'annulent. Pour la rigueur, contre l'austérité, pour les impôts des uns, contre les dépenses des autres. Sans surprise, François Hollande et Jean-Marc Ayrault semblent devenus les points de convergence de critiques contradictoires.

La droite a peur de comprendre, et certains médias se livrent à une réécriture de la réalité assez surprenante. 

Hollande-Bashing ? 
Finalement, il y avait bien du Hollande-Bashing. Le Monde, sous la plume de Xavier Ternisien, a publié une courte synthèse de cette course à l'échalote antiHollande que se livrent les hebdomadaires politiques ces derniers jours. Christophe Barbier, toujours lui, a concédé qu'il avait réussi à faire gagner 20.000 numéros à l'Express.

Son confrère du Point, Franz-Olivier Giesbert, fait une grossière erreur d'interprétation sur le phénomène: « Ce que ses propres amis contestent aujourd'hui en dénonçant l'attentisme de Hollande, c'est son programme lui-même, dont ils reconnaissent qu'il n'est pas adapté à la situation. » Il s'imagine donc que les anciens soutiens de François Hollande s'inquiètent de son programme et préfèreraient davantage d'austérité et de privatisations. Giesbert devrait sortir dans le vrai monde, celui des files d'attente à pôle emploi et aux urgences hospitalières faute de soins alternatifs.

Le Hollande-bashing le plus impatient vient de gauche. A droite, l'antienne est connue, même si elle est rabâchée. Hollande n'était pas fait pour le job, pensait-on encore. On regrettait le président des Riches. A tel point que les primaires à l'UMP sont devenues un concours de sarkozysme assez inattendu. Mais à gauche, la pression est forte. Nombre de députés n'y voteront pas en faveur du Traité européen. Marie-Noëlle Lieneman a pris la tête des opposants socialistes. « Que Hollande tienne ses engagements ! » Sur le fond, comment la blâmer ? A quoi donc sert ce traité sinon à rassurer quelques agences et de gros prêteurs ?

La droite a peur
Osons une hypothèse: le regain d'opposition à gauche depuis la rentrée semble avoir précipité les médias conservateurs à surenchérir à leur tour, mais avec leurs positions habituelles. En d'autres termes, plus les uns en appellent à la mise au pas de la finance et une relance socialo-kéneysienne, plus les autres défendent austérité et privatisation, voire revendiquent la poursuite du sarkozysme économique. « La France a plus besoin de rigueur que de dépenses nouvelles » propage FOG, l'un de ces éditocrates des beaux quartiers. On croirait entendre Jean-Michel Apathie (à qui RTL a retiré l'animation du grand jury dominical), Natacha Polony (qui revoit désormais la presse pour Europe1 avec sa subjectivité très droitière) ou l'ineffable Christophe Barbier de l'Express. Tous n'ont qu'un slogan, une incantation austère qui méprise la solidarité nationale. « Cela fait 10 ans que la France ne tient pas ses engagements de réduction des dépenses publics ! » s'agace Aphatie sur CANAL+ jeudi soir. 

 Le lobbying fiscal des plus fortunés marche à plein. Il est encore tôt pour savoir s'il a réussi. Déjà le Figaro voulait rassurer ses lecteurs: la taxe à 75% - mesure surprise du candidat Hollande - aurait été vidée de son sens. Est-elle vidée de son sens ou Nicolas Sarkozy ne l'a-t-il pas caricaturée ? D'après le quotidien d'opposition, cette taxe ne se déclencherait qu'à deux millions d'euros pour les couples, sans bénéfice de quotient familial; et les revenus du capital, comme les cachets de sportifs ou d'artistes en seraient exonérés. Quelle belle polémique en perspective ! 

Bref, la droite a peur quand la gauche s'impatiente. 

Contre la finance, le krach ?
Nul besoin de crier, la piqûre va venir. Il sera bien temps d'hurler. Il y a une grosse trentaine de milliards d'euros à trouver pour satisfaire les engagements de maîtrise des déficits publics cette année. Ne soyez donc pas tous impatients.  Le budget de l'Etat est toujours alourdi d'une charge de la dette d'une cinquantaine de milliards d'euros par an.

Le gouvernement conserve des prévisions de croissance qu'il faudra sans doute amender dans quelques semaines.  Mercredi, la porte-parole du gouvernement nous a exposé son optimisme pour 2013: « Les prévisions de croissance ne sont pas une donnée exogène tombée du ciel, c'est une donnée sur laquelle on agit par un certain nombre de politiques publiques que nous portons aujourd'hui pour relancer l'emploi et la croissance ». La BCE est plus sévère, 0% de croissance l'an prochain pour la France. L'estimation est sortie jeudi. Et pour 2012, l'OCDE confirme pourtant sa prévision de récession, en France... comme en Allemagne.

A l'Assemblée, la commission des affaires sociales a avancé de deux mois l'entrée en vigueur des contrats d'avenir, soit le 1er novembre prochain. L'impatience, toujours l'impatience. On imagine mal les parlementaires reporter le dispositif. 

Mettre au pas la finance ? Le slogan reste accrocheur. Il est un peu court. Le combat est de longue haleine. Mais la finance risque de se mettre au pas toute seule. Les commentateurs boursiers s'inquiètent d'un probable nouveau krach général. Dans les Echos, jeudi 6 septembreEvariste Lefeuvre s'interroge sur les records boursiers américains: « le calme avant la tempête ? » . Comme la France qui se trouve à emprunter à des taux négatifs malgré des comptes toujours plombés, le marché des actions américaines s'apparente à un refuge, mais temporaire. 

 Jeudi soir, la BCE a franchi un cap, elle va directement prêter aux Etats demandeurs. 

Enfin. 

Est-ce suffisant pour éviter un krach ?

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