Hollande-Ayrault jouent groupés

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Au mieux, Martine Aubry s'est placée en réserve de la gauche jusqu'à l'hypothétique nomination d'un autre Premier ministre dans le quinquennat Hollande. Au pire, elle s'est marginalisée plus durablement en refusant d'entrer hier dans le gouvernement Ayrault. Celle qui était la préférée des sondages pour Matignon a fait l'actualité le temps d'un après-midi, meublant l'attente jusqu'au moment où sur le perron de l'Elysée, René Lemas, le secrétaire général, a lu la composition du gouvernement. Le début de polémique allumé par l'opposition sur quelque division était déjà consumé.

En effet, que révèle la composition de l'équipe Hollande - Ayrault ? Que contrairement à ce qu'avait prévu Martine Aubry durant les primaires, François Hollande a du caractère, il tient sa ligne. Il l'a tenue dès la bataille des primaires en faisant valoir des nuances entre ses soixante engagements et le projet du parti. Il l'a tenue avec les écologistes en ne cédant rien sur le calendrier de la réduction de l'énergie nucléaire. Il l'a tenue entre les deux tours en n'ouvrant aucune négociation tant avec le MoDem qu'avec le Front de gauche. Il l'a tenue encore avant-hier soir à Berlin. Il l'a montré hier en affichant une équipe de gouvernement conforme à ce qu'il avait annoncé: parité totale, renouvellement, expérience.

Le dosage relève, sinon de la haute couture, au moins du cousu main: une place de numéro 2 du gouvernement pour son vieil et farouche «ennemi», Laurent Fabius, une place pour les jeunes loups, Valls et Montebourg, une place pour les amis sûrs, Sapin, Le Foll et Le Drian, deux sièges pour les écologistes, Duflot et Canfin, un fauteuil pour la radicale Taubira, une dose de surprise avec l'artiste engagée Yamina Benguigui. Dix-sept femmes et dix-sept hommes, des jeunes, des plus vieux, des représentants de tous les courants du PS. Un symbole avec l'appellation «redressement productif» au lieu de ministère de l'industrie. Et pas de place pour la société civile et encore moins pour l'ouverture.

Les ministres viennent tous ou presque du même club et s'engagent en connaissance de cause. C'est leur force, sous réserve que Jean-Marc Ayrault réussisse à les faire adhérer à un jeu collectif. Ils sont nombreux, ils n'ont pas tous la même conception du jeu, c'est, comme souvent dans les gouvernements, leur faiblesse, a fortiori quand les circonstances sont difficiles. L'occasion de vérifier une nouvelle fois si François Hollande a la capacité à tenir sa ligne, appuyé sur un Jean-Marc Ayrault, qui est apparu placide et mesuré hier soir lors de sa première intervention télévisée. La marque du tandem à l'aube de leur mandat.

Publié dans HOLLANDE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article