Hollande à Châlons-en-Champagne: le retour du président

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Ses proches avaient annoncé une intervention « importante », la première depuis le 14 Juillet. Vendredi, François Hollande a fait sa rentrée à Châlons-en-Champagne et prononcé une allocution d’explication et de “pédagogie”, comme disent les communicants, alors que les nuages s’amoncellent. Le président de la République a commencé par expliquer les raisons de sa présence à l’inauguration de la Foire de Châlons, dépeignant la Champagne comme un résumé des difficultés et des atouts du pays. Puis il a déroulé l’agenda du gouvernement au cours des prochains mois. Avant de finir par un exercice d’autojustification sur le rythme des réformes et quelques envolées lyriques – mots-clés : « espoir »,« justice »« confiance » et « progrès » – pour emballer le tout.

Mais le chef de l'État a surtout revendiqué de « fixer » le « cap », résumé par un triptyque : « emploi, croissance, compétitivité ». Qu’on se le dise : François Hollande est en train de faire son grand retour médiatique. La séquence ne fait d’ailleurs que commencer : dimanche 9 septembre, il sera sur le plateau de TF1. Une dizaine de jours plus tard, il tiendra une conférence de presse. Et va d’ici là multiplier les déplacements dans les régions. En réapparaissant sur le devant de la scène, avec un calendrier de prises de parole multiples durant le mois de septembre, Hollande entend reprendre la main. Quitte à finalement s'imposer comme chef de la majorité, en lieu et place de son premier ministre ?

François Hollande, le 31 août à Châlons-sur-Saône.François Hollande, le 31 août à Châlons-sur-Saône.© capture d'écran i-télé

Lors de la campagne, Hollande avait promis qu’il serait un président au-dessus de la mêlée, à sa place dans l’équilibre des pouvoirs. Lors de sacérémonie d'investiture, il avait voulu offrir une autre vision institutionnelle de la Ve République, rompant avec l'ère Sarkozy, plus respectueuse de la répartition des rôles de l'exécutif. « Je fixerai les priorités, mais je ne déciderai pas de tout ni à la place de tous,disait-il. Conformément à la constitution, le gouvernement déterminera et conduira la politique de la nation. Le Parlement sera respecté dans ses droits. La justice disposera de toutes les garanties de son indépendance. » Ce vendredi, François Hollande a évidemment rappelé les prérogatives des partenaires sociaux et du Parlement. Redit que « le gouvernement est à la tâche ». Mais l’urgence sociale, les ratés de l’été et les difficultés grandissantes de son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à endosser son rôle, l’ont visiblement convaincu de revenir dans la mêlée. C’est même lui qui a pressé son gouvernement d’accélérer le rythme depuis la mi-août, et d’avancer la session extraordinaire du Parlement au 10 septembre, alors que la rentrée parlementaire n’était prévue que le 24.

Dans les ministères, ils sont en effet de plus en plus nombreux à se lamenter sur « le problème Ayrault » et l'absence de gouvernail gouvernemental. « On en vient à s'interroger sur l'omniprésidence,confie un responsable de cabinet. À partir du moment où on décide de se mouler dans la Ve République et qu'on est un présence d'un hypo-premier ministre, on a besoin d'un hyper-président pour reprendre le cap. » En interne, les critiques fusent sur la mauvaise rentrée du locataire de Matignon, qui rate ses rendez-vous médiatiques et semble passer plus de temps à faire assaut d'autorité et de discipline sur l'aile gauche du parti ou les alliés écologistes, qu'à tracer un chemin de sortie de crise.

Le week-end dernier à La Rochelle, raout annuel de rentrée des socialistes, le cas Ayrault alimentait bien des conversations. Pour compenser le démarrage laborieux de son « hypo premier ministre », l’hyperprésident serait-il, subrepticement, en train d’entamer son retour sur le devant de la scène ?

Il a fallu attendre la fin du discours de Châlons pour que François Hollande révèle les motivations de sa visite. « En venant à la foire de Châlons, je savais que j’allais rencontrer bon nombre de Français qui allaient me présenter leur espoirs, leurs inquiétudes, mais aussi leurs solutions. Des acteurs économiques qui se battent et se dévouent. Des productions de grande qualité. Mais je voulais aussi tracer la voie qui nous attend. Et malgré les difficultés, qui sont là, l’enjeu qui est le nôtre est de permettre à la France de se relever, de se redresser, se remettre à croire aux progrès. » Châlons, tel un résumé de la France de septembre 2012. Avec ses succès – les vignobles, la « betterave à sucre », les « éoliennes » et des exportations qui se portent bien. Mais aussi ses handicaps industriels et ses salariés « en colère ». Comme les ouvriers de Sodimédical, venus interpeller vendredi le président sur le comportement inqualifiable de leur employeur, qui refuse de les payer depuis des mois. « Ne nous faites pas regretter le 6 mai ! » a scandé un badaud sur le passage du Président.

« Il faudra du temps »

« Mon devoir est de dire la vérité aux Français », se lance Hollande.« Nous sommes devant une crise d’une gravité exceptionnelle, longue, qui dure maintenant depuis plus de quatre ans. Aucune des grandes puissances économiques n’est désormais épargnée. La croissance ralentit partout. Les prix des matières (…) mais aussi le pétrole, tout cela complique encore la donne et la reprise. L’Europe est la plus touchée, la récession s’y est installée, les plans d’austérité s’additionnent sans que la confiance ne revienne. »

Le tableau noir n’est pas encore complet. Il y a cet « endettement public accumulé depuis trop longtemps, une compétitivité dégradée, le record historique de la balance commerciale, une croissance qui s’est étouffée et même arrêtée depuis le début de l’année, ce qui explique que le chômage augmente depuis quinze mois, quinze mois ! J’ai pris la situation de la France en toute connaissance de cause. Il ne s’agit plus de juger le passé mais d’agir dès aujourd’hui pour préparer l’avenir. Ma mission de président de la République est de conduire notre pays, que les choix soient faits dans le bon ordre, le bon rythme, la bonne direction. »

Message limpide : c’est lui qui fixe le tempo. Et qui rappelle le gouvernement à ses devoirs : « Les réformes devront être menées avec constance, cohérence et clarté. »

Pas d’annonce ce vendredi, juste une confirmation des mesures déjà annoncées. « L’urgence » d’abord : « l’emploi, les jeunes, les plus éloignés du marché du travail ». Les emplois d’avenir, réservés aux moins de 25 ans les plus en difficulté, seront donc votés dès le début de la session extraordinaire du Parlement, avancée – à sa demande – au 10 septembre. « Dès le début du mois d’octobre seront signées les premières conventions. »

Resurgissent soudain les accents de la campagne, l’ode à la jeunesse qui donnera de la « confiance » au pays si elle-même la retrouve. « C’est aussi l’esprit du contrat de génération »,  qui « permettra de réduire la précarité des moins de 25 ans qui n’en peuvent pus d’attendre et de maintenir dans l’emploi les plus de 50 ans ». Un texte sur cette promesse-phare de François Hollande sera transmis aux partenaires sociaux le 10 septembre. Par ailleurs, une négociation s’ouvrira « dès le mois prochain » sur le marché du travail, rappelle le Président, qui cite l’anticipation des restructurations, la prévention des plans sociaux, la réduction de la « précarité excessive du marché du travail ». « Je suis sûr que les employeurs et les grandes confédérations syndicales rechercheront ensemble les solutions les plus équilibrées », assure Hollande. Une pique en direction du Medef, dont la patronne refuse de confirmer qu’elle négociera sur le marché du travail, comme elle s’y est pourtant engagée lors de la conférence sociale, tant qu’elle n’entendra pas le mot « flexibilité » dans la bouche de l’exécutif. Vendredi, Hollande ne lui a pas fait ce plaisir.

Le chef de l'État a ensuite égrené les chantiers des mois à venir : le crédit-impôt-recherche, « préservé et élargi à l’innovation notamment dans les PME » ; la Banque publique d’investissement, « créée dans les jours qui viennent » ; la séparation des activités des banques ; la mise à disposition gratuite de terrains de l’État pour construire des logements ; un programme d’« isolation et de rénovation » dans le prochain budget ; une « première étape de la réforme fiscale » ; une réforme de la dépendance ; ou encore des mesures sur le financement de la protection sociale, sujet sur lequel les partenaires sociaux seront amenés à discuter en 2013. 

« Des choix courageux seront faits en 2013 et ils seront durables, justes et stables », promet Hollande, qui évoque d’ores et déjà une réforme du « système des exonérations sociales : il est devenu aussi illisible que coûteux, même s’il est indispensable ». « La France doit résoudre son problème de compétitivité », poursuit Hollande, qui évoque une « stratégie industrielle nationale » dans laquelle l’État doit avoir un « rôle d’impulsion ».

Face aux critiques tous azimuts de la rentrée, le chef de l’État défend l’action dans la « durée du mandat »« Pour gagner cette bataille de la croissance, de l’emploi et de la compétitivité, il faudra du temps. L’action que je conduis s’inscrit dans la durée du mandat qui m’a été confié par les Français : non pas sur trois mois, pas davantage sur douze mois mais sur cinq ans. » Ou encore : « Le changement, ce n’est pas une somme d’annonces sans lien les unes avec les autres, c’est une force qui sait où elle va, qui donne une direction susceptible de rassembler le pays. »

Le président du « changement » serait-il tenté de renouer avec le pouvoir des mots, voire des formules ? François Hollande n'a sans doute pas oublié que faute de résultats, les slogans de Nicolas Sarkozy étaient devenues des incantations. Et que finalement, son prédécesseur s'y était brûlé les ailes. Après trois mois d'installation et de mesures symboliques, à lui et à son gouvernement de passer enfin aux actes.

Publié dans HOLLANDE

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