Hillary Clinton - Barack Obama: Game Over

Publié le par DA Estérel 83

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La rupture entre les deux ex-prétendants démocrates à la Maison Blanche est consommée. Depuis le printemps 2011, Hillary Clinton a mis fin au diktat qui lui était imposé par Barack Obama. Radicalement changée, omniprésente sur la scène internationale, elle caracole désormais au sommet de la popularité dans l'opinion américaine.


Vidéo CBS News: Hillary Clinton est arrivé Samedi en Egypte pour l'avant dernière étape d'un marathon de 13 jours dans 9 pays. La Secrétaire d'Etat a visité 102 pays depuis son arrivée aux commandes de la diplomatie américaine, un record absolu. 


Hillary Clinton n'a jamais été aussi radieuse. Inutile pour les journalistes qui l'approchent de lui en demander les raisons, elle n'a qu'une réponse: le sentiment de fierté que lui inspire sa réussite comme Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères des Etats-Unis, un poste à la tête duquel elle vient de battre tous les records, avec plus d'une centaine de pays visités et de chefs d'Etat rencontrés en l'espace de quatre ans. Mais derrière cette performance indéniable, qui a contribué à la résolution d'innombrables difficultés entre le gouvernement américain et de nombreux pays problématiques, les observateurs avisés ne sont pas dupes. La transformation de l'ancienne First Lady en icone parmi les plus populaires des Etats-Unis à l'heure actuelle remonte à l'été 2011. Jusque-là dans l'ombre de Barack Obama qui lui avait fait mordre la poussière lors des primaires démocrates de 2008, ayant pris du poids, affublée d'une coiffure qui lui conférait un air à la fois triste et sévère, le visage constamment épuisé, engoncée dans un costume et un discours raides et très officiels, elle est soudainement apparue, début septembre, mystérieusement libérée. Peu connaissent les motifs de cette soudaine transformation et rares sont ceux qui acceptent d'en parler.  

LA GIFLE DU 26 MAI 2011

Vidéo: Hillary Clinton répond à Wolf Blitzer qu'elle n'acceptera pas de servir lors d'un second mandat de Barack Obama, le 26 mai 2011. 


Tout a commencé par cette déclaration faite sur CNN au journaliste Wolf Blitzer le 26 mai 2011, où elle a confirmé ce qu'elle avait laissé entendre dès l'année précédente, à savoir que sa fonction au sein de l'administration Obama serait sa « dernière fonction publique » et qu'elle n'avait « aucune intention » de se « représenter à nouveau » à des élections. Loin de passer inaperçue, cette déclaration avait suscité la surprise et déjoué bien des pronostics qui lui prêtaient l'ambition évidente de servir comme vice-présidente lors d'un second mandat de Barack Obama voir de briguer à nouveau la fonction suprême. Et cette déclaration avait marqué le début d'un retour d'affection du public après une période de disgrâce relative, celle qui est habituellement servie aux perdants des élections. 


LES HUMILIATIONS IMPOSÉES PAR OBAMA

Vidéo: Le 21 septembre 2011, Bill Clinton estime à la télévision que l'approche du problème du déficit par Obama est "un peu confuse". 


En réalité, le message d'Hillary Clinton, s'il a pu donner lieu à de nombreuses supputations, aux regrets des uns et à l'admiration des autres, était une gifle soigneusement décochée à la face de Barack Obama. En effet, la Secrétaire d'Etat venait de signifier clairement au président que le temps du compromis et de la soumission était terminé. Car en acceptant de servir dans son administration peu après sa défaite douloureuse face à son adversaire au sein du camp démocrate, elle avait du accepter une série de conditions de la part du président dont la plus exigeante était de se soumettre à Joe Biden, le vice-président, et la plus humiliante, de faire en sorte que son époux, l'ancien président Bill Clinton, n'interfère jamais par ses paroles ou par ses actes dans la politique conduite par Obama. Mais au fil des mois, les tensions n'ont pas manqué de provoquer à plusieurs reprises de graves crises entre le président et sa Secrétaire d'Etat. 

UN PRÉSIDENT FROID ET CALCULATEUR

Vidéo: Le dernier clip de campagne de Mitt Romney reprend la critique d'Hillary Clinton contre Obama durant la campagne de 2008, où elle assénait "Honte à vous, Barack Obama". 


Petit retour dans le temps. L'une des plus graves crises survenues au cours de son mandat n'a pas fini d'engendrer des conséquences fâcheuses pour Barack Obama. Au cours de l'Eté 2010, en effet, une vive tension s'est installée entre lui et le chef du staff présidentiel à la Maison Blanche, le très influent Rahm Emanuel. Cet ancienne éminence grise de Bill Clinton, connu pour sa poigne, a été progressivement désavoué par une partie du staff qui ne supportait plus son autoritarisme. Plusieurs fois cloué au poteau au profit de son propre ami David Axelrod, également très influent auprès de Barack Obama, il en vint à s'opposer à plusieurs options du président, lequel n'a pas manqué de lui en faire payer ses conséquences

MANIPULATIONS 

Refusant la démission que Rahm Emanuel a jeté sur sa table fin août 2010, « ta punition sera de rester » lui a t-il dit alors, le président avait pourtant déjà organisé la relève de son plus influent conseiller. Quelques semaines plus tard, en effet, lors d'une conférence qui a ébranlé la communauté de Chicago, l'inamovible maire Richard M. Daley dit « le boss », six fois réélu maire de la ville sur laquelle il avait régné durant 22 ans et fils de Richard J. Daley qui, lui même, avait tenu les rènes de la ville durant 21 ans et avait été le faiseur du président John-Fitzgerald Kennedy en lui apportant par des pratiques douteuses l'Etat décifi de l'Illinois sur un plateau, annonçait qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat. Fidèle à sa soumission au pouvoir indestructible des Daley, la presse locale a fait mine de n'y voir que du feu et a accepté l'explication du boss: sa femme était souffrante d'un cancer en phase avancé et il n'y avait pas que la politique dans la vie. L'homme voulait se consacrer à sa famille. Or, rien de tout cela n'était vrai. En réalité, Richard M. Daley savait déjà, à l'heure même où il annonçait la fin de son emprise sur la ville, quelle était sa destination: la Maison Blanche, en remplacement de Rahm Emanuel. Lequel s'est vu offrir par Obama la mairie de chicago en lot de consolation, une manière pour le président de le neutraliser dans un ville où rien ne se fait sans les Daley, en réalité. En appelant auprès de lui le boss pour reprendre en main son staff rapproché, Obama faisait venir, en réalité, l'héritier du faiseur de présidents dans le saint des saints pour verrouiller par avance tout ce qui devait l'être dans l'Illinois, un état à juste titre surnommé ici « Etat de la corruption ». 



LA MÉMOIRE DE RAHM EMANUEL

Hillary Clinton - Barack Obama: Game Over
Emanuel ne pardonnera jamais l'entourloupe au président lequel s'est depuis montré avec lui assez méprisant pour disposer de son temps comme il l'entend lorsqu'il séjourne à Chicago, convoquant Emanuel quand cela lui sert, l'ignorant quand il s'agit de lui signifier qu'il est le maître à bord. Une éviction qui n'a pas été du tout du goût de la famille Clinton et qui a provoqué les retrouvailles entre Bill et Rahm, un motif d'irritation constante pour Obama, qui l'a fait savoir à sa manière au nouveau maire de Chicago quelques semaines avant le Sommet du G8 qui devait se tenir dans sa ville et pour laquelle l'organisation avait déjà dépensé des millions: c'est par un communiqué de la Maison Blanche que le Ram Emanuel a appris que sa ville ne serait finalement pas l'hôte du Sommet du G8, dont il attendait beaucoup en termes de prestige, et qu'il devrait se contenter d'accueillir le Sommet de l'OTAN. 



CONTENTIEUX

Vidéo: Hillary Clinton confie sa lassitude vis à vis du pouvoir en 2011. 


En ce printemps 2011, donc, Hillary Clinton venait de remporter sa première vrai victoire, en forçant Obama, qui s'y refusait obstinément, à engager les Etats-Unis dans l'action de la coalition engagée en Libye, l'une des grandes causes défendues âprement par Hillary Clinton depuis son arrivée à son poste. Clinton voulait la chute de Kadhafi. Obama ne voulait pas s'en mêler. Le ralliement de l'Etat-major des armées et des principaux conseillers diplomatiques d'Obama à la vision de la Secrétaire d'Etat sur laquelle le président faisait des blagues fort désagréables, la décrivant en tant de jeter des pierres par le balcon tandis qu'il s'exprimait en public, n'a pas été pour réchauffer les relations entre les deux ex-adversaires démocrates. 

ALTERCATIONS 

Cette même semaine du 26 mai 2011, une altercation s'était produire entre le président et sa Secrétaire d'Etat au sujet du traitement réservé sur les ordres d'Obama en personne au soldat Bradley Manning, arrêté pour avori transmis au site WikiLeaks des documents classés secret défense au sujet des bavures commises par l'armée américaine en Irak en en Afghanistan. Sa porte-parole P.J Crowley avait été balayée pour avoir relayé ce trouble et Clinton ne l'avait pas entendu de cette oreille. En réalité, la Secrétaire d'Etat n'avait cessé, depuis son entré en fonction, de devoir supporter la surveillance rapprochée des sentinelles d'Obama, et était allée de désillusions en surprises devant les renoncements et les options prises par le président. Ils n'étaient d'accord sur rien: Clinton estimait que les deux années au cours desquelles le pouvoir avait bénéficié d'une assise assez solide au Congrès, mise à mal par le basculement de la Chambre des représentants au profit des Républicains, avaient été gâchées. Immigration, collaboration internationale, action des services secrets, règlements des contentieux les plus lourds, désintérêt d'Obama pour l'Europe et son tropisme obsessionel vers l'Asie, mariage gay, gestion des crises en Afrique du nord et au Proche-Orient, les contentieux ne cessaient de s'accumuler.  



REBONDISSEMENT

Hillary Clinton - Barack Obama: Game Over
Faisant état auprès de son entourage de sa lassitude, elle semblait préparer sa sortie de a manière la plus honorable possible, lorsque les conséquences de sa déclaration l'ont prise par surprise. Dans un climat où beaucoup considérait alors le président comme une « erreur de casting » et où les Républicains lui promettaient un destin de « one term president  »(président d'un seul mandat, NDA), la Secrétaire d'Etat a vu soudain se rapprocher autour d'elle tout ceux qui, dans le camp démocrate et parmi les exaspérés de la Maison Blancheétaient déjà les grands déçus de la politique d'Obama. Surtout, un véritable phénomène d'opinion est né qui n'a cessé de grandir et s'est structuré autour d'un message: Hillary présidente. Et c'est à partir de là que la Secrétaire d'Etat a engagé sa transformation en l'espace de quelques mois. Plus question de se soumettre au diktat d'Obama: au fil des semaines, la chef de la diplomatie américaine est devenue seule maître de son agenda. Plus révélateur encore, dès le début de l'Eté, son mari, Bill Clinton, a fait sa grande réapparition sur la scène politique intérieure, lui qui jusque-là s'était tenu à l'écart, en parcourant le monde, pour ne pas gêner son épouse. Fin de partie. Bill Clinton est réapparu dans le ciel politique, fort de sa popularité, allant jusqu'à faire de l'humour vis à vis de son successeur et à donner son opinion sur sa gestion des affaires intérieures. 


UNE FEMME LIBRE

Hillary Clinton - Barack Obama: Game Over
Photo: En Juin 2012, avec le Premier ministre australien. 


Désormais, Hillary Clinton est une femme libre. Elle a repris ces derniers jours la main en Egypte, où Obama n'avait cessé de la court-circuiter depuis le printemps arabe. En coulisses, elle reproche à Barack Obama de n'avoir rien compris à l'importance du rôle de l'armée égyptienne pour le maintien de l'ordre dans la région. Elle visite ces jours-ci Israël où Obama n'a pas mis les pieds depuis son arrivée au pouvoir, coupant l'herbe sous les pieds de Mitt Romney qui doit s'y rendre le mois prochain. Elle travaille d'arrache-pieds sur le dossier syrien où, là encore, les attermoiements d'Obama l'insupportent. A Paris, elle a affiché sa joie de s'entretenir avec François Hollande que Barack Obama snobe quelque peu depuis que la chancellerie de berlin s'est plaint auprès de lui d'une entente trop prononcée entre les deux hommes depuis leur rencontre aux Etats-Unis.  

Et désormais, Hillary Clinton n'oppose plus de niet à un éventuel avenir politique. Il faut dire que beaucoup ont un compte à régler avec Barack Obama et que l'opinion regrette quelque peu son choix de 2008.

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