Hervé Gaymard : « Nous n'avons pas besoin de courir après les électeurs du FN»

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

Face à Xavier Bertrand et Christian Jacob, le député savoyard est candidat à la présidence du groupe UMP, dont l'élection est prévue dans une semaine. Il revient sur le bilan du sarkozysme - le meilleur et le pire selon lui - et le comportement de l'UMP par rapport à la percée du Front National.


Hervé Gaymard : « Nous n'avons pas besoin de courir après les électeurs du FN»
La bataille pour la présidence du groupe UMP est présentée comme une déclinaison du match entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l'UMP : Christian Jacob partirait avec le dossard Copé tandis que Xavier Bertrand, qui estime que le scrutin sera plus ouvert qu'on ne le croit, est considéré, à tort, comme un proche de Fillon, alors que lui-même ne revendique pas forcément ce parainage ou en tout cas refuse de considérer l'ex-premier ministre comme son chef. 
Un troisième larron veut jouer les outsiders de la compétition : Hervé Gaymard. Après sesmésaventures locatives, qu'il a traînées comme un boulet des années durant, Hervé Gaymard s'est d'abord reconstruit une légitimité politique en Savoie, dont il préside le conseil général. Eliminé par une manoeuvre sarkozyste en 2004, il est piquant de constater que son retour sur la scène politique nationale coïncide avec le retrait de l'ex-président dont il ignore s'il sera définitif. 
Dans une lettre de candidature aux 200 candidats, Hervé Gaymard défend l'idée que le groupe UMP doit être à la fois un pôle de stabilité, d'opposition et de reconstruction, ajoutant qu'il conviendra d'y insuffler une dimension de convivialité qu'il estime indispensable au travail de reconquête de l'opinion. Le député de Savoie n'est pas un naïf : il sait très bien qu'il ne dispose pas des appuis nécessaires à son élection. Il ne veut pas cependant considérer sa candidature comme un simple témoignage. La brièveté de la campagne - l'élection est prévue mercredi - et le fait qu'un quart des élus UMP ne dispose même pas de bureau favorise,de toute évidence, ceux qui sont installés. 
Mais le Savoyard veut engager un débat de fond sur l'identité de la droite, qu'il analyse d'ailleurs dans un texte dense, « Que faire de l'UMP ? », sans doute en prévision du congrès de succession de l'UMP prévu à l'automne. En attendant cette échéance, on peut très bien imaginer qu'Hervé Gaymard rallie Xavier Bertrand, dont il se sent proche sur un plan politique. Nous lui avons demandé de s'expliquer sur son analyse de l'UMP.

VOUS ÉCRIVEZ QUE LA VOIX DE L'UMP EST MÉTALLIQUE. QUE VOULEZ-VOUS DIRE?


Certains parlent de retrouver l'esprit de 2007 qui a permis l'élection de Nicolas Sarkozy. Je ne le pense pas. Si Nicolas Sarkozy a été élu en 2007, c'est en rompant avec l'image d'un candidat libéral, atlantiste et communautariste, grâce au « greffon séguiniste » que pouvaient incarner des hommes comme Henri Guaino, Alain Juppé ou François Fillon.  Mais après le départ d'Alain Juppé de l'UMP, le spectre s'est rétréci. L'UMP est devenu un paté réduit à la cuisson. On est passé à une ligne « la droite seule » qui a désorienté nombre de nos électeurs et de nos militants.

VOUS ÉCRIVEZ QUE COURIR APRÈS LE FRONT NATIONAL EST UNE DÉMARCHE VAINE. MAIS N'EST-CE PAS EN CHANGEANT DU TOUT AU TOUT SON DISCOURS QUE NATHALIE KOSUSCO-MORIZET A SAUVÉ SON SIÈGE ?

Tout dépent ce qu'on entend par reprendre les thématiques du Front National. J'ai toujours été hostile au droit de vote des immigrés parce que je crois que la citoyenneté passe par la nationalité et d'autres, à gauche, pensent d'ailleurs de même. De même, nous sommes un certain nombre de membres de l'UMP à avoir déclaré il y a longtemps que l'assistanat détruisait la solidarité. Ce qui m'énerve dans cette opération de « reductio ad Frontis », c'est que l'on fait comme si ces idées-là ont été inventées par le Front National. 
Il est certain néanmoins que nos électeurs ne comprennent pas qu'il n'y ait pas d'homothétie entre le Front national et le Front de Gauche. On m'a posé 80 fois la question durant la campagne : pourquoi l'extrême gauche héritière de Staline des Khmers rouges et de Castro serait-elle plus honorable que l'extrême droite ? Je ne le pense pas moi-même, mais il me fallait un quart d'heure pour l'expliquer à chaque fois, alors qu'il suffit de quinze secondes pour poser la question...  

En réalité, l'électorat du Front National est composite. Il hérite d'une composante traditionnelle d'extrême droite, auquel s'est agrégé un autre électorat produit de la désindustrialisation et du déclin du Parti communiste. Dans les communes anciennement tenues par le PCF de mon département, le Front National vire en tête, alors qu'il réalise des scores inférieurs à la moyenne nationale dans les village ancrés à droite. C'est l'une des raisons, en dehors même des questions de principe, qui me conduisent à m'opposer à tout accommodement avec ce parti : on ne peut pas tenir le même discours à des anciens pieds-noirs installés dans le sud et à des ouvriers devenus chômeurs du Nord de la France.

LETTRE DE CANDIDATURE

Hervé Gaymard : « Nous n'avons pas besoin de courir après les électeurs du FN»

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