Hauts-de-Seine: « La Sarkozie, c'est fini »

Publié le par DA Estérel 83

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« La Sarkozie, c'est fini. » C'est le verdict d'un élu UMP, venu assister, dimanche soir, à la traditionnelle soirée électorale auconseil général des Hauts-de-Seine, un des départements les plus à droite de France et qui fut si longtemps le fief de l'ancien président. L'élu est plus inquiet que ses camarades qui n'ont cessé de répéter qu'il n'y avait ni raz-de-marée rose, ce qui est vrai ; ni menace, ce qui est faux. D'habitude, dans cette terre habilement découpée par Charles Pasqua pour éviter toute invasion socialiste et ne laisser que quelques miettes aux communistes, on compte toujours deux ou trois députés de droite élus dès le premier tour haut la main. En 2007, ils étaient cinq, cette année, zéro. 

 

Patrick Devedjian appelle à la mobilisationPatrick Devedjian appelle à la mobilisation© Rachida El Azzouzi

 

« Ce qui est du jamais vu, exceptionnel », souligne, penaud, Jacques Gauthier, devant le panneau de la septième circonscription. Le sénateur et maire de Garches aurait aimé voir son ami, l'ancien ministre UMP Patrick Ollier, député de 1988 à 2010 et maire de Rueil-Malmaison, réélu dès hier soir. Mais son score, 47,49 %, est insuffisant. Il devra affronter, dimanche prochain, le socialiste Bertrand Rocheron, qui a obtenu 28,90 % des suffrages.

Même les vieux barons implantés depuis les années 1980, comme les anciens ministres André Santini (44,01 %) et Patrick Devedjian (40,24 %), dont les militants assuraient qu'ils seraient élus au premier tour tellement « on leur doit tout », sont suspendus à un second tour (lire ici notre reportage d'avant le premier tour). Idem pour le sulfureux Patrick Balkany dans la cinquième (36,51 %), pour le patron de l'UMP du 92, Jean-Jacques Guillet, dans la huitième (37,58 %), pour Jacques Kossowski dans la troisième (46,78 %) et pour le très droitier Philippe Pemezec dans la douzième (39,99 %). 

 

Les treize circonscriptions des Hauts-de-SeineLes treize circonscriptions des Hauts-de-Seine© Rachida El Azzouzi

 

Même l'électron libre Jean-Christophe Fromantin, qui a raflé l'emblématique mairie de Neuilly au nez et à la barbe des sarkozystes en 2008, donné gagnant dès le premier tour dans la sixième, devra patienter jusqu'à dimanche prochain. Il ne dépasse pas les 40%. A cause d'un mauvais résultat à Puteaux (18,13 %) dû à Joëlle Ceccaldi, la maire UMP qui a fait campagne contre lui, et en raison de l'acharnement de Bernard Lepidi, un « ceccaldiste »divers droite qui a totalisé 21,80 % des voix sous le sigle trompeur Union pour la majorité parlementaire, il devra passer par une triangulaire qui lui est certes très favorable, où la gauche sera représentée par Marie Brannens (21,41 %). 

Les communistes, qui se reposaient sur leurs trois circonscriptions, peuvent témoigner du séisme qui gronde et qui les fait trembler à l'image de Roland Muzeau, le député sortant de la première circonscription (Genevilliers, Villeneuve-la-Garenne, Colombes). L'ancien sénateur s'est fait distancer par un jeune socialiste, Alexis Bachelay, qui bénéficie de « l'effet Hollande ». Il ne franchit pas les 30 % (29,76 %) et devrait se désister au profit de Bachelay (32,51 %).

Devant le panneau, Hassan Ben M'Barek, candidat du « front des banlieues indépendant » sur cette circonscription, jubile, malgré son petit 1,09 % des suffrages, de voir « le PC qui fricote avec la droite » en mauvaise posture : « Son compte est cuit à Muzeau. C'est un véritable séisme. » Derrière lui, Philippe Sarre, le maire PS de Colombes, applaudit le résultat totalement inespéré de Bachelay et la chute de Rama Yade à Asnières, éliminée dès le premier tour : « C'est le grand chelem sur Colombes : deux députés socialistes dimanche prochain et Rama qui quitte le paysage politique ! » (Lire notre reportage à Asnières avant le premier tour.)

 

Santini épluche les résultats de sa circonscriptionSantini épluche les résultats de sa circonscription© Rachida El Azzouzi
Le « 9-2 » change et le prétexte de l'abstention – « la plus forte sous la Cinquième République à une élection législative », s'est alarmé Patrick Devedjian –, ne saurait expliquer à lui seul les scores guère reluisants de l'UMP altoséquanaise qui reste majoritaire avec 28% des suffrages mais se voit talonnée par le PS (24,67 %). Le « 92 » n'est plus le bastion imprenable du sarkozysme. Les scrutins intermédiaires de ces cinq dernières années avaient déjà révélé ses fragilités. La présidentielle, suivie des législatives, scelle le recul de cette droite clanique et népotique.

 

Une droite qui s'affiche encore unie comme dimanche soir, lors du discours du patron du conseil général, Patrick Devedjian, entouré d'une kyrielle d'élus UMP-Nouveau centre, mais qui ne devrait pas tarder à imploser avec la sortie, ce mercredi 13 juin, du pamphletLe Monarque, son fils, son fief. Signée Marie-Célie Guillaume, la directrice de cabinet de Devedjian, cette fable politique que personne n'a encore lue alimente les conversations.

Dans ce texte sur le système Sarkozy, celle qui campe « la baronne » raconte comment « l'Arménien » (Devedjian) a été la cible ces quatre dernières années de « Rocky le monarque »(Nicolas Sarkozy), de son dauphin (Jean Sarkozy), des Thénardier (les Balkany), etc. Déjà, à droite, les critiques fusent et promettent une passe d'armes entre pro et anti-sarko. « Elle ne sait pas écrire, c'est Devedjian qui l'a écrit et qui se venge. C'est bas », pestait un sénateur.

Les socialistes : « On peut avoir une majorité dans le département »

Règlements de comptes ou pas à droite, à gauche on est convaincu que « le changement est en marche ». Pascal Buchet, le premier secrétaire fédéral du PS des Hauts-de-Seine, n'a pas eu le temps de faire une apparition à la soirée du conseil général, ni à la fédération socialiste. Il a passé sa soirée et une partie de la nuit au téléphone à s'assurer que le principe du désistement républicain et du report de voix au profit du candidat de la gauche arrivé en tête allait fonctionner dès ce lundi matin, y compris dans les rangs de ses dissidents bien trop nombreux dans un département où la gauche devrait apparaître unie, pas divisée, contre les éléphants UMP.

« On peut avoir une majorité dans le département, en finir avec l'anomalie du 92 où le PS n'avait pas droit de cité, si les électeurs se bougent. On peut exister, ne plus être des arbitres car aujourd'hui, on fait 21 % à Neuilly », analyse Buchet, par ailleurs maire de Fontenay-aux-Roses. Selon ses derniers calculs, ce n'est plus six mais huit circonscriptions sur les treize qui pourraient basculer à gauche le 17 juin : cinq au PS, une au MRC, une à EELV et une au Front de gauche.

Santini et GuéantSantini et Guéant© Rachida El Azzouzi

Ces criconscriptions sont celles de Devedjian, Santini, Pemezec, Balkany, « même s'ils résistent bien ». A Antony, le chevènementiste Julien Landfried repart en campagne, confiant :« Si on agrège les partis de gauche, les écologistes, le Parti radical de gauche et le Front de gauche, nous arrivons à plus de 46 % des voix, bien au-delà du score de Devedjian. Si on ajoute le candidat du Modem qui va appeler à voter pour moi, nous arrivons à 52 %. »

A Issy-les-Moulineaux, malgré leur mésentente notoire, l'écologiste Lucile Schmid (23,71 %) devrait pouvoir compter sur le soutien du socialiste Laurent Pieuchot, son suppléant de 2007, passé dissident, qui a rallié 15 % des suffrages, pour faire tomber Santini. Au Plessis-Robinson, Jean-Marc Germain, le directeur de cabinet de Martine Aubry, avec ses 36,54 % et les autres voix de la gauche, peut battre Philippe Pemezec qui cherchera à récupérer l'électorat frontiste. A Levallois, Gilles Catoire, le maire PS de Clichy, peut espérer s'imposer comme le tombeur de Balkany.

Parmi les autres circonscriptions qui peuvent basculer, figurent aussi la onzième (Bagneux-Malakoff-Montrouge) où la socialiste Julie Sommaruga réalise 29,93 %, talonnée par la députée sortante du Front de gauche Marie-Hélène Amiable (29,20 %). Dans la quatrième (Nanterre-Suresnes), Jacqueline Fraysse, la députée communiste sortante, réalise 29,90 % des voix et Yacine Djaziri, investie par le PS, 22,35 %.

Il y a aussi bien sûr la deuxième (Asnières et Colombes) et la neuvième circonscription (Boulogne-Billancourt), parmi les plus médiatisées de la campagne pour leur duel haut en couleurs à droite. A Asnières, le député sortant UMP Manuel Aeschlimann et l'étoile déclinante du sarkozysme Rama Yade, à force de s'écharper, ont fait le jeu du maire socialiste. Sébastien Pietrasanta caracole en tête avec 37,56 % des voix et devrait l'emporter sur Aeschlimann (27,63 %) la semaine prochaine. On imagine mal, en effet, l'ex-icône de la diversité, qui enregistre un nouvel échec cuisant en séduisant moins de 14 % des électeurs, appeler à voter pour son rival de droite, condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et à un an d'inéligibilité pour favoritisme par la cour d'appel de Versailles, et qu'elle semble haïr.

Thierry Solère pose avec une militanteThierry Solère pose avec une militante© Rachida El Azzouzi

A Boulogne, Claude Guéant, le parachuté, n'imaginait pas un atterrissage aussi difficile dans la neuvième circonscription (Boulogne-Billancourt). L'ancienne éminence grise de l'Elysée, qu'un sondage paru dans le JDD voilà moins de trois semaines donnait triomphant à 41 %, a récolté seulement 30,41 % des voix. Au coude à coude avec le dissident de l'UMP Thierry Solère (26,89 %), il vivra sa première triangulaire car la socialiste Martine Even, avec 22,14 % de suffrages et 13,10 % des inscrits, dispose du score nécessaire pour se maintenir.

Claude Guéant, qui n'a « pas l'intention de contacter Solère », compte sur le retrait du trublion exclu de l'UMP mais ce dernier ne l'entend pas de cette oreille. Arrivé dimanche en fin de soirée, Thierry Solère n'a pas croisé son adversaire, parti très vite, et n'envisage pas de lui céder un pouce de terrain. « Je suis le seul à pouvoir le battre. Il représente un danger pour Boulogne. 70 % des électeurs ont voté contre lui alors qu'il est le candidat investi par le parti dans une circonscription qui vote à 65 % à droite. »Thierry Solère appelle donc les électeurs socialistes à « voter utile » au second tour.

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