Harlem Désir, le symptôme d'un PS aussi fermé que le Vatican

Publié le par DA Estérel 83

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LE PLUS. Notre contributeur Vincy Thomas est sympathisant de gauche. On aurait donc pu penser que la probable accession d'Harlem Désir à la tête du PS l'aurait satisfait. Pourtant au contraire, l'adoubement de Désir par Aubry et Ayrault est le symptôme d'un PS qui a profondément besoin d'être rénové.

Édité par Maxime Bellec  

Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry et Harlem Désir le 12 septembre 2012 (M.EULER/SIPA)

 

Selon un sondage Harris Interactive  publié par "20 Minutes", "74% des personnes interrogées se disent peu ou pas intéressées par l’identité du prochain Premier secrétaire du parti de la majorité". Pire, "62% des Français" estiment que l'arrivée d’Harlem Désir "n'est pas un signe de renouvellement". Enfonçons le couteau dans la plaie : "Plus embêtant pour le PS, les sondés ne semblent pas approuver la façon dont se déroule la succession de martine Aubry. 38% des sondés ne l’approuvent pas (54% n’y comprennent rien). Un taux d’insatisfaction qui grimpe à 39% chez les sympathisants socialistes."

 

La messe est dite. Après un an de succès ininterrompus (Sénat, primaire citoyenne, présidentielle, législatives), le Parti socialiste de Martine Aubry a raté la dernière marche.

 

Le PS est une "grande famille" ? Aubry et Ayrault ont ravalé leur fierté et leur choix (Cambadélis) et obéit au chef – Hollande - pour que ce soit Harlem Désir qui hérite des bijoux de famille. Mais sous certaines conditions. À la passion de Reims en 2008, on a préféré se faire une raison, quitte à fâcher tout le monde, ou, tout du moins, créer les conditions de futures rancoeurs et disputes.

 

Le PS laisse ainsi une image déplorable et Aubry sort comme elle est entrée : une femme floue (et quand c’est flou, y a un loup), qui a du sa nomination sur un coup d’état manigancé en une nuit, et qui transmet le flambeau avec des négociations calculatrices s’achevant avec quelques heures de retard. Opacité totale dans les deux cas.

 

L’UMP n’a aucune leçon à donner évidemment quand on voit le pataquès que constitue l’élection de leur président.

 

Mais on attend autre chose du PS, surtout quand le général Aubry se vante de vertus démocratiques et réclame une éthique irréprochable aux élus. Ainsi, on se souviendra que Désir a été choisi par l’Elysée, accepté par Matignon et Solférino, mais qu’en aucun cas, le parti qui a organisé la primaire citoyenne n’a été capable de faire confiance aux militants.

 

Un parti aussi fermé que le Vatican

 

Cela va d’ailleurs entraîner quelques problèmes, autant d’épines dans les pieds d’Harlem Désir. Le PS, comme tous les partis politiques français, comptent peu d’adhérents. Et ce n’est pas avec un tel processus de nomination qu’il va séduire davantage de sympathisants. Ses militants sont principalement masculins, âgés de plus de 50 ans, issus de la fonction publique.

 

Depuis les primaires de 2007 et les adhésions low-cost, qui avaient donné une grande bouffée d’oxygène au PS, la diversité sociologique et générationnelle a régressé. Aujourd’hui, rien n’est fait pour attirer femmes, jeunes, salariés du privés, employés, ouvriers, freelances… Les Assemblées générales sont toujours le soir, durent longtemps, se perdent souvent dans des faux débats où il s’agit de marquer ses différences plutôt que de trouver ce qui unit.

 

Ségolène Royal à Poitiers, en janvier 2010 (NOSSANT/SIPA)

Ségolène Royal à Poitiers, en janvier 2010 (NOSSANT/SIPA)

 

Les militants, à peine encartés, se voient piégés par des luttes d’influence entre les courants, des querelles de chapelles qui deviennent passionnelles avant les congrès ou les élections. Les sections sont souvent noyautées par telles ou telles mouvances du parti. La réflexion, l’échange sont limités. Faire remonter des idées est une gageure. La hiérarchie est figée, les élus dominent, les cadres s’accrochent à leur statut virtuel, les militants n’ont ainsi aucune chance, à moins d’avoir de l’ambition, d’être utiles, hormis pour faire de la propagande ou l’organisation d’élections.

 

Le parti est incapable de se régénérer, de se renouveler (en cela le non-cumul des mandats est une priorité). On l’a d’ailleurs constaté lors de la nomination du gouvernement et ses conséquences. Le faible nombre de jeunes, de femmes, d’élus ayant eu une vie professionnelle hors de la politique démontre cette incapacité du parti à s’ouvrir. Pour les cabinets ministériels, le problème fut le même.

 

Les énarques pullulent, jusqu’aux médiocres qui croient avoir un peu de pouvoir en étant membres de "think tanks". On a recruté en vitesse dans les cercles immédiats. Ainsi, certains ministres sont entourés de personnes souvent en dehors des réalités du terrain ou de leur secteur. Il y a des exceptions, heureusement, comme le cabinet de Mme Lebranchu.

 

Mais, pour l’essentiel, le parti fonctionne en vase clos. Les jeux d’appareils sont ainsi plus forts que les compétences et l’ouverture d’esprit. Qu’on ne s’étonne pas si Hollande râle après le manque de nouvelles idées, comme son prédécesseur s’en énervait également.

 

La rénovation, c’est maintenant

 

Dans ce contexte, il paraît difficile que le parti ne continue pas sa rénovation, urgemment indispensable. La transparence n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il faut :

 

- casser le système des sections géographiques, comme on prône la suppression des départements, au profit de sections thématiques par fédérations, - réformer le MJS,

- ouvrir les AG aux sympathisants quitte à les transformer en cafés-citoyens permanents,

- construire un lien avec les citoyens grâce à une plateforme numérique participative,

- obliger une représentativité non pas proportionnelle mais égalitaire dans les instances,

- améliorer le rôle des militants en les responsabilisant en fonction de leurs compétences professionnelles,

- modifier la nomination du premier secrétaire et des premiers fédéraux,

- jumeler les fédérations avec leurs équivalentes européens et améliorer le dialogue entre elles.

 

Le PS ressemble trop à l’église catholique avec son Pape, ses cardinaux, ses évêques et ses chapelles.

 

Et il n’y a rien d’impossible : il faut juste que le PS s’adapte à son époque, comme il a su si bien le faire avec sa primaire citoyenne (même s’il faudra sans doute ajuster quelques détails déontologiques pour les prochaines). Le PS ne peut plus fonctionner comme avant : avant la Ve république, avant Mitterrand, avant le quinquennat, avant les actes de décentralisation successifs, avant l’Union européenne et son euro.

 

SOS militantisme

 

Pour le congrès de Toulouse, les militants peuvent toujours se révolter, s’amuser ou jouer les trouble-fêtes : il y a quatre motions en plus de celle de Désir/Bachelay et des éléphants.

 

La motion n°5, étrangement nommée "Toulouse mon congrès", est sans doute celle qui a établit le meilleur constat des changements qu’il faut produire et a l’avantage d’être hollandaise dans son ADN tout en relayant un fort désir d’avenir. Celle d’Hessel/Larrouturou prolonge l’histoire des motions utopiques. La motion des orphelins d’Hamon n’a qu’un intérêt politique, qui ne sert qu’à flatter l’égo "plus socialiste que moi tu meurs" de ses signataires. Mais on peut comprendre qu’un électeur de gauche y trouve le reflet de ce qu’il veut comme politique.

 

Cependant, nul ne doute que la motion Aubry/Ayrault sera votée à une large majorité : les élus ne s’y risqueront pas. C’est une OPA de Solférino et des élus sur le PS avec les parts de marché des écuries négociées d’avance. Le choix de Désir sur Cambadélis, c’est la victoire suprême des hommes forts de Hollande, ceux qui l’ont rallié dès les primaires (Moscovici, Peillon, Valls, Montebourg).

 

Voici donc l’épilogue de la séquence ouverte il y a un an. C’est aussi le choix du président au-dessus de son parti, à défaut, comme il l’avait promis, d’être au-dessus des partis. Mais avait-il le choix, ce président ? Ce renoncement à l’une de ses promesses était essentiel pour la suite, pour avoir la paix..

 

Seulement à force d’être taxé de choix par défaut, Désir, seul, ça n’a convaincu personne. Au point que la ministre Delphine Batho et le bébé Fabius Guillaume Bachelay ont été un temps envisagés comme options de substitution. Finalement, c’est un binôme Désir/Bachelay qui signe la motion. Avec en appoint, éventuel futur porte-parole du parti, Olivier Faure.

 

Un triumvirat masculin pour ne pas heurter les ambitions des quinquas gouvernementaux ni provoquer de crises entre les courants. Un affichage artificiel où la seule femme pressentie, l’économiste et députée Karine Berger avait faillit faire partie d’une carré d’as qui ne sera qu’un brelan de valets.

 

L’habit fera-t-il le moine ?

 

Face à Fillon ou Copé, on imagine mal Désir en position de force. Bachelay aurait été plus virulent, Berger plus pédagogue. Là encore le PS a révélé qu’il était paralysé : parmi des milliers cadres et d’élus, Cambadélis et Désir étaient-ils les seuls choix de la direction, du Premier Ministre et du Président ? Il faudrait s’inquiéter dans ce cas.

 

Ceci dit, ne sous-estimons pas le travail du futur Premier secrétaire : la gestion du parti n’est pas un job fictif ; il aura à préparer les élections de mi-mandat. Mais rénover le PS fait-il partie de ses ambitions ? Saura-t-il dessiner les perspectives du programme de 2017, définir l’avenir de la gauche en Europe, former les militants à des fonctions plus responsables, faire adhérer les sympathisants hésitants ?

 

Face à cette crise de la représentativité (désillusion face aux élus, manque d’enthousiasme à s’encarter dans un parti, difficulté à assumer une appartenance à un syndicat) qui ne s’arrange pas avec les guéguerres de fauteuils (UMP, CGT, PS, ….), il ne reste qu’une seule carte à jouer pour Harlem Désir : surprendre, et surpasser Aubry. Transformer le parti et s’affirmer en même temps.

 

D’ici là, tous les militants sont invités à prendre un peu de viagra pour faire monter le désir. Pour le plaisir, on jugera sur les actes en espérant que Toulouse ne rime pas avec To Lose.

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