Guéant et l'UMP font les yeux doux aux policiers municipaux

Publié le par DA Estérel 83

 

 

 

 

Pour des policiers municipaux en mal de reconnaissance, c'est une sorte de consécration: ce jeudi 16 juin, le ministre de l'intérieur Claude Guéant préside leurs premières rencontres nationales à Nice, ville du député UMP Christian Estrosi. Il pourrait, selon Le Figaro,répondre à plusieurs demandes du Syndicat national des policiers municipaux (dont le président a été reçu mercredi place Beauvau et qui se revendique majoritaire), comme la généralisation de l'armement et des changements statutaires et sociaux.

 

© Ville de Nice

 

Passés de 3.000 dans les années 1960 à plus de 18.000 aujourd'hui, les policiers municipaux représentent environ 6% des forces de l'ordre. Mais dans les Alpes-Maritimes, ces 1.233 fonctionnaires territoriaux sont, selon Nice Matin, plus nombreux que les gendarmes (850) et rivalisent avec les policiers de la sécurité publique (1900).

Particulièrement appréciés par les maires de la côte, les policiers municipaux sont 355 (et bientôt 400) à Nice (350.000 habitants), 191 à Cannes (73.000 habitants), une petite centaine au Cannet (54.000 habitants) et 70 à Saint-Tropez (5300 habitants). Au point de dépasser les effectifs locaux du commissariat de Cannes et du poste de police du Cannet (environ 200 policiers nationaux contre 300 policiers municipaux).

«Nous sommes les premiers en matière de temps passé sur la voie publique et sur les interventions de petite et moyenne délinquance, se félicite Frédéric Foncel, en poste à Cannes et président du syndicat national des policiers municipaux (SNPM). Les politiques n'arrêtent pas de parler de police de proximité alors qu'ils ont sous les yeux 20.000 policiers municipaux en uniforme en permanence sur la voie publique. A Cannes par exemple, sur les 200 policiers, seule une vingtaine sont dans les bureaux et nous réalisons 60% des interpellations.»

 

Des chiffres qui font tousser Frédérique Martin, secrétaire adjointe du principal syndicat des officiers (Snop) dans cette zone. «En 2010, les deux polices municipales de Cannes et du Cannet ont réalisé 34,14% des interpellations de délinquance de droit commun sur les deux communes, et celle de Nice 4,39% de interpellations», rectifie-t-elle. 

De plus, les deux polices n'ont pas les mêmes missions, ce qui explique que «la vision de la police nationale sur la voie publique soit moindre que celle de la police municipale», précise Frédéric Guérin, délégué départemental d'Unité SGP Police, le principal syndicat de gardiens de la paix. «A Nice, les effectifs de la sécurité publique, tous corps confondus, tournent autour de 800 policiers nationaux mais sur le terrain un jour donné, ils ne doivent pas être plus d'une cinquantaine», illustre-t-il.

De façon traditionnelle, les policiers municipaux constatent les infractions à la réglementation municipale et à la circulation routière. Un rapport de l'inspection générale de l'administration (Iga) de décembre 2010 constate «la part croissante d'activités judiciaires exercées par les polices municipales en raison des évolutions successives de la réglementation et de la culture plus répressive de certains maires qui demandent à leur police de s'investir dans les interpellations en flagrant délit».

 

Des missions de PJ en augmentation

Lorsque les policiers municipaux interviennent sur un flagrant délit (bagarre, vol à l'arraché, agression, etc.), ils transmettent la personne interpellée à un officier de police judiciaire (OPJ) de la police ou gendarmerie nationales, seul à même de dresser un procès-verbal et éventuellement de décider d'une garde à vue.

 

© DR

 

A Cannes, selon un rapport de la chambre régionale des comptes de Paca, ces interventions, en nette augmentation depuis 2008, donnant lieu à des mises à disposition à un OPJ «concernent, pour 27%, des faits de délinquance routière principalement pour conduite en état alcoolique» mais «se rattachent également à des faits de délinquance très divers relevant habituellement des missions de la police nationale (détention d'arme, vols, détention et usage de stupéfiant...)». 

«Une fois la personne remise à l'OPJ, le policier municipal retourne sur le terrain tandis que l'OPJ traite la procédure et n'est donc plus sur la voie publique», souligne Frédéric Guérin.

Une répartition des rôles qu'Eric Ciotti, président du Conseil général des Alpes-Maritimes et monsieur sécurité de l'UMP, avait tenté de modifier en proposant de donner la qualité d'agent de police judiciaire à certains directeurs de polices municipales et de permettre aux placiers municipaux de réaliser des contrôles d'identité sous le contrôle d'un OPJ. Ces deux amendements introduits dans la loi Loppsi 2 ont été censurés, le 10 mars 2011, par le Conseil constitutionnel.

Créée en 1961 par Jacques Médecin «parce que les fortunes attirées par la Côte d'Azur voulaient leur police privée» selon Frédérique Martin du Snop, la police municipale de Nice est particulièrement choyée par Christian Estrosi. Centre de supervision urbaine relié à plus de 600 caméras, système de géolocalisation par radio, brigade équestre, VTT, parc automobile bien entretenu, armes à feu de quatrième catégorie, flashballs, tasers, rien n'a été oublié pour les aider dans leur tâche... pas même les Segways adoptés depuis l'été 2009. Au risque de désespérer leurs collègues de la police nationale dont les effectifs diminuent chaque année du fait de la RGPP et qui sont nettement moins bien équipés.

«Ne serait-ce que pour les véhicules, la nuit il peut arriver qu'il n'y ait pas de véhicule de police secours qui tourne car il aura été appelé sur une autre circonscription ou son équipage sera bloqué à l'hôpital sur une garde de détenu ou pour l'examen médical d'un gardé à vue», raconte Frédéric Guérin.

 

Patrouilles communes

De façon très symbolique, en janvier 2011 Christian Estrosi a installé son sixième poste de police municipale, avenue Cernuschi au nord de Nice, dans les locaux rénovés d'un ancien poste de police de proximité(supprimée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur). «Ça prouve bien qu'il y a une demande forte de la population pour une police de proximité mais que l'Etat n'est plus à même d'y répondre», regrette le délégué départemental.

Christian Estrosi, Brice Hortefeux, Eric Ciotti et Benoit Kandel au centre de supervision urbaine de Nice
Christian Estrosi, Brice Hortefeux, Eric Ciotti et Benoit Kandel au centre de supervision urbaine de Nice© DR

 

 

Sur le terrain, les deux forces de l'ordre coopèrent au quotidien, en vertu de conventions de coordination conclues entre les maires et le représentant départemental de l'Etat (obligatoires dès qu'un service de police municipale comporte au moins cinq emplois d'agent de police municipale). L'époque où, en 1988, les syndicats de policiers exaspérés organisaient à Nice une manifestation contre «la prolifération des polices municipales» a vécu. Des deux côtés, on met en avant «une bonne ambiance» et une «complémentarité». «Les relations étaient tendues il y a quelques années, mais aujourd'hui gendarmes et policiers nationaux savent pertinemment que sans nous ils ne tourneraient plus, estime Frédéric Poncel. Nous sommes devenus indispensables.»

Pour des raisons très pragmatiques d'effectifs, les patrouilles communes sont ainsi devenues monnaie courante dans certaines communes des Alpes-Maritimes. «On prend là où il y a du nombre», résume Frédérique Martin. Et la nuit, à Cannes, «les deux forces de police se partagent les interventions sur le terrain sur tous les secteurs de la commune et répondent mutuellement aux demandes de renfort, note le rapport de la chambre régionale des comptes. En raison de la diminution des effectifs de nuit de la police nationale, les agents de la police municipale sont engagés sur la plupart des interventions.»

Cet échange «est facilité par l'affectation d'un opérateur de la police municipale à la salle de commandement du commissariat central, ainsi que par l'écoute radio mutuelle».

La connaissance des quartiers des policiers municipaux semble également appréciée. «Nous faisons partie du maillage de la population, dit Frédéric Foncel. Les brigades de recherche passent leur temps à venir chez nous recueillir des informations.» Même rôle à Cannes, où le rapport de la CRC confirme que «pour la police nationale, la police municipale cannoise présente l'avantage d'être complètement intégrée dans le tissu social et de constituer ainsi une source précieuse d'information».

 

«Iniquité»

«Mais on perd aussi en lisibilité de la délinquance, estime Sylvie Feucher, secrétaire générale du syndicat des commissaires. C'est déjà très compliqué au sein d'une même maison alors quand il faut communiquer entre police nationale, gendarmerie, polices municipales et entreprises de sécurité privée...»

Si Nice, entre vidéosurveillance et police municipale accrues, joue aujourd'hui le rôle de laboratoire sécuritaire pour l'UMP, «les polices municipales de villes PS comme Evry ou Strasbourg n'ont rien à envier à celle de Nice», rappelle Frédéric Foncel.

De fait, les clivages politiques sur le sujet traversent les partis, «dessinant un groupe d'élus de gauche sécuritaires (Lyon, Evry) par opposition à un autre groupe d'élus traditionnels (Lille), mais différenciant aussi un groupe d'élus de droite plus attachés à une police de la tranquillité publique où la police municipale joue un rôle assez classique (Troyes), voire effacé (Marseille), d'un groupe d'élus de droite répressifs où les policiers municipaux sont invités à opérer de nombreuses interpellations (Meaux et région PACA)», souligne le rapport de l'Iga.

Les inégalités territoriales sont frappantes. A Marseille, ville qui a pourtant perdu près de 400 policiers nationaux depuis 2008, les policiers municipaux ne sont que 243 (Jean-Claude Gaudin vient de concéder la création de 100 nouveaux postes de policiers municipaux). Soit 1 pour 3500 habitants contre près de 1 pour 600 à Nice. Un chiffre à relier à la pauvreté de la ville ? «La police municipale pose un vrai problème d'équité, s'indigne Sylvie Feucher. Certaines villes ne pourront pas se l'offrir et comme par hasard ce sont souvent des villes où il y a des soucis de sécurité.»

Publié dans Nation

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