Georges Tron, la mauvaise pioche villepiniste

Publié le par DA Estérel 83

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L'arroseur arrosé. En nommant le villepiniste Georges Tron au gouvernement, Nicolas Sarkozy souhaitait affaiblir son rival, Dominique de Villepin. Mauvaise pioche. Le secrétaire d'Etat à la fonction publique, accusé d'agression sexuelle et de viol - accusations qu'il nie - a suscité une vaste polémique qui l'a contraint dimanche midi, à la démission. De quoi saper l'argument de Nicolas Sarkozy, qu se vante d'avoir gagné la bataille de la morale après l'affaire Strauss-Kahn.

Dimanche, Georges Tron a remis sa démission au premier ministre, qui a indiqué «prendre acte de cette décision». Dans un communiqué, dimanche après-midi, Matignon explique que cette démission «lui permettra d’assurer désormais sa défense en toute liberté». Tout en précisant qu'elle «ne préjuge en rien des suites qui seront données par la justice aux plaintes déposées contre Georges Tron et dont il conteste le bien fondé». Le premier ministre «salue le courage et le sens des responsabilités de Georges Tron qui a ainsi fait prévaloir l’intérêt général». C'est François Baroin, ministre du budget et ministre de tutelle du député de l'Essonne, qui devrait reprendre ses attributions, selon l'Elysée.

«Je ne veux pas devenir gênant», avait dit Georges Tron au Parisien, samedi. Son avocat, Me Olivier Schnerb, avait pourtant assuré que le secrétaire d'Etat «ne démissionnera(it) pas» du gouvernement. A moins que «le président de la République ou le Premier ministre lui demandent».

Entre temps, le villepiniste a été poussé vers la sortie. Samedi, Jean-François Copé et Jean-Pierre Raffarin ont pris leurs distances, en marge d'un conseil national, en appelant à la «prudence» et à la «sobriété». Le sénateur-maire de Marseille Jean-Claude Gaudin a quant à lui reconnu qu'une démission ne le «surprendrait pas»«pour rendre service à ses amis». Dimanche midi, le ministre des affaires étrangères Alain Juppé a carrément appelé Georges Tron, sur Canal + , à «prendre ses responsabilité», estimant que les membres du gouvernement doivent être«au-dessus de tout soupçon». Selon Le Journal du Dimanche, la décision aurait été prise samedi, François Fillon en personne se serait chargé de fixer les modalités de ce départ.

Il faut dire que la situation était devenue intenable. Le secrétaire d'Etat est la cible de plaintes de deux ex-employées municipales de la commune de Draveil (Essonne), dont il est le maire, et une enquête préliminaire pour agression sexuelle et viol a été confiée à la police judiciaire. Dimanche, d'autres révélations sont venues grossir les soupçons. Selon le JDD, une troisième victime présumée se serait manifestée et devrait être entendue dans la semaine par les enquêteurs. Il s'agit d'une commissaire de Draveil, déplacée «à la demande» de Georges Tron en début d'année.

Me Olivier Schnerb a dénoncé dimanche «les manipulations dont la presse a été l'objet», expliquant que «la défense de Georges Tron n'a pas encore commencé». Dans une lettre envoyée à Nicolas Sarkozy et rendue publique à l'annonce de sa démission, Georges Tron explique qu'il fera «une affaire personnelle de faire reconnaître (son) innocence».


 

Tron, le 2ème débauchage villepiniste

En pleine affaire Strauss-Kahn, l’Élysée a préféré en finir rapidement avec un secrétaire d’État jusqu'ici quasi inconnu, ne souhaitant pas risquer le grand déballage. D'autant que, au lendemain de l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy se vantait en privé d'avoir gagné «la bataille de la morale» face au PS et estimait que l’affaire était un désastre pour les socialistes (lire notre article du 18 mai).

Ancien collaborateur d'Édouard Balladur, (il fut son conseiller parlementaire au ministère de l'économie entre 1986 et 1988, son chef de cabinet de 1988 à 1993 et son conseiller officieux à Matignon), spécialiste de la fonction publique, Goerges Tron était devenu un proche de Dominique de Villepin. Il entre au gouvernement le 22 mars 2010, lors du remaniement post-régionales. Nicolas Sarkozy le débauche alors que l'ancien premier ministre vient juste d'annoncer la création de son parti. Une manière de couper l'herbe sous le pied à son rival, après la relaxe de Villepin dans l'affaire Clearstream.

L'occasion surtout de continuer à le dépouiller de ses troupes. En décembre 2008, il avait fait entrer Bruno Le Maire, l'ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin. En novembre 2010, le débauchage s'était poursuivi avec la nomination de Marie-Anne Montchamp, alors porte-parole de République Solidaire, le parti villepiniste.

Dans les deux derniers mois précédant sa nomination, Georges Tron n'avait pourtant pas épargné Nicolas Sarkozy. Le 28 janvier 2010, jour de l'anniversaire du chef de l'Etat, en apprenant la relaxe de Villepin dans l'affaire Clearstream, Georges Tron salue «une grande victoire» qui permettra à l'ancien premier ministre d'être «présent dans les deux années qui viennent et éventuellement de défendre lui-même, si elles ne sont pas reprises, ses idées en 2012».

Le lendemain, 29 janvier 2010, il réagit violemment à la décision du parquet de faire appel, y voyant la main du président. Cette décision «vient de plus haut», affirme-t-il, dénonçant «une faute politique très lourde et très grave du Président (…) complètement déconnecté de la réalité du dossier». Comment entrer dans un gouvernement d'un président qui, selon ses dires, ne respecte pas l'indépendance de la justice? «Dominique de Villepin a parfaitement compris ma démarche», avait déclaré Georges Tron, peu après sa désignation. Précisant: «Si on on peut mettre un peu d'huile entre les hommes, c'est excellent pour la majorité, pour nos électeurs et pour la France.»

 

Solidaire des critiques de Dominique de Villepin à l'encontre de Nicolas Sarkozy depuis 2007, le député de l'Essonne ne se gênait pas pour en proférer lui-même. Ainsi, en février 2009, il donne quelques conseils au chef de l'Etat (voir la vidéo ci-contre): «Le président de la République a tout intérêt à mettre un eu d'ordre dans le programme des réformes. Il y a trop de textes», dit-il alors, soulignant que «le social» «manque aujourd'hui cruellement à notre action».

 

 

«Est-ce que ses dernières déclarations m'ont parues servir la majorité (...)? Non», disait-il en janvier dernier, sur RFI, tout en assurant «(avoir) partagé certaines critiques de Dominique de villepin» et ne pas «renier» «les positions qu'(ils ont) eu ensemble». (voir la vidéo ci-contre à 8'45).

 

En 2007, il n'avait rallié Nicolas Sarkozy qu'à deux mois de l'élection présidentielle de mai 2007, avec deux autres villepinistes, Hervé Mariton et Jean-Pierre Grand. En 2012, le candidat Sarkozy se passera certainement de son soutien. Même si Georges Tron est innocenté.

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