France-Qatar : Un ticket gagnant-gagnant…pour qui ?

Publié le par DA Estérel 83

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Dans la droite ligne de la politique impulsée par Nicolas Sarkozy, François Hollande approfondit les relations de la France avec l'émirat qatarie, seul véritable allié régional français au moyen-orient...malgré le positionnement très ambigu du pays vis-à-vis de l'islam radical et les alertes des services de renseignement tout à fait conscients du double jeu de l'émirat qatari.

François Hollande reçoit l'Emir du Qtar à l'Elysée (DATICHE NICOLAS/SIPA)
François Hollande reçoit l'Emir du Qtar à l'Elysée (DATICHE NICOLAS/SIPA)
C’était il y a un peu plus d'une semaine, François Hollande recevait à l’Elysée le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, émir du Qatar. Sans surprise, les deux acolytes  ont constaté leur « convergence de vues » sur la Syrie et « décidé de coordonner leurs efforts » pour une « transition politique » à Damas. Au cours de cet entretien, François Hollande a également « exprimé sa volonté de renforcer le partenariat solide, confiant et ambitieux que la France et le Qatar ont établi de longue date ». Du blah-blah diplomatique servi sur un plateau. Quelques chocolats Ferrero n’auraient pas fait tâche dans le décor. 

C’est peu dire que depuis le début de l’ère Sarkozy le Qatar est devenu un allié indispensable, sinon le guide exclusif de la politique arabe de la France. En la matière, François Hollande n'a pas fait le « pas de côté » qui aurait pu marquer une inflexion dans la politique étrangère de la France, préférant s’inscrire dans la droite ligne de son prédécesseur et gardant le rythme effréné des rencontres officielles avec l’émir de la pétro-monarchie. Même si au-delà des amabilités diplomatiques, les services de renseignement français ne cessent de pointer le jeu ambigu de l’émirat vis-à-vis des mouvements islamistes et qu’au quai d’Orsay la politique du « tout Qatar » fait également grincer quelques dents. 

Ainsi, le rapprochement avec le Qatar sur le dossier syrien « suscite des sentiments mitigés » :« l'émirat joue à plein la "carte sunnite" et soutient les Frères musulmans, tandis que la France cherche, avec ses alliés occidentaux, à favoriser l'apparition d'un« gouvernement de transition apportant des garanties aux minorités du pays » constatait une source française du journal Le Monde, contrainte de reconnaître que  Le Qatar gardait néanmoins un rôle à jouer dans la réconciliation.

LE QATAR INDISPENSABLE À L'ACTION FRANÇAISE ?

Difficile de se passer du gaz qatari, de ses bases militaires, de sa position stratégique dans la région et surtout de ses fonds souverains en ces temps difficiles. « A grands coups de pétrodollars et par le relais médiatique d' Al-Jazeera, le Qatar s'efforce d'être partie prenante et intermédiaire bona fide dans toutes les problématiques du monde sunnite, du Soudan à Gaza en passant par la Somalie, la Libye et le Maroc, aujourd'hui la Syrie. L'Emir entend se rendre ainsi indispensable à toute action de l'Occident dans la zone aux dépens de l'Arabie. Il y réussit plutôt bien au point que, après élimination des malfaisants fort en gueule (Saddam, Hussein, Qadhafi, Moubarak, Al-Assad et cie), le Qatar s'arroge aujourd'hui - à égalité avec l'Arabie - le contrôle de la Ligue Arabe et sa capacité de pression sur l'ONUL’avenir dira si les investissements massifs du Qatar et de l’Arabie dans nos économies en crise valaient notre complaisance face à la montée d’une barbarie dont nous aurions tort de croire que nous sommes à l’abri  » commente Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE, grand connaisseur du monde arabe. 

Complaisance qu’illustre une anecdote rapportée récemment par le journaliste de The Independent, Robert Fisk, spécialiste du moyen-Orient. Dans un article paru dans The Independent, il évoque une entrevue récente  avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid El-Mouallem. Au cours de cette entrevue, le chef de la diplomatie syrienne lui parle d’une rencontre avec l’émir du Qatar, à Doha, au cours de laquelle il était question de la situation en Libye et en Syrie et de la position du Qatar vis-à-vis de ces deux pays.

LE QATAR, PRINCIPAL SPONSOR DE L'ISLAMISME

El-Mouallem, cité par Robert Fisk, se souvient : «Alors que j’attendais pour entrer dans la réunion, il y avait le chef du parti tunisien Ennahdha. L’émir a ordonné de lui payer 150 millions de dollars pour aider son parti Ennahdha aux élections (du 23 octobre 2011, remportées par Ennahdha, Ndlr)». El-Mouallem ajoute : «J’ai dit à l’émir : Vous aviez des relations très étroites avec Mouammar Kadhafi, alors pourquoi vous envoyez vos appareils pour attaquer la Libye et acceptez de faire partie de l’opération de l’Otan ».  L’Emir répond simplement: « Parce que nous ne voulons pas perdre notre élan à Tunis et en Egypte – et Kadhafi était responsable de la division du Soudan ». 

Par les armes, la diplomatie, l’argent et/ou les médias, le Qatar s’impose ainsi comme le sponsor principal de l’islam politique et fondamentaliste. On le voit en Tunisie avec ses liens très forts avec le parti Ennahda, avec la bénédiction des Etats-Unis, on le voit également en Libye ou encore au Mali avec le soutien financier et militaire qu’il apporte au groupe Ansar Dine. 

Bref, un soutien financier à la plupart des acteurs politico-militaires salafistes la branche la plus enragée des Frères musulmans hostiles aux régimes laïques et nationalistes arabes mais aussi une présence active, loin d’être innocente, dans de nombreux pays en conflit dans la région. 

Autant d'informations largement connues des politiques français en poste depuis trois ans, alertés en cela par la Direction du Renseignement Militaire ou la DGSE. Malgré tout à chaque crise régionale, le scénario de l’alliance franco-qatarie se répète  : la France apporte son poids international et sa voix au Conseil de sécurité des Nations unies, le Qatar ses leviers régionaux, ses finances et parfois comme en Libye ses armes ou ses services de renseignement. « Tout le monde est content. Pour combien de temps ? » interroge Alain Chouet, dubitatif. 

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