Fabius, l’homme du « non » au service du président du « oui »

Publié le par DA Estérel 83

Rue89

 

 

« Fabius, mais il a voté “non” à l’Europe en 2005 »... Cette réaction revenait souvent ces derniers jours dès qu’on évoquait l’arrivée de Laurent Fabius à la tête de la diplomatie française, avec le risque de brouiller la lisibilité de la politique française au moment où François Hollande veut renégocier un autre traité européen.

De fait, le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 fut une véritable bataille d’Hernani, et tout particulièrement au sein du PS où François Hollande et Laurent Fabius se sont trouvés de part et d’autre de la tranchée.

C’est dire le chemin parcouru pour surmonter ce combat, ainsi que les vacheries de Fabius contre la candidature Hollande, pour que l’ex-premier ministre de François Mitterrand devienne le numéro deux (mais pas ministre d’Etat) du gouvernement dans l’ordre protocolaire, en charge des affaires étrangères.

Il est à noter qu’il est flanqué d’un ministre délégué aux affaires européennes, le maire de Cherbourg Bernard Cazeneuve, qui était lui aussi du côté du « non ».

Pendant la campagne, Laurent Fabius a beaucoup représenté François Hollande à l’étranger, sans grand succès et sans exprimer une conception diplomatique originale. Il était néanmoins favori pour le Quai d’Orsay, mais pas assuré de l’obtenir, face aux ambitions d’un Pierre Moscovici, ancien ministre des affaires européennes, qui s’y serait bien vu.

Gaullo-Mitterrandien

De fait, le chemin parcouru depuis 2005 fait que la ligne de fracture sur l’Europe a bougé. Même les partisans du « oui » de l’époque se retrouvent aujourd’hui avec ceux du « non » au sein du PS sur le constat de l’impasse européenne actuelle.

Tous les partisans du « Non » d’alors, un front très hétéroclite, ne s’y retrouveront pas, mais Laurent Fabius, assurément, n’est plus très éloigné du centre de gravité des socialistes sur l’Europe.

En politique étrangère, Laurent Fabius s’inscrira vraisemblablement dans un moule gaullo-mitterrandien qui a été dominant sous la V° République, Nicolas Sarkozy ayant tenté une inflexion atlantiste moyennement réussie. Hollande ne reviendra toutefois pas sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan : il n’a pas grand chose à y gagner aujourd’hui à reproduire le geste du général de Gaulle.

Laurent Fabius n’aura pas de mal à s’installer dans le fauteuil d’Alain Juppé, la proximité entre les deux hommes ne tient pas qu’à leur crâne dégarni, mais aussi à une approche réaliste, un brin cynique, des affaires du monde : pas de big bang en perspective, surtout dans un contexte où tout doit passer par le prisme de l’économique.

Le vrai défi pour Laurent Fabius sera plus de trouver ses marques dans un « domaine réservé » traditionnel du chef de l’Etat, qui, de surcroit, figure très haut dans ses priorités du moment, qu’il s’agisse de l’Europe, ou de l’Afghanistan alors qu’il s’apprête à annoncer, ce weekend à Chicago, au sommet de l’Otan, le retrait des forces combattantes fançaises avant la fin de l’année, en avance sur le calendrier de l’alliance.

D’autant que l’Elysée est en train de mettre sur pieds, comme le veut la tradition, une cellule diplomatique au côté du président. Dirigée par Paul Jean-Ortiz, un diplomate spécialiste de la Chine, cette cellule diplomatique conseille le chef de l’Etat, qui dicte ensuite ses choix au ministre. Ça ne sera pas nécessairement de tout repos.

Publié dans Gouvernement

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