Europe: retour à la case départ

Publié le par DA Estérel 83

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Une semaine après le sommet européen, présenté comme une avancée décisive, l’Europe semble revenue à la case départ. Tous les effets escomptés ont été balayés. La réunion de l’Eurogroupe qui doit se tenir lundi risque de s’ouvrir à nouveau dans une atmosphère de crise et de tension.

taux des emprunts espagnols à dix anstaux des emprunts espagnols à dix ans© Bloomberg

Vendredi, les taux de la dette espagnole à dix ans ont retrouvé leur niveau d’avant la grande entente européenne : 7 %. Dans le même mouvement, les taux italiens sont aussi revenus au-dessus de 6 %. L’Espagne et l’Italie, présentées comme les grandes gagnantes du sommet, se retrouvent donc dans la même situation d’étranglement qu’elles connaissaient avant l’accord.

La Grèce, qui avait momentanément disparu des écrans radar, refait son apparition, à l’occasion d’une nouvelle mission de la Troïka (FMI, BCE, Union européenne), venue à Athènes pour faire le point sur le programme de sauvetage. Les premiers chiffres publiés donnent le sentiment d’une totale perte de contrôle de l’économie grecque. L’activité économique, selon les dernières estimations, devrait plonger de 6,7 % en 2012, alors que le budget avait été élaboré sur une hypothèse de 2,5 %, révisée en avril à 4,5 %. La vitesse de la chute en quelques mois est la traduction d'une économie happée dans une spirale déflationniste.

Résultat ? Tout déraille à l’unisson : les rentrées fiscales sont inférieures à celles escomptées, tandis que les dépenses sociales augmentent. Le déficit budgétaire est déjà de 1,5 à 2 milliards d’euros de plus, par rapport aux prévisions. Les membres de la Troïka demandent d’urgence que le gouvernement grec prenne de nouvelles mesures d’austérité pour remettre le programme dans les clous. Ils excluent d’ici là toute renégociation du calendrier du plan de sauvetage grec, contrairement aux engagements pris par le gouvernement de droite d’Antonis Samaras, nouvellement élu.

Vendredi, le ministre des finances a commencé à expliquer péniblement devant le parlement que le gouvernement n’avait aucune marge de manœuvre pour négocier quoi que ce soit. Certains évoquent déjà des risques d’éclatement de la coalition gouvernementale. Le ministre suédois des finances, Anders Borg, lui, est encore plus pessimiste. « Compte tenu de la manière dont la situation a été gérée jusqu'à présent, on ne peut pas exclure à la fin une faillite de la Grèce », a-t-il déclaré jeudi soir.

L'euro, pas à n'importe quel prix

Mais les mauvaises nouvelles arrivent de tous les côtés. En annonçant jeudi une baisse des taux directeurs de la zone euro à 0,75 %

© Reuters
– ce qui ne changera rien –, le président de la BCE, Mario Draghi a confirmé que l’économie européenne se détériorait rapidement. Il existe « un affaiblissement de la croissance dans l'ensemble de la zone euro, y compris dans le ou les pays où cela n'était pas le cas auparavant. (..) La croissance économique reste faible avec une incertitude renforcée qui pèse sur la confiance », a-t-il indiqué, soulignant que l’ensemble de la zone euro risquait de connaître « une récession technique » dans la seconde moitié de l’année. Tout est dans le terme « technique », censé amoindrir le choc de l'aveu.

 

Cette récession qui s’est déjà installée en Espagne, en Italie, au Portugal, se traduit par de nouveaux dérapages budgétaires. Le Portugal a reconnu vendredi qu’il n’était pas du tout dans le cadre du programme d’austérité imposée par l’Europe : le déficit budgétaire est parti pour atteindre 7,6 % du PIB, loin de l’objectif de 4,5 % que le gouvernement s’est engagé à tenir à la fin de 2012.  En dépit de ce dérapage, la commission européenne estime que le Portugal est en mesure de tenir ses engagements pour 2012, souscrits dans le cadre du plan d’aide européen de 78 milliards d’euros. 

Selon la règle désormais bien établie en Europe, le gouvernement a donc décidé... plus d’austérité. Les coupes salariales, jusqu’alors réservés aux seuls fonctionnaires, devraient être étendues à l’ensemble des salariés, tandis que de nouvelles économies devraient être effectuées sur la santé, l’éducation, les aides sociales.

C’est le même programme que sont sur le point d’adopter l’Espagne et l’Italie. Le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy s’apprête à présenter la semaine prochaine un nouveau plan d’austérité de quelque 30 milliards d’euros sur plusieurs années, venant s’ajouter aux 48 milliards d’euros d’économies déjà prévues. Ce plan prévoirait une hausse de la TVA, une taxe sur l’énergie, de nouveaux péages sur les autoroutes, tandis qu’une nouvelle réforme des retraites serait lancée, accompagnée par une baisse des salaires de la fonction publique et par des réductions de budgets des régions.

Dans le même temps, c’est le budget de l’Etat espagnol qui continuera à être sollicité pour assurer le sauvetage de ses banques, contrairement à ce que le gouvernement de Mariano Rajoy avait espéré après le sommet européen du 28 juin : la Commission européenne a en effet annoncé que celles-ci ne pourraient pas accéder directement au fonds européen de stabilité financière avant 2013. Dans le même temps, la BCE a décidé de limiter l’accès à son dispositif de liquidité aux banques espagnoles, notamment en plafonnant les dépôts de garantie des dettes bancaires ayant garantie de l'Etat.

Confronté aux mêmes dérapages des comptes, le gouvernement italien a arrêté vendredi un nouveau programme d’économies de 26 milliards d’euros d’ici à la fin 2014. Les subventions versées aux entreprises, comme aux partis politiques et aux syndicats, seront massivement diminuées. La diminution des emplois publics sera accélérée. Le gouvernement espère ainsi pouvoir reporter la hausse de 2 % de la TVA jusqu’à l’année prochaine.

Ces programmes de réduction, menés à la hache, ne convainquent pourtant pas les pays d’Europe du Nord. Ceux-ci sont de plus en plus critiques sur les mécanismes d’entraide imaginés depuis deux ans, et surtout après le dernier sommet. Déjà, des députés allemands de la gauche (die Linke) mais aussi de la coalition gouvernementale ont saisi la cour constitutionnelle allemande sur le projet de mécanisme européen de stabilité, officiellement adopté lundi par le parlement allemand. Les Pays-Bas ont fait savoir qu’ils n’étaient pas du tout disposés à relancer les dispositifs d’aide européens.

Pour clore le chapitre, la ministre finlandaise des finances, Jutta Urpilainen, a déclaré vendredi que tout cela commençait à bien faire, et que la Finlande refusait de payer pour les autres pays, au nom de la responsabilité collective européenne. 

L’Europe est retombée dans le scénario trop connu de ses divisions et de ses impasses. Mais, au fil de ses erreurs, le chemin de sortie de crise paraît de plus en plus improbable.

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