Europe : comment Hollande a fait la nique à Merkel

Publié le par DA Estérel 83

ANTIBOBARDS  Par HERVÉ NATHAN

 

 

 

François Hollande aurait-il réussi à marquer des points face à l'intransigeante chancelière allemande ? Réunis à l'occasion d'un sommet européen depuis jeudi après-midi, les dirigeants de la zone euro sont parvenus à un accord.


(François Hollande et Angela Merkel à l'Elysée en juin 2012 - ALLARD-POOL/SIPA)
(François Hollande et Angela Merkel à l'Elysée en juin 2012 - ALLARD-POOL/SIPA)
Les admirateurs du couple franco-allemand «moteur de l’Europe», selon le cliché consacré, se réveillent avec la gueule de bois ce matin. Le nouveau président François Hollande a fait un micro choix stratégique, en appuyant les positions de Mario Monti et de Mariano Rajoy, contre la volonté d’Angela Merkel, qui a été contrainte de faire un pas vers davantage de solidarité… 

Explication : dans la soirée de vendredi les présidents des gouvernements italien et espagnol créent la surprise en annonçant au Conseil européen qu’ils bloquent l’adoption du «paquet croissance» (lire le post précédent) voulu par la France, tant qu’on n’aura pas fait droit à leurs demandes d’urgence: faire baisser les taux d’intérêts sur la dette italienne et recapitaliser les banques hispaniques, sans charger la dette publique espagnole. 

Le président du conseil européen, Herman Van Rompuy est pris au dépourvu. Selon lui, ces questions devaient être examinées le lendemain (vendredi) seulement entre membres de la zone euro (17 pays) et pas au niveau de l’Union européenne (27 pays). Mais Monti, très remonté, car il fait face à une vraie crise sur sa dette, ne veut pas se faire manœuvrer. Il sait qu’Angela Merkel doit partir à 15 heures ce vendredi  pour assister au débat au Bundestag. S’il lui faut faire un bras de fer, c’est tout de suite. Les Italiens agitent la menace des marchés, qui sont très réactifs. Merkel, veut, comme à son habitude, qu’on discute d’abord des avancées vers le fédéralisme, c'est-à-dire la possibilité de contrôler au plus près les budgets des pays de la zone. Et ensuite, éventuellement des mécanismes de solidarité financière entre les Etats... 

 On pouvait s’attendre à ce que le président français prenne ombrage du blocage de «son projet phare, le pacte de croissance par les italiens et les Espagnols. Dans la salle de presse, certains collègues parlent même de «prise d’otage», ce qui ne manque pas de sel pour des citoyens  d’un pays qui a pratiqué la politique de la chaise vide ! Surprise,  pas du tout ! «Je les comprends» et d’ailleurs, il était au courant. Il prend position pour que les pays qui ont fait des efforts aient accès aux financements collectifs européens. Hollande montre sa capacité de dissimulation. «Monti et Rajoy m’avaient prévenu», avoue-t-il en souriant devant les journalistes.  

Le sommet à 27 qui devait examiner l’approfondissement de l’union économique et monétaire, c’est à dire la montée vers le fédéralisme, est écourté. On renvoie à octobre, voir décembre, l’examen du rapport sur l’évolution institutionnelle. Commence à minuit une réunion impromptue de la zone euro, qui se termine cinq heures du matin par un communiqué. L’Espagne et l’Italie ont gagné : les banques espagnoles auront accès à l’argent du fonds européen de stabilité financière sans que cela compte comme de la dette d’Etat pour l’Espagne, et l’Italie obtient que le même fonds achète ses emprunts d’Etat sur le marché secondaire de façon à casser la spéculation. Pour plus de crédibilité, c’est la BCE présidée par l’autre  Mario (Draghi), qui opérera les achats pour le compte du FESF. Cela devrait calmer le jeu des marchés. 

Pour Paris cette nuit des dupes est  une victoire. François Hollande, qui affirme que «l’union politique n’a pas de contenu pour le moment», et redoute les débats creux  pour ou contre le fédéralisme, a obtenu une avancée pratique majeure, dans le cadre actuel des traités, sans concéder aucun abandon de souveraineté. 

Reste une interrogation : les progrès obtenus cette nuit, pour être réels, ressemblent comme deux gouttes d’eau à ce qu’ont produit, depuis 2010 les dix-huit  sommets de crise de la zone euro. Leurs effets pourraient donc être aussi éphémères… Conscient de cette précarité, François Hollande avait d’ailleurs promis à Berlin le 15 mai, qu’il éviterait ce genre d’exercice. Cette nuit, le  nouveau président est vraiment entré dans la culture européenne. 
  

Publié dans Europe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article