Espagne: la claque et la menace

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Dans des circonstances classiques, les conservateurs du Partido Popular devraient n'avoir que des motifs de satisfaction. Avec dix points d'avance et la conquête de bastions réputés inexpugnables comme la Catalogne lors des élections municipales et régionales de dimanche, la droite a infligé une claque monumentale au gouvernement de José-Luis Zapatero. La plus sévère depuis l'arrivée au pouvoir des socialistes en 2004, qui semble lui ouvrir un boulevard pour les législatives de l'année prochaine.

Mais si la droite se félicite de cette défaite historique appelant à un changement «radical» de politique, elle ne pavoise pas pour autant, suspendue aux inconnues d'un mouvement de protestation qui prospère depuis une semaine à la Puerta del Sol, la place principale de Madrid. Partie des réseaux sociaux Facebook et Twitter, la contestation s'est amplifiée de jour en jour jusqu'à braver l'interdiction de manifestations le jour des élections.

Les «indignados de la Puerta de la solución» (comme ils se nomment), revendiquent deux sources d'inspiration: les révolutions arabes incarnées par la place Tahrir du Caire et l'essai du Français Stéphane Hessel qui fait aussi un tabac au-delà des Pyrénées. A la pointe de cette réplique espagnole des révoltes arabes, se trouve une jeunesse «connectée», cette génération internet diplômée, et massivement frappée par chômage et la précarité. Une jeunesse à laquelle se mêlent les autres générations de victimes de l'effondrement du miracle espagnol, unies dans leur défiance à l'égard des formations politiques et syndicales traditionnelles.

Les «indignés» de la Puerta del Sol n'ont pas découragé les électeurs qui se sont rendus aux urnes plus nombreux que lors des précédents scrutins. Mais leur mouvement interpelle bien au-delà de la péninsule ibérique. Les protestataires espagnols de la génération Internet cassent les codes et les frontières de l'activisme politique. Ils placent la jeunesse européenne au coeur de tous les enjeux, au-delà des promesses de campagne électorale qui ne trouvent pas de traduction dans la société réelle régie à la fois par la démocratie et la loi d'un marché en pleine dérive financière.

D'aucuns en Europe, à l'image de Jean-Luc Mélenchon, rêvent déjà d'une contagion, de l'émergence d'une lutte des «places» qui verrait la Concorde à Paris, l'Alexanderplatz à Berlin ou encore le Campo di Fiori de Rome se transformer en autant de Bastille à prendre. Leur enthousiasme n'a d'égal que leur fascination face à l'éclosion des révolutions arabes.

Des révolutions que tout le monde salue aujourd'hui encore, sans oublier que dans ces pays, comme partout ailleurs, l'indignation et la révolte ne génèrent pas de solutions miracles.

Publié dans Etranger

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