Éric Woerth, comme si de rien n'était dans l'Oise

Publié le par DA Estérel 83

Le Point

 

 

L'ancien ministre du Travail, député sortant de la 4e circonscription de l'Oise, semble confiant pour sa réélection, malgré ses mises en examen.

Éric Woerth, député sortant de la 4e circonscription de l'Oise, est candidat à sa succession aux législatives.

Éric Woerth, député sortant de la 4e circonscription de l'Oise, est candidat à sa succession aux législatives. © Florence Durand / Sipa

 

Comme si de rien n'était, Éric Woerth, député sortant de la quatrième circonscription de l'Oise, mène sa campagne à un rythme soutenu. Certes, avec sa très forte proportion de cadres supérieurs venus de la région parisienne, la concentration du personnel d'Air France (notamment les pilotes) et le poids du monde des courses hippiques, la quatrième de l'Oise est solidement ancrée à droite.Nicolas Sarkozy y a d'ailleurs récolté 34,10 % des voix au premier tour de la présidentielle et 60,21 % au second. Mais, pour l'ancien ministre du Budget puis du Travail, qui avait été élu dès le premier tour des législatives en 2007, avec plus de 57 % des voix, la donne n'est plus tout à fait la même.

Les écoutes du majordome de Liliane Bettencourt, révélées en juin 2010, ont plongé l'ancien trésorier de l'UMP dans la tourmente. Mais le maire de Chantilly depuis 1995 ne veut pas croire que ses mises en examen, en février dernier, pour trafic d'influence et recel de financement illicite de parti politique dans le cadre de l'affaire Bettencourt ainsi que l'enquête le visant, diligentée par la Cour de justice de la République, sur la vente de l'hippodrome de Compiègne pour prise illégale d'intérêts puissent le faire chuter. "Je travaille d'arrache-pied", assure le patron de l'UMP dans l'Oise, "très à l'aise face aux bruits et aux rumeurs". "Je n'ai jamais quitté le terrain. Ici, les gens me connaissent depuis longtemps", insiste celui qui est élu député depuis 2002.

"Présomption d'innocence"

De retour dans le débat national ces derniers jours pour défendre la réforme des retraites détricotée par le gouvernement Ayrault, l'ancien ministre affirme ne pas avoir de volonté de revanche. "Je ne suis pas dans un combat sur le passé : je préfère regarder devant." Et même si le timing de l'affaire Bettencourt, avec son lot de fuites dans la presse, remet périodiquement son nom en avant, l'ancien trésorier de l'UMP déclare qu'il se concentre sur les dossiers locaux : la fusion des hôpitaux de Creil et de Senlis, la nécessité de faire pression sur la SNCF pour que les trains respectent les horaires...

Le député sortant peut également se rassurer en regardant les 10 candidats qui lui sont opposés. Les socialistes, peu soucieux de perdre de l'énergie dans une bataille qu'ils estiment perdue d'avance, ont donné la circonscription à Europe Écologie-Les Verts. C'est Patrick Canon, conseiller municipal à Saint-Maximin, qui a été investi. Peu connu localement, l'homme qui a obtenu 8 % des voix aux élections cantonales de 2011 a quand même réussi à rassembler autour de lui les quatre partis de gauche (PS,EELVMRC et PRG). Refusant d'attaquer son adversaire sur les affaires, par "respect de la présomption d'innocence", il préfère souligner le profil libéral d'Éric Woerth : "C'est l'homme du bouclier fiscal, de la révision générale des politiques publiques et de la réforme des retraites." Mais qui entendra ce discours dans une circonscription où François Hollande n'a obtenu que 21,23 % des voix au premier tour de la présidentielle, et Eva Joly, seulement 1,86 % ?

Attaques à droite

Le candidat de la gauche tente également de s'appuyer localement sur le thème de la protection de l'environnement, de plus en plus porteur dans une circonscription qui subit une très forte pression de la région parisienne. Le FN lui-même n'en rajoute pas sur les affaires, toujours par "respect de la présomption d'innocence", dixit Michel Guiniot, président du groupe FN au conseil régional de Picardie. Marine Le Pen y est arrivée seconde du premier tour de la présidentielle, avec 21,72 % des voix. Et, bien que n'habitant pas la circonscription, Mylène Troszczynski, la propre belle-fille de Michel Guiniot, en est déjà à sa neuvième élection locale. La conseillère régionale FN a même obtenu 39 % des voix au second tour des élections de 2011 dans le canton de Senlis.

Finalement, c'est de la droite que sont venues les attaques ad hominem. Philippe Hervieu, ex-RPR, villepiniste et se présentant sous l'étiquette Alliance centriste de Jean Arthuis, a tenté le coup médiatique en accusant en mars Éric Woerth d'avoir utilisé des fonds publics pour diffuser une lettre d'explication à ses 60 000 administrés. Mais le parquet, après enquête, a classé sans suite. "II faut que les électeurs sachent quelle est la réalité du candidat Woerth", persiste malgré tout cet avocat, élu municipal d'opposition à Pont-Saint-Maxence, qui dénonce pêle-mêle la sous-médicalisation du territoire, l'absence d'emplois locaux ainsi que la montée de l'insécurité. Quant au candidat du MoDem Alexandre Babilotte-Baske, il espère bénéficier du score honorable de François Bayrou, qui a atteint 9,14 % des voix au premier tour de la présidentielle.

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