Entre rigueur et congrès, l’embarras de l’aile gauche du PS

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

L'aile gauche du PS n'a jamais été aussi silencieuse, solidarité gouvernementale oblige. Pourtant, le courant emmené un temps par Benoît Hamon a une autre musique à faire entendre — sur la rigueur et l'Europe — que la douce mélodie hollandaise reprise en chœur actuellement par tous les socialistes. Mais l'aile gauche saura-t-elle avancer unie comme un seul homme au prochain congrès ? Osera-t-elle seulement faire entendre sa voix ?


(Benoît Hamon au siège du PS - REVELLI-BEAUMONT/SIPA)
(Benoît Hamon au siège du PS - REVELLI-BEAUMONT/SIPA)
«Rigueur », vous avez dit « rigueur » ? Côté socialiste, le mot d’ordre est clair : ne surtout pas employer cette expression bien trop anxiogène. Et lui préférer des formules comme « efforts partagés »« redressement dans la justice »... Des débats discrets sur la forme — sur la « dialectique à utiliser » dixit un député —, voilà tout ce que se permettent pour l’heure les parlementaires socialistes. Pourtant, ce mot « rigueur », par le passé, a été à l’origine de réunions internes au PS très mouvementées. L’aile gauche du parti était le plus souvent à la manœuvre. 
  
Mais c’en est fini : pas l’once du début d’un débat sur le fond. Motus et bouche cousue au fil d’acier sur les conséquences engendrées par les réductions de dépenses que le gouvernement va décider. « On est un peu tétanisé », reconnaît, au Palais-Bourbon, un élu issu des rangs hamonistes, qui, lui, regrette cette atonie. Tout en la comprenant : « Tout le monde a envie que ça fonctionne et on se dit qu’il n’est pas bienvenu de déstabiliser aujourd’hui le gouvernement et le Président. Cette solidarité peut sembler un peu stupide, mais la période n’est pas propice : nous prenons connaissance seulement ces jours-ci des premiers audits… » 
  
La solidarité gouvernementale, voilà la camisole qui enserre et étouffe l’aile gauche du PS. D’autant que son chef de file, Benoît Hamon pointe désormais à Bercy en tant que ministre délégué à l’économie sociale et solidaire. A l’issue du congrès de Reims, accepter le porte-parolat du PS avait déjà paradoxalement conduit son courant, « Un monde d’avance », au silence. On se souvient notamment du pataquès qu’il avait causé, sitôt arrivé à Solférino, en se disant favorable à l’autorisation administrative de licenciements… 

« L'AILE GAUCHE EST DEVENUE LE BAGAGE ACCOMPAGNÉ D'AUBRY »

« Un monde d’avance a perdu avec le porte-parolat un peu de sa splendeur », reconnaît aujourd’hui un de ses membres, « Nous sommes devenus au fil du temps le bagage accompagné de Martine Aubry. Ce qui a conduit à commettre une erreur : ne pas présenter de candidat à la primaire ». Une erreur aux conséquences multiples : Arnaud Montebourg, démondialisation en bandoulière, s’est vu offrir un espace politique inattendu, Martine Aubry s’est retrouvée privée de salutaires réserves de voix au second tour de la primaire et, in fine, l’aile gauche du PS a disparu des écrans radars. 

Mais reviendra-t-elle aux avant-postes à l’occasion du Congrès de Toulouse prévu du 26 au 28 octobre prochains ? En fin de semaine dernière, rien ne semblait arrêté dans les rangs de feu la motion C… Car en vertu de la sacro-sainte solidarité gouvernementale, certains de ses membres doutent de l’opportunité de présenter un texte. « Avec la primaire, regrette pourtant un député favorable à une prise position de l’aile gauche, nous avons déjà externalisé la désignation de notre candidat à la présidentielle. Le programme ? Désormais, c’est le candidat qui le fixe lui-même. Il ne reste finalement que le congrès pour faire entendre sa différence. Sinon, le PS aura tout du parti démocrate américain »
  
Présenter un texte est d’autant plus légitime et nécessaire pour la gauche du PS qu’elle a dans ce congrès une autre petite musique à faire entendre que la douce mélodie hollandaise entonnée désormais par tous. Sur la rigueur donc, mais aussi et surtout sur le « paquet européen » sur lequel le Parlement devrait se pencher prochainement. D’ailleurs, un éminent membre de la motion C prévient : « Je veux bien signer une contribution derrière Benoît Hamon. Mais s’il ne le fait pas, je prendrai mes responsabilités et présenterai un texte »
  
Ce matin-même dans les colonnes de Libération, certains de ses membres, comme Olivier Dussopt et Pouria Amirshahi, se sont associés à des aubrystes et fabiusiens pour lancer un nouveau club : la « gauche durable ». Un rassemblement « transcourant » qui, d'après Dussopt, ne serait pas né dans la perspective du congrès. En tout cas, « pas pour l'instant », précise-t-il. Le but serait simplement de s'interroger sur notre « modèle de croissance » et porter des sujets comme « le lien entre inégalités territoriales et fracture sociale ». Ce ne serait pas non plus, pour les parlementaires signataires, un « acte de défiance » envers le gouvernement. Il n'empêche, si elle ne veut pas exploser façon puzzle, l'aile gauche se doit d'agir. Et vite. Elle a jusqu'au 17 juillet prochain à minuit pour déposer un texte. A moins qu’Hamon et les siens n'aient pour ambition secrète de monter un autre club : la « gauche biodégradable »

Publié dans Gauche

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