Emploi : le document par lequel Michel Sapin lance la négo qui défie le Medef

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2

 

 

Sus à la précarité, concertation en amont et formation à tout âge. Trente ans après les lois Auroux, le ministre du travail entend réinventer le modèle social français en proposant aux partenaires sociaux une négociation sécurisant l’emploi des salariés. CFDT et CGT estiment que tout est sur la table pour construire un accord gagnant gagnant historique avec le patronat. 


(Michel Sapin - PRM/SIPA)
(Michel Sapin - PRM/SIPA)
«J’aime les nounours et les bisous mais je ne suis pas un bisounours (1)… Dans les négociations sociales qui vont s’ouvrir, il y aura des périodes de tensions, de rapport de force que les entreprises auront à dépasser», a d’emblée prévenu Michel Sapin, ministre du travail, en dévoilant ce matin, sous l’œil du libéral Claude Bébéar fondateur d’Axa et de l’Institut Montaigne, le document d’orientation pour une meilleure sécurisation de l’emploi par lequel la gauche entend réinventer, trente ans après les lois Auroux, un modèle social tricolore cousu main. 
 
De fait dans le texte que Marianne2 met en ligne ci-dessous, l’essentiel des revendications des syndicats de salariés dont le gouvernement veut accroitre le rôle, tant dans l’anticipation des difficultés des entreprises que dans leur résolution, sont sur la table. 
 
Clairement, en souhaitant que les employeurs qui recourent à tout bout de champ à des CDD ou infligent des temps partiel subis à leurs employés, payent des cotisations chômage «modulées», – c’est à dire plus importantes –, le gouvernement lance enfin la bataille contre la précarité. Et réaffirme qu’à ses yeux, le CDI, le contrat à durée indéterminée doit redevenir la formule normale d’embauche.

«UN CADRE AMBITIEUX»

A la différence de Nicolas Sarkozy qui avait demandé aux syndicats et au Medef de négocier des accords de compétitivité – incluant le cas échéant des baisses de rémunération, Michel Sapin incite les partenaires sociaux, au contraire, à mettre au point une formule «gagnant gagnant» de recours au chômage partiel. 

Car un tel accord permettrait de conserver les salariés en emploi plutôt que de les licencier pendant une crise. Tout en les formant, de  façon à rendre leurs entreprises plus compétitives, ou lorsque ces dernières n’ont plus d’avenir, de préparer leur reconversion professionnelle. Il faudra bien sûr éviter, alerte en filigrane le document, les cumuls abusifs d’aides, tels que chômage partiel et heures supplémentaires sur un même site... 
 
Enfin pour en finir avec les plans sociaux abusifs, le gouvernement appelle de ses vœux l’intervention le plus tôt possible d’un tiers, (services de l’Etat, experts ou intervention d’un juge) dans ces procédures de licenciements collectifs. Une piste de négociation potentiellement plus efficace qu’une hypothétique loi sur les licenciements boursiers réclamés à corps et à cri par Jean-Luc Mélanchon, si difficile à transcrire en termes juridiques…  
 
CFDT et CGT ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Premier à réagir, Laurent Berger, successeur désigné de François Chérèque a estimé que le document de Michel Sapin «permettait d’ouvrir une véritable négociation relevant le défi de l’emploi». De son côté, Maurad Rabhi de la CGT n’était pas moins enthousiaste. «C’est un cadre ambitieux qui aborde des sujets complexes. Mais tout est sur la table pour nous permettre de négocier un accord gagnant gagnant,» a confié à Marianne2 le secrétaire confédéral en charge des questions d’emploi et de travail.  

Quant au Medef, il se félicitait que la négociation proposée prenne en compte «les impératifs de simplification, de souplesse et de sécurisation juridique demandées par les entreprises pour leur permettre de s’adapter aux évolutions de l’économie.» Une sortie par le haut, sur le front social en pleine crise ? Voilà qui ne manquerait pas de panache ! 

(1) La réponse du ministre qui intervenait en clôture des rencontres de la cohésion sociale (organisées par Entreprise et Personnel, l’Institut Montaigne et August&Debouzy avocats), s’adressait en partie à Bernard Thibault secrétaire général de la CGT qui jeudi avait tenu à prévenir le gouvernement «qu’on n’est pas dans une société de Bisounours et qu’on ne ferait pas avaler à la CGT n’importe quelle dérèglementation.»

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