Égypte: le test du Sinaï

Publié le par DA Estérel 83

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Ce cancer ne semblait jusqu'à présent pas vraiment mobiliser l'armée égyptienne bien plus occupée, il est vrai, à manoeuvrer, après le «Printemps arabe», pour conserver ses privilèges.

 

C'était un véritable test pour Mohamed Morsi, le tout nouveau président égyptien: comment allait-il réagir après l'attaque du commando djihadiste qui dimanche a causé lac mort de seize gardes-frontières égyptiens avant d'être lui-même anéanti par Tsahal en territoire israélien?

Cette interrogation hantait particulièrement les esprits du côté de Jérusalem où l'élection récente à la tête du pays de cet héritier indirect de la révolution de la place Tahrir, n'a pas vraiment été saluée avec enthousiasme. Il faut dire que cet homme, mis sur orbite électorale par la confrérie des Frères musulmans, un parti religieux tout juste sorti de la clandestinité mais qui n'a jamais caché son hostilité au plan de paix signé entre les deux pays, n'apparaissait pas, a priori, comme étant le plus à même, en la circonstance, de garantir un des points fondamentaux de cet accord.

Le traité signé en 1979 entre les deux pays prévoit en effet que contre la restitution du Sinaï à l'Égypte, la sécurité dans cette zone frontalière est de la responsabilité pleine et entière du Caire. Or, depuis maintenant un an et la chute de Moubarak, ce désert montagneux de 60.000 km2 est devenu un nid particulièrement fécond pour les terroristes et djihadistes qui y ont afflué d'Afghanistan, du Pakistan mais aussi de Gaza. Ce cancer ne semblait jusqu'à présent pas vraiment mobiliser l'armée égyptienne bien plus occupée, il est vrai, à manoeuvrer, après le «Printemps arabe», pour conserver ses privilèges...

Curieusement, l'attaque terroriste de dimanche aura constitué un électrochoc pour le nouveau gouvernement égyptien. C'est ainsi que Mohamed Morsi, ce président qui attend encore pourtant que l'Assemblée constituante fixe ses prérogatives, ne s'est pas contenté de promettre de «venger les soldats». Hier matin, et pour la première fois depuis des décennies, l'armée égyptienne a mené une opération de bombardement aérien le long de la frontière du Sinaï.

Bilan: vingt «terroristes», selon la terminologie même de l'armée, tués. Cette opération a été saluée sur la radio publique israélienne par Amos Gilad, général de réserve et haut responsable du ministère de la Défense. Est-ce l'amorce d'un réchauffement des relations entre Jérusalem et Le Caire très tendues depuis des mois? Il est bien sûr trop tôt pour le dire.

Ce raid meurtrier des djihadistes aura en tout cas permis à un gouvernement égyptien, mêlant pourtant carpes et lapins, islamistes, libéraux, laïcs et militaires, de surmonter ses différences pour faire front commun. Quant au Hamas, accusé d'avoir aidé le commando par des bombardements depuis Gaza, il n'aura pas eu à attendre longtemps pour qu'on lui présente la facture: depuis hier, le seul terminal reliant l'enclave palestinienne vers l'Égypte est fermée. Une décision du Caire qui, là encore, ne peut que satisfaire Jérusalem.

Et plonger un peu plus les habitants de Gaza dans l'enfer de leur prison à ciel ouvert.

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