Ecologie: les promesses de Hollande annoncent-elles un changement de cap ?

Publié le par DA Estérel 83

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Vendredi midi, dans le hall d’entrée du Conseil économique, social et environnemental (Cese), le premier effet du discours de François Hollande est théâtral : d’un coup, c’est toute la famille écologiste qui semble s’être réconciliée avec les socialistes. Les larmes aux yeux, Cécile Duflot  sort« profondément émue » de l’hémicycle : « C’est la première fois que le dirigeant d’un grand pays tient un tel discours sur la transition écologique. »

Grand sourire, Pascal Canfin se réjouit de la candidature de la France à l’accueil d’un sommet de l’ONU sur le climat en 2015. Pascal Durand livre son satisfecit global. Nicolas Hulot passe de groupes en groupes de journalistes – parqués derrière une corde noire – pour rendre hommage au chef de l’État : « e job est fait. La feuille de route est assez claire. On a tellement eu l’impression de prêcher dans le désert que quand il y a cette impulsion, on se sent un peu moins seuls» Même José Bové s’affiche « satisfait » :« Pour moi, ce discours clôt l’ambiguïté qui existait sur les gaz de schiste. On a gagné un premier match : on préserve la roche mère pendant le quinquennat. » Preuve de sa joie, il serre la main de Delphine Batho et la remercie pour son action.

Les derniers arbitrages se sont décidés la veille au soir, explique un conseiller ministériel, selon qui jusqu’au bout le ministère du redressement productif a résisté à l’annonce de la date de fermeture de Fessenheim (en 2016), à la condamnation des gaz de schiste ainsi qu’à la création d’une agence de la biodiversité. C’est Hollande lui-même qui a rédigé son texte, tout seul, avance un autre. Un proche décrit Marie-Hélène Aubert, sa conseillère sur les négociations climat, le travaillant au corps pour achever d’aiguiser son souci écologiste. Un ancien conseiller croit même savoir que l’Élysée a rétrospectivement regretté l’éviction de Nicole Bricq et de son cabinet à cause de l’affaire des forages de Shell en Guyane.

François Hollande, nouveau héros écologiste ? Les militants associatifs invités à la Conférence se montrent dans l’ensemble plus prudents, une fois partagée leur réaction positive. Et listent les oublis : les transports ? les forages en eau profonde ? les autres centrales nucléaires ? la taxe sur les transactions financières ?

Benoît Hartmann, le porte-parole de France Nature Environnement (FNE), se montre très réticent à l’idée d’un recours à la fiscalité écologique pour financer la protection sociale : « C’est un licence “to kill” ! On aura intérêt à polluer plus pour financer la sécu… les recettes devraient servir à financer la transition écologique. »

Les dirigeants syndicaux affichent la plus triste mine, commune à FO et la CFE-CGC. François Chérèque (CFDT) aurait « préféré que le débat se passe avant l’annonce de la fermeture de Fessenheim ». Bernard Thibauld (CGT) n’a pas trop envie de parler de Fessenheim mais met en garde : « Attention à ne pas donner des objectifs sans s’assurer qu’on en a les moyens. » Par exemple sur le logement, alors qu’« on n’a pas les moyens humains et financiers de former tous les gens qu’il faut pour rénover un million de logements ».

Quant à Arnaud Montebourg, interrogé sur l’annonce de la fermeture de Fessenheim en 2016, il lâche : « C’est comme ça ! »Avant de se lancer dans une acrobatique comparaison entre les gaz de schiste et les avions qui « au début tombaient », ce qui inquiétait« aussi » les gens.

Concrètement, ces promesses sont-elles historiques, comme le répète la ministre du logement ?

Tout dépendra des moyens mis sur la table. Sur les logements, François Hollande s’est ainsi livré à une annonce générale qui en appelle d’autres. Concrètement : il annonce la « mise aux normes énergétiques » d’un million de logements par an. C’est beaucoup. C’est même énorme. Actuellement, on en rénove environ 200 000, selon les estimations du Comité de liaison sur les énergies renouvelables (Cler). Pour financer cela, il propose d’utiliser le doublement du livret A et du livret Développement durable (l’ancien Codevi). Il souhaite également, pour aider les propriétaires les plus modestes à financer leurs travaux, capter le produit de la mise aux enchères des quotas d’émission de CO2, dont l’enveloppe pourrait représenter (pour la France) tout de même entre 300 et 600 millions d’euros en 2012 et 2013, puis, en fonction du cours de la tonne de carbone, jusqu’à 4 milliards d’euros. Enfin, il veut spécialiser  les prêts « écolos » (crédit d’impôt développement durable, prêts à taux zéro) sur les rénovations lourdes.

Zones d'ombre

Sur cet important dispositif, l’une de ses rares promesses de campagne, avec le nucléaire, relatives à l’environnement, le chef de l’État annonce un plan pour janvier 2013. En réalité, le dispositif est déjà quasi bouclé, confie un conseiller. Il pourrait s’inspirer du mécanisme que met en place la région Île-de-France, avec un système de tiers-payeur garanti par la Caisse des dépôts et consignations pour avancer les frais des travaux et se faire rembourser sur les économies d’énergie réalisées. Des centaines de millions d’euros sont en jeu. Appuyés sur l’épargne des Français, ils ne figureront pas dans le projet de loi de finances 2013, ce qui leur permet d’échapper aux fourches caudines de la réduction de déficit budgétaire…

Experte en énergie pour FNE, Maryse Arditi met néanmoins en garde : « Il ne faut pas doubler le livret de Développement durable ! » Car selon ses observations, 80 % de ses fonds servent actuellement aux PME-PMI sans fléchage environnemental, 10 % sont utilisés à discrétion par les banques, et seulement 10 % sont ciblés vers des investissements développement durable. Sauf que depuis leur lancement, seuls 3 % de ces fonds en réalité ont servi à l’écologie.

Pour le reste des annonces – nombreuses et souvent inattendues – du président de la République, de vraies zones d’ombre continuent de planer. Ainsi, sur les gaz de schiste, la formulation de François Hollande n’est pas d’une éblouissante clarté : « S’agissant de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, telle sera ma ligne », à savoir le rejet des demandes de permis déposées auprès de l’État. Mais qu’en est-il des permis d’ores et déjà accordés ? Et de l’expérimentation demandée par les pétroliers (la loi interdisant la fracturation hydraulique prévoit un comité d’experts à ce sujet, non constitué à ce jour) ? Concrètement, sept demandes de forages sont rejetées. Ce sont celles qui visaient explicitement des gaz de schiste. Mais il en reste plusieurs dizaines d’autres...

Par ailleurs, sur l’objectif de baisser de 40 % les effets de serre en 2030 (l’engagement européen actuel est de les réduire de 20 % d’ici 2020), et de 60 % pour 2040, rien n’est dit des moyens d’y parvenir. Et si l’objectif est européen, il reste à définir la part que la France prendrait dans cet effort.

Concernant le mécanisme d’inclusion carbone pour les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale – c’était la piste évoquée par Jean-Louis Borloo après le naufrage de sa taxe carbone –, les négociations communautaires pour y parvenir seront longues et complexes. Et enfin, une agence de la biodiversité, pour quoi faire et avec quels moyens ?

C’est le début d’un grand débat historique, analyse Pierre Radanne, expert en négociations climatiques. La référence historique qui lui vient en tête est imposante, écrasante même : le débat sur la laïcité au début du XXe siècle, qui conduisit au vote de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État. C’est mettre la barre très haut pour évaluer la réforme sociale, politique et culturelle que le chef de l’État semble être désireux de porter. 

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